Aldon Baker se raconte – Partie 2

 L’homme derrière les titres – Partie 2

Carmichael, Stewart, Villopoto, Roczen, Dungey, Musquin, Cianciarulo, Anderson, Osborne, Webb … On ne compte plus le nombre de champions US entraîné sous l’œil avisé d’Aldon Baker depuis ces 20 dernières années.

Si tout le monde connaît le nom, peu de personnes connaissent vraiment le personnage. Aldon  – figure énigmatique du sport – n’est pas le plus bavard mais reste une source de critiques à l’image souvent associée au dopage.

Dans cette seconde partie, Aldon revient sur sa propriété, son programme, la retraite des pilotes, le cas Broc Tickle et le dopage en général.

Et si c’était l’heure d’en savoir plus sur Aldon Baker – Partie 2 (Partie 1)

[…] La propriété fait 40 hectares et on a 3 terrains de Supercross et 2 terrains de Motocross. Au début, je me disais que jamais je n’arriverais à utiliser toute la superficie du terrain et finalement on n’en est pas loin. Il reste une chose que je veux faire sur cette propriété pour la terminer, un dernier circuit, et ce sera fini. J’aimerais bien avoir un terrain en sable, un vrai terrain de sable. On a le sable, mais encore une fois, il faut le déplacer ; trouver l’emplacement idéal, etc.

J’ai une vision pour cet endroit, je sais à quoi je veux qu’il ressemble et je veux que les pilotes arrivent ici et se disent « wow, c’est vraiment cool ». Ils peuvent voir tout le travail que je fais sur la propriété, mais au final, j’attends d’eux qu’ils s’impliquent autant dans leur programme, tout le monde doit tout donner.

J’ai dû acheter des machines et employer des gens pour s’occuper de tout l’entretien. Quand je ne suis pas aux courses, je suis ici en train de travailler sur la propriété, je désherbe, je fais de l’entretien.

5 ans déjà – Adam Cianciarulo et Ken Roczen à la Bakers Factory

On a un atelier, des espaces de stockage, puis j’ai compris que si je faisais une salle de sport ici, on aurait tout sur place. Avant, on partait d’ici, on utilisait des salles publiques en ville et on faisait notre sport. Je voulais améliorer la propriété et maintenant la salle de sport est ici. On n’est vraiment pas loin d’avoir tout ce que je veux avoir ici. À l’étage, tu trouveras toutes les machines de cardio, en bas, tous les poids et machines de musculation. C’est très spécifique au motocross, on ne s’entraîne pas pour être des bodybuilders ici, tout est fait pour qu’ils soient secs, forts, l’entraînement est en rapport avec leur sport.

Je travaille sur un calendrier de 52 semaines et je dois équilibrer mesprogrammes avec le supercross, le motocross et les voyages, ce n’est pas évident, je dispose du temps dont je dispose.

Le plus important, c’est l’entraînement moto, puis viens le cardio, puis la muscu. Chaque journée d’entraînement comprend de la moto et du cardio. La musculation, ce n’est pas tous les jours, mais au moins 3 fois par semaine.

Le cardio, c’est tous les jours, et j’essaye de varier. On fait beaucoup de vélo, mais tu sais, ces gars ne sont pas des cyclistes. J’utilise mes connaissances dans ce domaine pour les aider au niveau du cardio. On utilise les rameurs et le Skierg, les escaliers, tout ce qui est bon pour améliorer leur cardio tout en gardant l’entraînement intéressant, en leur donnant de nouveaux défis, tu sais, ces mecs sont des athlètes, donc ils se nourrissent de ces défis.

Cooper, Jason, Zach, Aldon & Ryan

Quels sont les objectifs des pilotes ? Quand tu commences à gagner, alors les gens s’attendent à ce que tu gagnes de nouveau. Il y a une fenêtre pour gagner, et un moment, cette fenêtre disparaît. Soit à cause de ton âge, soit à cause des objectifs que tu t’es fixé. C’est un cercle vicieux, le but est de gagner des championnats, mais quand tu gagnes des championnats, comment savoir quand tu en as gagné assez ? Parce qu’au final, c’est ce qui te motive à fournir le travail. Quand tu commences avec un nouveau pilote, il est déterminé, il veut gagner des courses, puis un championnat, alors quand est-ce que tu décides que c’est assez ?

