Joey Savatgy « Je l’ai laissé passer pour le million, il ne m’a jamais remercié »

Retour sur la Monster Energy Cup 2018

L’an dernier, lors de la Monster Energy Cup, Joey Savatgy laissait Eli Tomac prendre le dessus lors de la toute dernière finale de la soirée afin de permettre à l’officiel Kawasaki de rafler le million de dollars promis au vainqueur des trois finales.

Près d’un an après la Monster Cup, Joey Savatgy a décidé de déballer l’intégralité de l’histoire lors d’un podcast avec Swap Moto Live. Ce dernier n’aurait pas reçu le moindre dollar de dédommagement de la part d’Eli Tomac suite à cette course. Pire encore, il n’aurait pas eu droit à un simple remerciement. En voilà deux qui ne passeront pas leurs vacances ensemble.

Joey Savatgy est toujours sans contrat pour la saison prochaine.

Joey Savatgy

« Tu ne sais jamais trop à quoi t’attendre pour la Monster Energy Cup. J’avais fait quelques semaines de testings en Supercross et je me sentais bien. C’est un peu comme Anaheim 1, tu te sens prêt mais tu ne sais pas à quel niveau vont être les autres, tu ne sais pas si tu es hors du coup ou si tu seras un des meilleurs. C’est ce que j’aime à propos de ce sport, l’inconnu, rien n’est garanti.

Je n’avais pas de pression pour la Monster Energy Cup, j’étais un peu tendu, nerveux. Je me qualifie bien le samedi, 7ème je crois. Je me disais que je pouvais être dans le top 5, j’étais content. Evidemment, il fallait prendre de bons départs. Au final, je claque le holeshot en première finale et c’est probablement la pire chose qu’il pouvait m’arriver car j’étais vraiment tendu, je flippais, je roulais au-dessus de mes pompes car j’étais devant tous les autres et je n’avais jamais été dans cette position en 450.

En seconde manche, je ne réalise pas un si bon départ, je me retrouve bloqué derrière quelques mecs que je n’arrivais pas à doubler, c’était difficile pour moi. Je me suis senti ralenti, j’étais frustré.

En arrivant sur la grille de départ pour la 3ème manche, Eli Tomac avait le premier choix sur la grille, du coup, je lui demande s’il préfère que je me mette à l’intérieur de lui où à l’extérieur, car il jouait bien plus que moi, il jouait le million. Il m’a dit qu’il s’en fichait. La grille s’abaisse, je signe finalement le holeshot, et je suis en tête. Lors d’un tour, j’enroule sur un saut pour un drapeau alors que je n’étais pas obligé, je perds 2 secondes lors de ce tour.

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La course se déroule bien au final, je maintiens mon écart, je sais où sont les autres et je commence à me dire que je peux gagner la dernière finale. Alors qu’il ne reste plus que 3 tours à disputer, j’entends la foule hurler. Je passe devant les mécaniciens, au moment où je vois mon panneau 2 tours, je vois que le mécanicien d’Eli Tomac a aussi le panneau de sorti, donc je sais qu’Eli Tomac n’est pas loin derrière moi, et je sais ce qui est en train de se jouer. […]

Dans la partie extérieure, avec le sable, en revenant dans le stade, je savais où était Eli, je savais ce qu’il fallait faire à ce moment-là, je savais qu’il fallait le laisser passer. Dans la situation inverse, j’aurais aimé que mon coéquipier réalise ce qui était en jeu et me laisse passer. Moi, je n’avais rien de spécial à gagner.

Gagner la finale et terminer second ? Cool. Mais en même temps, si je gagne la manche, j’empêche mon coéquipier de décrocher le million de dollars. Donc dans ma tête, je sais très bien ce qu’il faut faire, et c’est laisser Eli passer.

Avant le drapeau blanc, je commence à ralentir. Pas assez pour que ce soit visible, mais assez pour qu’il puisse me rattraper exactement là où il m’a rattrapé, à la sortie du stade. Dans ma tête à ce moment-là, je n’ai pas réfléchi et je me suis dit que si je pouvais le laisser passer en dehors du stade, les gens ne le verraient pas car il n’y a pas de spectateurs dans cette partie-là. Rien que de le dire, ça me fait rire tellement c’est stupide d’avoir pensé ça. J’aurais dû le savoir … C’était le pire endroit pour le faire au final. (…) Donc je m’écarte, il me double, et file vers la victoire … […]

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Je savais très bien que j’aurais gagné la course autrement, peu importe ce que les autres disent. On passe donc l’arrivée et je termine second. Eli était aux anges. Tout le monde était content, c’était cool. Les parents d’Eli sont venu me voir et m’ont dit « merci pour ce que tu as fait », son mécanicien est également venu. À l’époque, je disais que je le referais s’il le fallait. Maintenant, 9 mois plus tard, je me rends compte que non. Je n’ai toujours pas eu de merci de la part d’Eli. Il n’est pas venu me serrer la main, je n’ai jamais eu un mot de la part de ce mec.

Les gens qui pensent que j’ai été payé par la suite me font rire. Je n’ai même pas eu un merci ou une poignée de main. De toute l’année, il a fait comme si rien ne s’était passé. Est-ce que je le referais ? Pas la moindre chance que je le refasse. Tu ne veux pas me dédommager ? Très bien, mais je t’ai fait gagner beaucoup d’argent cette soirée-là et je n’avais pas à faire ça, j’ai choisi de le faire. Si tu ne veux pas me filer du pognon, je m’en fiche. Mais ai au moins la courtoisie de venir me remercier et dire « Merci, j’apprécie ce que tu as fait, car tu n’avais pas à le faire »

Evidemment, Eli n’est pas obligé de me croire sur le fait que j’aurais gagné la course ce soir-là si je ne l’avais pas aidé. Il peut me contredire. 

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L’argent n’est même pas le problème, je n’ai jamais eu un seul merci. Je sais que nous ne sommes pas amis mais c’est de la courtoisie. Ta famille est venue me remercier, ton mécanicien est venu me remercier, ton préparateur de suspensions est venu me dire merci, pas toi.

Tu pourrais me filer tout l’argent que tu veux, je ne le referais pas. Il a dépassé les bornes, tout ce que j’espérais, c’était un simple merci et j’aurais été plus que content pour lui. Il aurait pu prendre conscience que j’ai sacrifié une course. Ça aurait été ma seule victoire sur Kawasaki de toute l’année, en plus. En gagnant cette finale, j’aurais terminé second et non troisième de la Monster Energy Cup. En faisant ça, j’ai perdu de l’argent dans l’histoire.

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Pendant un moment, ils étaient d’accord pour me payer. On avait parlé au père d’Eli et on avait discuté lors d’un meeting sur le circuit d’entraînement avec Eli  Tomac. Ils étaient d’accord de me verser la différence entre la victoire de manche et la seconde place puis la différence entre la seconde place de l’événement et la troisième place. C’était un bon paquet d’argent, peut-être pas pour lui, mais pour quelqu’un comme moi, ça l’était. On s’est mis d’accord, on s’est serré la main. Les semaines ont passé et ils ont refusé de tenir leur accord.

Je ne sais pas pourquoi accepter de passer un accord avec quelqu’un si tu n’as aucune intention de le tenir […]« 

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