Cole Seely « J’étais terrifié à l’idée de remonter sur une moto »

À l’âge de 29 ans, Cole Seely a annoncé prendre sa retraite sportive.

Ces deux dernières années ont été un vrai calvaire pour Cole Seely. Une chute à Tampa en 2018 laissait le pilote HRC avec une fracture du sacrum, du pelvis et de graves lésions à la paroi abdominale. Suite à cette blessure, Cole avait envisagé de mettre la clef sous la porte avant de finalement annoncer une prolongation d’un an avec l’équipe Honda.

Cette saison, Cole a donc fait son retour – plus difficile que prévu – en compétition et a participé à toutes les finales de supercross 450 sauf une. Il signe une 5ème position à Houston en guise de meilleur résultat de la saison.

Malheureusement, alors qu’il s’entraînait en Floride pour la 4ème épreuve du championnat Outdoor, Cole s’est fracturé l’épaule à Moto sandbox sur une chute anodine.

Pourtant, ce n’est pas cette blessure qui a décidé le Californien à raccrocher les gants. La décision était prise depuis un bon moment déjà.

Cole Seely – Swap MotoLive Show

“Ça faisait déjà longtemps que savais que j’allais raccrocher, maintenant que c’est dit, ça paraît encore plus réel. Honnêtement, ça fait du bien, c’est un soulagement car je l’avais gardé pour moi pendant des mois. Je savais que j’allais arrêter depuis fin février, début mars, bien avant que je ne sois blessé.  La blessure n’a rien à voir avec le fait que je décide de raccrocher, au fond de moi, je savais que c’était terminé. C’est bon de ne plus avoir à mentir quand des gens me demandent si je vais rouler l’an prochain.

La blessure de 2018, c’est ce qui m’a fait emprunter le chemin vers la sortie. Suite à cette blessure, rien que l’idée de remonter sur une moto me retournait l’estomac. À ce moment-là, j’étais dans une chaise roulante depuis 2 mois, je faisais des cauchemars la nuit, je me réveillais en sueur, j’étais terrifié à l’idée de remonter un jour sur une moto.  Je n’arrêtais pas de me dire « et si la moto m’avait percutée plus haut, ou plus bas ? » « Et si j’avais perdu ma jambe ? » car j’ai des amis qui ont vécu ça.[…]

J’aurais redonné tout l’argent gagné, toutes mes 10 dernières années de compétition juste pour m’assurer de vivre une vie normale après ma carrière. Penser comme ça, ça m’a ouvert les yeux. Je pense que j’ai mûri, je suis devenu un adulte.

Une fois que j’ai réussi à surmonter toutes ces peurs et ces pensées, j’ai commencé à me dire qu’il fallait que je revienne en compétition, ça me semblait normal, logique.  Pour moi, c’était aussi une façon de relever un défi, si je pouvais revenir d’une blessure comme celle-là, remonter à la surface après avoir touché le fond, alors je pouvais tout faire, que ce soit sur une moto ou dans un autre domaine. C’était vraiment un défi pour moi, je voulais voir si je pouvais le faire, et je l’ai fait.

Si je n’étais pas revenu, j’aurais passé toute mon année 2019 à me demander où j’aurais pu me situer et je m’en serais voulu, alors je suis content d’être revenu et d’avoir surmonté le plus dur.[…]

Je n’avais pas prévu de revenir pour une année avant de raccrocher en fait, je voulais juste revenir et voir ce qu’il allait se passer. Et puis j’ai eu tellement de mauvais résultats. Avant, j’avais l’habitude de me demander ce qu’il fallait faire pour monter sur le podium, pour rentrer dans le top 5, je me disais que si tout se passait bien, je pouvais gagner. Ne plus être dans cette position ne me convenait pas. Je n’ai jamais voulu rouler juste pour prendre mon cachet et me barrer. J’ai toujours voulu m’aligner pour mieux faire, devenir meilleur et je sentais que mes plus beaux jours étaient derrière moi.[…]

J’en étais au point où j’arrivais sur le circuit et je me disais « Ils vont probablement sauter un quadruple ici, mais moi, je ne le ferais pas ». Avant, je l’aurais sauté aussi car je voulais être le meilleur. Je n’avais plus cette hargne en moi, la flamme était éteinte.[…]

J’ai toujours aimé faire de la moto, la compétition, c’est fun, mais je n’aime pas particulièrement ça. Ces dernières années, le moment où je prenais le plus de plaisir sur la moto, c’était lors des 15 premières minutes de mon entraînement, pendant ces 15 minutes, je m’échauffais et je n’avais aucune routine à suivre, je pouvais juste faire ce qu’il me plaisait, m’amuser sur la moto. Il est certain que je roulerais toujours à moto, jusqu’à ce que je n’en sois plus capable physiquement.[…]

Je me souviens, je ne voulais pas dire à tout le monde que j’allais prendre ma retraite sportive car j’avais peur que les gens se disent que vu que c’était ma dernière saison, je n’allais pas m’investir à 100% et je ne voulais pas qu’ils se disent ça. Je ne voulais pas non plus l’annoncer avant de me sentir prêt à l’annoncer, et malheureusement, c’est arrivé après une blessure. C’est une décision difficile à prendre car il y a beaucoup de gens qui travaillent dur pour moi et je ne voulais pas les laisser tomber. J’ai essayé de me battre du mieux que j’ai pu, mais les signes étaient tous là.[…]

Je me disais qu’il suffirait peut-être d’un bon résultat ou d’une bonne journée pour me faire changer d’avis. Je me souviens au Colorado, c’était justement une bonne journée, je signe le holeshot en heat, je mène, Tomac et Cooper étaient juste derrière moi, et je gagne la heat. Je me suis dit que c’était peut-être ça dont j’avais besoin pour changer d’avis et ne pas raccrocher. Finalement, au moment de monter sur le podium après la heat pour faire l’interview, je n’avais qu’une seule envie, c’était d’être chez moi. Je ne m’amusais plus, le cœur n’y était plus. Mais j’avais un travail à faire, il fallait que je satisfasse les sponsors, que je donne tout, et je n’allais pas en faire moins même en sachant que c’était fini.[…]

Après le Colorado, on est allé en Floride. J’avais tout prévu, j’avais loué un appartement, j’avais trouvé un mécanicien d’entraînement, j’avais payé mes droits d’accès aux circuits, j’avais prévu de passer les 3 mois d’été en Floride mais malheureusement, je me suis blessé dès le premier jour ! Je suis arrivé sur place le lundi, je suis tombé le mardi. Je savais que mon épaule était foutue, et je suis rentré le mercredi […] Thunder Valley, c’était ma dernière course professionnelle » 

 

 

 

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