Si tu regardes Ricky, combien de championnat a-t-il gagné ? Pourtant, les gens s’attendaient toujours à ce qu’il gagne, année après année malgré tous les titres. Ricky savait ce qu’il fallait fournir à l’entraînement pour gagner, donc arrive un moment où tu te poses forcément la question « Quand est-ce que j’aurais gagné assez d’argent ? Quand est-ce que j’aurais gagné assez de championnat ? Qu’est-ce qui me motive désormais à faire tout ça ? ». Celui qui n’a rien gagné veut gagner, mais celui qui a tout gagné, quel est son nouvel objectif ?

J’ai vu beaucoup d’athlètes qui ont connu une belle carrière, qui ont gagné des championnats, et ils arrivent toujours à un point où ils en ont gagné assez. Maintenant s’ils n’avaient pas gagné de championnat, ils seraient probablement encore là aujourd’hui.

Cooper Webb & Aldon Baker

Les pilotes ont la pression car les équipes les payent bien, mais ils les payent pour gagner, pour ramener du résultat. Regarde, après le Supercross, ils ont une semaine pour profiter et ils commencent déjà la saison d’outdoor. Si tu ne roules pas bien en outdoor, plus personne ne parle de ta superbe saison de Supercross. Tu deviens inutile. C’est un cercle vicieux mais c’est comme ça. Ce n’est pas un sport comme le golf – où tu peux devenir un des meilleurs et continuer année après année en appréciant ce que tu fais, en vivant la belle vie. Les risques ne sont pas les mêmes.

Regarde Dungey, Villopoto, même Ricky, ils ont choisi leur moment pour partir, partir quand ils étaient au top. Qui voudrait se faire pousser vers la sortie, vers la retraite forcée ? Tu ne veux pas entendre « Tu aurais dû raccrocher il y a un an mon pote, maintenant c’est fini ». La question, c’est est-ce que je peux encore le faire, est-ce que je suis encore assez motivé pour le faire, est-ce que je le fais pour les bonnes raisons ? Tout ça rentre en compte quand il s’agit de prendre la décision d’arrêter ou de continuer.

Si Ryan Dungey n’avait pas gagné ces championnats, il roulerait encore. C’est comme ça quand tu n’atteins pas tes objectifs. Les gens se focalisent sur l’âge. Zach est-il trop vieux ? Non. Zach n’a pas atteint ses objectifs, il est aussi motivé, déterminé, assidu que n’importe quel autre pilote qui n’aurait pas encore atteint ses objectifs. En parlant de Zach, il a gagné en 250, il a réitéré l’année suivante. Il s’est dit « Okay, j’ai atteint mes objectifs maintenant je veux un nouveau défi en 450 et je dois atteindre mes nouveaux objectifs. »

Ryan Dungey

La Wada [Agence mondiale antidopage] ? On en a besoin dans ce sport c’est sûr. Quand il y a beaucoup d’argent en jeu, il y a des risques de triche. Il faut que les athlètes passent des tests. N’importe qui qui travaille dur devrait obtenir des résultats et tricher ne devrait pas faire partie du sport. Je suis le premier à dire qu’ils devraient tester tous les pilotes mais je pense aussi qu’il faut être un peu plus réaliste.

Il faut tester les pilotes et chercher ce qui pourrait leur donner un réel avantage, ce qui serait vraiment considéré comme de la triche. En vélo l’EPO, ça fait une énorme différence. Ils s’entraînent tous très durs, mais l’EPO, ça peut faire la différence. Soyons réaliste, qu’est-ce qui va vraiment faire une différence, quels sont les limites réelles, que considère-t-on vraiment comme de la triche ? Ne pénalisez pas un mec parce que vous avez retrouvé des traces d’un produit à hauteur de 0.001mg qui ne donne aucun avantage au pilote.

