Coaching et entraînement mental, pour qui, pour quoi ?

Coaching mental, c’est quoi, pour qui, et surtout, comment ?

L’entraînement sportif n’est plus un secret pour vous; vous suivez un programme physique béton, vous travaillez la technique tel un Christophe Pourcel et suivez une diète rigoureuse. Bien; mais si je vous disais que vous passez à côté de la préparation mentale ?

La préparation mentale, Kézako ? Personnellement, j’ai une idée plus ou moins vague sur la question; vous aussi ? Ça tombe bien.

Aujourd’hui je vous propose d’en savoir plus sur la préparation mentale, et pour ce faire, quoi de mieux que de s’adresser à un professionnel pour comprendre l’importance de l’entraînement mental dans le sport, et plus particulièrement, dans le motocross ?

En 2015, et après plus de 20 ans d’expérience dans le domaine du sport et du coaching ; Didier Romain a créé la société PerfOptimum pour travailler sur l’aspect mental dans le sport afin de répondre à une question que beaucoup de sportifs se posent « Comment peut-on passer autant de temps à s’entraîner, sans ne jamais être sûr que nos efforts payent ? ».

Le coaching mental, c’est une approche globale du sportif qui ne différencie pas la tête du physique tout en cherchant à créer des automatismes, mais c’est quoi exactement, le but d’un entraîneur mental ?

Didier, qui travaille aux côtés des pilotes de l’équipe VRT KTM Tom Guyon, Saad Soulimani & Thibault Maupin, nous apporte des éléments de réponse.

Didier Romain

« La mission d’un préparateur mental, c’est de permettre à un sportif d’apprendre à se connaître en premier lieu. Connaître sa propre personnalité, ses qualités, ses motivations à réussir. C’est aussi apprendre à un sportif à avoir confiance en lui, à se fixer des objectifs, qu’il sache ce dont il est capable et comment il est en mesure de progresser dans son sport. Comment comprendre des échecs et surtout, comment les surmonter.

À chaque entraînement Tom, Saad et Thibault s’entraînent sur des dimensions mentales, des dimensions physiques et des dimensions techniques.

On peut travailler sur l’attention, la concentration, la prise de décision, d’initiative, la réactivité, je travaille aussi sur la respiration avec eux ; apprendre à respirer dans une situation d’énervement ou de stress, c’est très intéressant, et surtout très important pour un sportif. On peut par exemple apprendre à revenir au calme par la respiration.

On travaille beaucoup sur le stress aussi. L’important pour les pilotes, c’est d’être le plus relâché possible. Plus ils sont relâchés, mieux ils roulent, et plus ils sont performants.

J’utilise des outils, des tests, des questionnaires, je mets les pilotes à contribution, je fais travailler leur matière grise, je les mets en situation pratique, il y a beaucoup de façons de travailler, et ces dernières sont complémentaires avec le travail du coach technique et du coach physique.

En Motocross, il y a plein de pensées parasites et de phénomènes qui peuvent venir perturber le pilote. Mon objectif, c’est de les mettre dans des situations difficiles pour que les pilotes puissent développer des techniques qui leur permettent ensuite d’avoir le contrôle face à ces situations; mais pour arriver à ce stade-là, il faut travailler en amont de la course.

Parfois, je demande à l’entraîneur de les mettre dans des situations difficiles, des situations dans lesquelles ils ne vont pas forcément réussir tout de suite. On va tenter de les perturber en changeant les horaires, les consignes, le programme, l’entraînement, la situation, certaines choses; on essaye de faire en sorte qu’ils ne s’habituent pas à quelque chose qui soit trop lisse pour ne pas rentrer dans une zone de confort.

Thibault Maupin

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que le motocross est un sport bourré d’automatisme; vous freinez, sortez la jambe, relancez à l’embrayage, le tout, sans même y penser. Votre panneauteur ou mécanicien prendra même le temps de vous faire penser à respirer de temps à autre. Dans ce sport où il est impossible de prendre du recul face à une situation, comment faire pour aborder un événement de la meilleure des façons ?

