Aldon Baker se raconte – Partie 1

 L’homme derrière les titres.

Carmichael, Stewart, Villopoto, Roczen, Dungey, Musquin, Cianciarulo, Anderson, Osborne, Webb … On ne compte plus le nombre de champions US entraîné sous l’œil avisé d’Aldon Baker depuis ces 20 dernières années.

Si tout le monde connaît le nom, peu de personnes connaissent vraiment le personnage. Aldon  – figure énigmatique du sport – n’est pas le plus bavard mais reste une source de critiques à l’image souvent associée au dopage.

L’entraîneur de renom – originaire d’Afrique du sud – a raconté son parcours dans un podcast d’une heure  dans lequel il revient sur son histoire, ses débuts, sa propriété, son programme, ses objectifs …

Et si c’était l’heure d’en savoir plus sur Aldon Baker ?

Aldon Baker se raconte – Partie 1

Le VTT, c’est ce qui m’a amené aux USA. Une fois que j’avais conquis la scène du VTT en Afrique je voulais me mesurer à la scène mondiale. Donc je suis allé en Europe, puis aux USA, c’était les années 1995 à 1999. J’étais pro, je roulais en championnat du monde mais j’avais commencé le VTT très tard. Le but, c’était de me qualifier pour les jeux olympiques, l’Afrique avait un quota d’athlètes à envoyer mais ils ne m’ont jamais donné l’opportunité d’y participer. 

Vers la fin de ma carrière en VTT, j’ai rencontré Johnny O’Mara, il s’occupait de Ricky Carmichael à l’époque. Il connaissait mon parcours et mon expérience dans le domaine du sport, et il était un grand fan de VTT lui aussi. Johnny m’a présenté à Ricky.

Ricky était encore en 125 à l’époque. On a discuté et quand il est passé en 250 et qu’il s’est rendu compte qu’il était bon sur la moto mais qu’il allait avoir besoin d’aide sur l’aspect physique, alors il m’a contacté pour savoir si j’étais intéressé pour collaborer. C’est comme ça que ça a commencé.

J’étais rentré en Afrique, il m’a contacté, je suis retourné aux USA, à Tallahassee, alors que la saison d’outdoor avait déjà commencé, ils avaient déjà fait les deux premières épreuves. Il n’avait pas connu une bonne saison de Supercross cette année-là. C’était vraiment cool car Ricky m’a donné ma chance, c’était nouveau pour moi, j’avais quelques idées sur la pratique du motocross mais assez peu, je n’avais jamais vraiment creusé en ce sens car je n’en avais jamais eu besoin. Donc on a commencé par s’occuper du cardio, de l’entraînement physique, de la diète, pour mettre toutes les pièces du puzzle ensemble …

19 ans plus tard, l’histoire est bien différente.

Les gens me disaient « Tu n’as jamais roulé en Motocross, qu’est-ce que tu y connais ? » mais la meilleure façon d’apprendre, c’était d’observer les meilleurs pilotes rouler. J’étais dedans H24, je voyais tout. J’ai beaucoup appris, beaucoup évolué, j’y ai apporté ma touche, j’ai fait mes erreurs comme tout le monde . Avoir cette propriété, pouvoir proposer ce le type de programme qu’on fait aujourd’hui, ça a toujours été le but. Au début, je ne pensais même pas pouvoir y arriver n’y même me rapprocher de ce but, mais me voilà.

À l’époque, l’entraînement, c’était très secret et on ne se mélangeait pas. Seulement quelques pilotes avaient leurs propriétés et personne ne voulait partager. Un jour Ricky m’a demandé « et si on faisait venir un autre pilote ? » et je lui ai dit que ce ne serait pas bon pour lui car le pilote qu’il avait en tête était trop proche en piste et connaissant Ricky, je savais que c’était quelque chose dont il ne tirerait aucun bénéfice. On s’entraînait caché en quelque sorte, on ne voulait laisser personne savoir ce qu’on faisait jusqu’à ce qu’on arrive sur la course et qu’on écrase la concurrence. La dynamique était différente à l’époque. Ricky avait son coéquipier, Mike Brown, qui était là très souvent, mais il n’a jamais été un concurrent direct. 