J’ai dû faire des recherches sur le cas de Broc car je ne savais pas ce qu’était ce produit. Apparemment, c’est un ingrédient d’un produit que les mecs utilisent à la salle pour congestionner les muscles. Sauf que la dernière chose que tu veux quand tu roules en motocross, c’est d’être congestionné. Mon avis là-dessus, c’est qu’ils devraient regarder plus en profondeur.

Brock Tickle

Pourquoi ce produit est-il banni ? Car apparemment ce produit est très dangereux à forte dose, apparemment il ralentit la circulation sanguine, donc quand ton cœur bat vite, ça peut devenir dangereux car tu peux faire une crise cardiaque. J’ai entendu que certains athlètes étaient morts lors d’une course à pied à cause de ça, et c’est pourquoi c’est sur cette liste.

Mais pour moi, ce produit est dangereux pour la santé, il n’est pas du tout bénéfique pour un athlète, il ne t’aide pas à gagner une course et c’est là que je trouve qu’il y a un problème. Ce produit n’a pas aidé Broc à rouler plus vite ou à faire quoi que ce soit mieux qu’un autre. Il faudrait quelqu’un qui se dise « Okay, il s’est fait prendre avec ça, c’est quoi ce produit ? Est-ce que ça l’a vraiment aidé ? Est-ce qu’il en a tiré un avantage ? »

James Stewart a été contrôlé positif à l’Aderall, c’est un médicament sous ordonnance. Tu sais très bien quand tu vas demander ton ordonnance que c’est une substance interdite. Si tu suis à la lettre les règles de la WADA, la supplémentation en vitamines aussi est interdite. Moi, je dis aux pilotes de ne pas manger de viande rouge à cause de toutes les hormones qu’ils mettent dedans et pas de produits laitiers pour la même raison. On en est arrivé là, est-ce que ça vaut le coup d’en manger et de risquer un contrôle positif ? Une simple trace d’un produit dont tu ne connais même pas la provenance qui peut venir détruire ta carrière, vraiment ?

Honnêtement, tu peux leur donner n’importe quel produit que tu veux, ça ne changera pas leur façon de piloter sur la piste. Maintenant je suis d’accord sur le fait qu’un produit qui améliore tes performances physiques ou ton activité cérébrale soit banni car ça, c’est tricher.

Dans le cas de Broc, j’aurais aimé voir un comité, un membre de chaque constructeur ou équipe par exemple, qui aurait pu voter pour décider eux-mêmes si oui ou non Broc a tiré le moindre bénéfice des traces du produit retrouvé dans son sang. Broc a dû attendre deux ans, on a besoin de la Wada, mais on en a besoin différemment.

Je me souviens quand j’ai commencé avec Ricky, vu que j’étais dans le cyclisme, les gens assumaient directement que Ricky était dopé. Dès qu’un mec réussi, il est dopé de toute façon. Les gens autour de nous voyaient bien le travail qu’on effectuait pourtant. Moi, j’ai quitté le cyclisme à cause du dopage. Il était évident que je n’allais pas réussir à aller beaucoup plus loin dans le VTT à cause de ça et ce sport ne représentait pas assez pour moi pour risquer ma vie en prenant des produits dopants, en plus, je n’y connaissais rien sur le sujet et d’autre part, il faut avoir un gros budget pour s’aventurer là-dedans d’après ce que j’ai compris.

Mais apparemment parce que tu fais ou as fait du vélo, tu es directement pointé comme un receleur de produits, un tricheur, parce qu’évidemment, personne ne peut faire tout ça juste en travaillant dur.

Dans les années 80, les cyclistes tombaient raides morts dans le peloton. Le vélo pour moi, ça n’a jamais été qu’une petite partie de ma vie, je savais que je n’allais pas prendre ma retraite de cycliste et les risques n’en valaient pas la peine. […]

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