« Avec les pilotes, on travaille sur des routines de performance, des routines d’avant course, de course, et d’après course, tout ça prend du temps et demande beaucoup d’entraînement. Chaque sportif est différent, chacun a besoin d’une chose particulière à l’instant T, chacun a ses habitudes. Moi je travaille pour apprendre à les connaitre et pour pouvoir mettre en place des routines performantes avec chacun d’entre eux. L’idée, c’est qu’ils arrivent à se dire que rien ne peut avoir une influence négative sur ce qu’ils sont en train de faire.

Je travaille beaucoup sur l’imagerie mentale, la visualisation. On se projette dans des univers, des moments de course. On se projette sur le grand prix d’Angleterre, on exploite la situation de course de Lacapelle par exemple, on voit si un pilote a rencontré une problématique, s’il a manqué de réactivité.

L’imagerie mentale, ça permet de revenir en arrière et de se placer de nouveau dans une situation pour savoir exactement ce qu’il s’est passé dans la tête du pilote à ce moment-là, pour comprendre comment il aurait pu réagir autrement, comprendre ce qui n’a pas fonctionné sur l’instant T. On essaye de comprendre, d’ajuster, de trouver des solutions pour faire face et pour éviter au pilote de faire un blocage si la situation se représente de nouveau.

Par exemple, si tu te dis que tu es mauvais lors des départs, que tu te dis que tu vas probablement mal partir à nouveau, alors tu rentres dans une spirale, une « croyance négative » dont il est difficile de s’extirper. »

S’il est relativement simple de mesurer la progression et les améliorations apportées par un programme physique ou technique, il me paraît plutôt difficile de mesurer les progrès réalisés par le suivi d’un entraînement mental.

« Il y a plusieurs outils de mesure. Je travaille beaucoup avec le ressenti des pilotes, c’est une vraie relation de confiance qui se met en place. Je leur apprends à ressentir les choses et à les exprimer, ça peut être de la joie, de la colère, de l’euphorie, de l’impatience. Tout ça, c’est important, et il faut savoir comment ils arrivent à les contrôler. Moi j’observe de l’extérieur. Je vais avec eux à l’entraînement, je leur donne des thématiques, je fais beaucoup d’observation comportementale, je regarde les courses, s’il faut, je leur parle au téléphone avant la course.

L’an dernier, aucun de nos pilotes ne s’est blessés, c’est un point qui montre qu’ils sont en contrôle de leurs émotions et ne font pas n’importe quoi sur la moto. Les accidents et les chutes qui peuvent arriver par colère, impatience, frustration;  aujourd’hui, nos pilotes parviennent à contrôler ces émotions et à éviter les erreurs qui en découlent. Ils savent quelles décisions prendre sans ne jamais en douter.

J’utilise également des tests que je leur soumets à différents moments dans la saison, pour voir les progrès réalisés. Certains remplissent un carnet d’entraînement où ils notifient leurs objectifs, ce qu’ils réussissent, ce qu’il faut améliorer, leurs ressentis, etc.

Mon travail, c’est de les rendre autonome, pas de les rendre dépendant. Le but, c’est qu’ils puissent avoir les ressources nécessaires pour performer car ils se déplacent partout en Europe, je peux être là pour le soutien, mais l’idée, c’est l’autonomie. L’accompagnement en compétition peut s’avérer utile et positif  dans la mise en place de routine de performance et de confiance en soi.

Tom Guyon

Mais très concrètement, c’est quoi la différence entre un psychologue du sport et un préparateur mental ?

« La différence, c’est que le psychologue va s’intéresser à la répercussion du sport sur l’individu. Exemple, si un pilote tombe et qu’il a peur, la notion de peur peut le paralyser, et c’est un psychologue qui va être le meilleur interlocuteur pour régler la problématique. Les répercussions physiques et psychologiques du sport sur l’individu sont de l’ordre du psychologue.

Moi, je ne suis pas un psychologue, je cherche à développer la performance sportive en travaillant sur l’aspect mental. Je travaille en complémentarité avec le préparateur physique.