Avec le temps, j’ai appris. Si tu as une propriété sur laquelle tu peux faire absolument tout ce que tu veux faire, tu ne peux pas entraîner qu’un seul pilote, donc j’ai commencé avec Villo et je dois lui donner du crédit car il aurait pu m’envoyer chier quand je lui ai proposé d’amener Ken Roczen dans le programme.

Ken était jeune, c’était le gars qui montait en puissance et qui avait un talent incroyable, il roulait contre Villo en 450. Villo m’a fait confiance, je lui ai dit « Ryan, tu as tout gagné, tu as tout accompli, tu as besoin de quelqu’un de plus jeune pour te pousser et le petit jeune pourrait bénéficier de l’expérience de quelqu’un qui a déjà tout fait ». Je me disais que ce serait une façon juste de procéder, un échange en quelque sorte.

Au final, Ryan Villopoto savait qu’il lui restait une ou deux années à faire et ça s’est bien équilibré. Ça aurait été bien différent s’ils avaient été au même niveau à ce moment-là de leur carrière. C’était un test, et je savais que ça pourrait soit très bien se passer, soit exploser. Mais ça s’est vraiment bien passé.

L’idée, c’était que plutôt que d’avoir à pousser les pilotes à se dépasser sur le circuit, ils le fassent d’eux-mêmes, car ce sont des compétiteurs de nature. Ensuite, il fallait déterminer quel pilote ne pourrait pas travailler avec quel pilote, il y avait toujours cette limite très fine que je ne pouvais pas dépasser. On ne pouvait pas faire ça avec n’importe qui.

Il y a certains jours où je dois intervenir pour séparer les pilotes, c’est là que j’utilise mon expérience pour savoir quand l’un doit pousser l’autre pour qu’il puisse s’améliorer ou quand ils doivent plus se relaxer et se concentrer sur eux-mêmes. Trouver l’équilibre, c’est la clef. Je crois fermement en cette façon de fonctionner mais une nouvelle fois, certaines personnalités ne peuvent pas s’adapter à cette mixité du tout.

Quand j’ai commencé ma propriété, j’avais Adam Cianciarulo sur Kawasaki, Ken Roczen sur KTM, Villopoto venait de prendre sa retraite, Jason Anderson était sur Husqvarna, il y avait de la mixité, Kenny allait rouler sur Suzuki, c’était compliqué de s’aligner avec tout le monde, les mécaniciens, les marques, etc …

En fait, Roger m’a approché et chez KTM, ils ont vu ce que je faisais, ce que j’essayais d’achever et ils m’ont fait confiance et je les respecte pour ça car ils voient sur le long terme. Ils m’ont dit « Si tu es prêt à t’aligner avec nous, on peut t’aider et t’assurer que même si les pilotes viennent, changent, partent, ça ne t’affectera pas ».

Tu sais, mon plus gros souci, c’est les énormes crédits que j’ai sur cette propriété. Beaucoup de gens pensent que je gagne beaucoup d’argent avec ça, mais c’est faux. Je paye. C’était ma peur à l’époque, si je perdais un pilote, que quelque chose changeait et que je perdais du financement, je pouvais faire couler le navire rapidement.

Ils ont compris ça, ils m’ont dit qu’on allait trouver un équilibre si je m’alignais avec eux et que je m’occupais de leurs pilotes, qu’ils allaient s’assurer que je n’ai pas à m’inquiéter de ce côté-là.

La structure du programme est très similaire pour chaque pilote mais ils ont tous un profil physique et cardiaque différent donc une charge de travail différente. Chaque programme est adapté à chaque pilote mais quoi qu’il arrive, ils doivent faire leur entraînement moto, leur cardio, leur muscu. Ça peut varier.