En Motocross, tu travailles sans arrêt avec le facteur émotionnel, le but du travail avec les pilotes, c’est de faire en sorte qu’ils aient toujours le contrôle émotionnel sur ce qu’ils font.

Certains pilotes sont très bons quand ils sont en seconde position, et s’effondrent mentalement quand ils sont premiers. Ça, ça relève du travail mental, et pour travailler ça, on peut faire de l’imagerie mentale ou se mettre en situation à l’entraînement.

Entraîner son cerveau sur de l’imagerie mentale, c’est donner à son esprit une représentation de ce qu’il peut arriver. Le cerveau s’entraîne à vivre des situations en virtuel, mais lorsque ces situations se présentent, le cerveau sait comment réagir car il a déjà rencontré ces situations là ; on accède alors à une routine mentale.

On ne sait pas ce qu’il va se passer, mais étant donné que le pilote a déjà vécu ces situations, il est moins sujet à avoir une réaction sous le coup de l’émotion immédiate. Je leur fais vivre un maximum de situation, pour que le jour où la situation se présente en compétition, ils sachent comment réagir ; c’est la définition même de l’entraînement mental. »

First and the only préparation race of the year for me and the team. (2-2) in the motos some good things but not the result i wanted😤the speed is there but so many small mistakes but i learn, now some last testing on the bike and focus on the emx125. french fans are on🔥thanks❤️ 📸 @mxjuly @team_vrt_officiel @ktm_official @michelinmotorcycle @wp_suspension @motorex_powersports @semcmoto @flyracingusa @ride100percent @100percentmoto_france @mecanicsport_offroad @sidisport_official @mickael_vrignon @halim.soulimani @iammary.style @gaetan.robert17 @etienneguerin162 @ghr_racing_officiel

Saad Soulimani @MXJuly

Quelles particularités le motocross présente-il; particularités qu’on ne retrouve pas forcément dans d’autres sports ?

« J’accompagne des sportifs qui font du karaté, des gymnastes, des joueurs de tennis de table, des coureurs, des marcheuses athlétiques, des basketteurs, des triathlètes; je travaille aussi avec des entraîneurs, etc …

Ce qui est très spécifique dans la moto, c’est la dimension de danger et la capacité à aller vite sans faire n’importe quoi. Un défaut d’attention, un défaut de contrôle d’émotion, en motocross, ça peut te coûter très cher sur le plan physique. Il faut prendre ça en considération.

Quand je discute avec les gens, ils me disent « Les pilotes de motocross, ils sont fous »; mais au contraire, c’est totalement l’inverse. Ils ne sont pas fous, ils se doivent d’être très posés, s’ils sont fous, ils vont se blesser, voire pire …

On parle assez souvent de ce sujet-là avec les pilotes, on parle des accidents, des blessures, il ne faut pas qu’il y ait de tabou. On essaye de comprendre ce qu’il s’est passé, il ne faut pas que ce soit quelque chose qu’ils gardent à l’intérieur. Si tu commences à te dire « pourvu que ça ne m’arrive pas », alors, ça t’arrivera. Quand on est dans la réflexion à se dire « pourvu que », ça finit forcément par générer du stress; si tu penses à ne pas tomber dans un virage, tu vas tomber dans le virage. »

Un mot sur la gestion du stress ? Les quelques minutes avant le départ de la course sont – souvent – synonymes d’une énorme montée de stress pour les pilotes.

« C’est normal de ressentir le stress pour un compétiteur. C’est une montée d’adrénaline, c’est même obligatoire. L’arrivée du stress, c’est un signe, signe que ce que tu fais est important pour toi, signe que tu es content d’être là. Il faut par contre apprendre à contrôler les manifestations du stress. Il ne doit être ni paralysant, ni euphorisant, il doit venir comme une bonne nouvelle. Il faut le contrôler pour qu’il puisse t’aider à performer. Mon objectif n’est pas de diminuer le stress, mais de diminuer l’impact du stress. »

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