Marvin et Jason ont des structures de programme différentes, des personnalités différentes, il faut adapter l’entraînement pour chacun sans oublier de l’imbriquer dans l’entraînement des autres pour que tout fonctionne bien ensemble car on n’a pas assez de temps dans une journée pour tout séparer et s’occuper de chaque pilote individuellement. Cooper est le nouveau du groupe et il s’adapte encore à la charge de travail.

Michael Mosiman il a 19 ans, quand il est arrivé ici pour la première fois, je me souviens, c’était très difficile pour lui de s’adapter. On savait que ce serait difficile pour les pilotes 250 donc on a dû s’adapter pour eux. Tyla Rattray s’occupe des pilotes 250, moi je jette un œil sur la structure de son programme, m’assure que ça a du sens et que les pilotes s’y tiennent et évoluent avec.

C’est un programme de A & Z, la diète, quand manger, quoi manger, quand s’hydrater, comment dormir et quand, le cardio, la muscu, l’entraînement moto, la flexibilité, les points forts, les points faibles. Ils doivent aussi s’adapter à leur moto, à leur team, au stress du quotidien en dehors de leur entraînement.

Quand j’ai commencé à travailler avec Villopoto, on n’avait pas beaucoup de temps car on avait déjà entamé la saison d’outdoor. J’avais trouvé cet endroit mais il fallait obtenir tous les permis avant de pouvoir faire venir les machines, creuser, construire, donc au début sur place on avait seulement un container. 

Le stress pour moi, c’était de pouvoir faire sortir de terre un terrain de Supercross ici car je ne savais même pas s’il y avait de l’argile dans le sol. J’ai pris le risque sans savoir car je n’avais pas d’autre choix et quand j’ai eu tous les documents et les permis, j’ai commencé à creuser pour voir s’il y avait de l’argile et quel type de sol on avait pour tenter de créer un terrain de Supercross, il fallait que tout soit prêt en 2 ou 3 mois et c’était un challenge, c’était très stressant. Il fallait construire un bâtiment, faire venir l’électricité …. J’ai tout acheté sans savoir si ça allait être faisable.

J’ai dit à ma femme « Si je n’obtiens pas les permis ou qu’il n’y a pas d’argile sur le terrain et que ce n’est que du sable, alors j’essayerais de le revendre ». Ce n’était pas une période facile pour moi. Je dormais peu. J’avais les athlètes mais je n’avais nulle part où les faire rouler. C’était difficile.

Les machines ne sont pas données, tu prends aussi des crédits pour ça, et il faut réussir à décrocher ces crédits. À la base, les banques ont refusé de me prêter de l’argent, disant que mon projet n’avait ni queue ni tête. Je me souviens avoir quitté la banque en larmes pour rentrer chez moi. Je dois beaucoup à Villo, je l’ai appelé et il m’a dit « Ecoute, je sais que tu vas y arriver », et c’est lui qui m’a aidé pour que je puisse me lancer. Sans lui pour m’aider au départ, je ne sais pas ce que j’aurais fait.

Quand on est arrivé à la phase 2 de mon plan, celui d’entraîner des pilotes 250, d’avoir 2 nouveaux circuits, j’avais fait mes preuves et finalement les banques ont vu que je m’en sortais, que je payais mes factures, donc ils ont fini par m’aider. D’un autre côté, ils savaient que si je n’y arrivais pas, ils pourraient me saisir toute ma propriété.

Maintenant, ça fait 5 ans, et je respire enfin, au début, je respirais à travers une paille, crois-moi. Et puis cette histoire d’argile … Tu ne peux pas faire un terrain de Supercross en sable. On a creusé, on a trouvé de l’argile, mais il fallait déplacer toute cette argile, donc on a creusé à l’endroit le plus simple et le plus près du futur circuit pour extraire cette argile. Un an après, on s’est rendu compte qu’un peu plus loin, on avait de l’argile de bien meilleure qualité. Mais on ne pouvait pas savoir, je ne pouvais pas payer un géologue pour venir faire des milliers de trous et prélèvements sur ma propriété.

Soit ça marchait, soit ça foirait, c’était comme ça.

[ … A suivre]

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