Justin Barcia « En 2020, il va falloir que j’évite les erreurs stupides »

Une saison 2019 en dents de scie pour Justin Barcia.

Vainqueur de l’ouverture de la saison de Supercross à Anaheim 1 – et de sa première finale 450 de carrière – on s’attendait à la renaissance de Justin Barcia en 2019. Les espoirs auront été de courte durée pour les fans de Bambam. Rapidement blessé en Supercross puis de nouveau blessé avant la saison d’outdoor, Justin Barcia a connu une nouvelle année dans les montagnes Russes alors que son coéquipier – Aaron Plessinger – manquait quant à lui le plus clair de l’année sur une blessure au talon. C’est tard, trop tard que Justin Barcia a réussi à mettre toutes les pièces du puzzle ensemble cette saison. Mieux vaut tard que jamais, et Justin compte bien profiter de ses acquis de l’année pour effectuer une bonne préparation pour la saison prochaine.

En 2020, Justin Barcia entamera sa 8ème saison en catégorie 450. Et oui, déjà ! L’objectif, une nouvelle fois, passer au travers des blessures pour tenter d’aller chercher un titre, le Graal. Le dernier titre remporté date de 2012 pour Justin.

Justin, parle-nous de ta saison.

J’ai remporté la dernière course de la saison 2018 à Ironman, et j’ai gagné le Supercross d’Anaheim 1 cette année. Après ça, j’ai chuté lourdement et je n’ai pas pu retrouver mon niveau en Supercross. J’ai continué de chuter, je me suis abîmé, l’outdoor est arrivé et j’avais deux poignets fracturés. Je n’ai vraiment pas eu le temps de faire de testing et assez peu de temps pour m’entraîner. J’ai galéré à trouver mon rythme et à me sentir à l’aise sur la moto. J’ai beaucoup cherché pour ne rien trouver. […] Les deux dernières semaines de la saison, j’avais une bien meilleure vitesse et je me sentais enfin à l’aise sur la moto. Rouler, c’est toujours beaucoup de hauts et de bas malheureusement, une année difficile. J’ai affiché ma meilleure vitesse de l’année en fin de saison. Evidemment, je veux plus que ça, mais c’est bon d’avoir pu rouler devant. Malheureusement, c’est arrivé en fin de saison, c’est comme ça, je n’y peux rien.

@Yamaha Motors

C’était très dur de rouler en outdoor en ayant fait peu de testing ? Beaucoup de gens ne réalisent pas vraiment la différence entre le Supercross et le Motocross.

C’est complètement différent. Les réglages de la moto sont vraiment différents. Les moteurs sont différents, les boîtes sont différentes, les suspensions … C’est le jour et la nuit. Et comme tu le sais, il n’y a qu’une semaine entre les deux saisons, si tu loupes ton coup, c’est très difficile. Beaucoup de gens disent « pourquoi tu n’utilises pas les réglages de l’an dernier, tu roulais bien avec ». Mais tout change énormément, les nouvelles pièces, les nouvelles motos, ce n’est pas réaliste. Tu peux essayer de revenir un peu en arrière, mais au final tu essayes d’éviter ça à tout prix, pour aller de l’avant. Il nous aura fallu du temps pour trouver les réglages que l’on cherchait mais j’ai prouvé à tout le monde que je n’abandonnais pas, il faut juste travailler dur pour trouver ces réglages. Lors des dernières épreuves de la saison je me suis amélioré à chaque fois et je sens que je me rapproche des victoires. J’en suis capable. Pas de soucis là-dessus. Il faut simplement prendre deux bons départs et rouler proprement, être régulier …

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Ta moto et celle de Plessinger sont-elles différentes ?

Aaron et moi, on a deux styles de pilotages complètement différents. Aaron est très grand, il roule beaucoup sur l’arrière de sa moto. Moi, j’avais pour habitude de rouler beaucoup sur l’arrière aussi, et je bouge toujours beaucoup sur la moto, mais maintenant j’ai tendance à plus être sur l’avant. L’avant d’Aaron est vraiment raide et son amortisseur est assez mou – j’aime quand ma moto est équilibrée. Si je devais rouler sur sa moto demain, je ne pense pas que je serais très bon, et lui non plus. Mes suspensions sont plus souples que les siennes, c’est une moto différente. Quand je roulais en 250 chez Geico Honda, moi et mes coéquipiers ont roulait avec des réglages vraiment similaires. Mais la 450, c’est une autre histoire.

@Yamaha Motors

C’est dur de contrôler les hauts et les bas dans le sport ?

C’est dur, mais ce n’est plus si dur que ça pour moi car j’ai déjà été dans la position où je n’avais même plus de travail. Je devais m’acheter mon matos pour aller rouler. Mentalement, j’ai appris à être positif, je sais que je vais m’en sortir. En fin de journée, cette attitude a fait ses preuves, peu importe ce qu’il se passe, sinon, tu te retrouves à sombrer. Je me suis endurci pendant la saison, je n’ai rien lâché, je me suis battu.

Être positif semble avoir fonctionné pour toi.

Si je n’avais pas eu de guidon pour la saison prochaine, ça aurait été bien plus compliqué. Mais heureusement, j’ai une autre année avec Yamaha sur mon contrat. Cette année, j’ai gagné mon premier Supercross et je pense que personne ne dira que je n’ai pas la vitesse ou que je n’en suis pas capable. Il faut que je trouve ma place, là où je me sens bien. Malheureusement, cette année, je ne l’ai pas trouvé. Je commence enfin à me sentir bien, mais la saison est terminée. Maintenant, il faut travailler pour la saison 2020.

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Tu as déjà signé un contrat pour un an seulement ?

Quand je suis arrivé chez Yamaha pour la première fois, je n’avais qu’un contrat d’un an, donc il a fallu que je fasse mes preuves. Heureusement, je ne me suis pas blessé, j’ai fait mes preuves et j’ai eu le guidon. Si je m’étais blessé et que je n’avais pas pu faire mes preuves, j’aurais probablement eu moins de chance. Un contrat d’un an, ce n’est pas l’idéal. C’est probablement l’industrie la plus difficile dans laquelle rester avec une blessure, ou si tu ne ramènes pas de bons résultats, car il n’y a pas assez de guidons pour les pilotes 450. Vu l’économie, je ne pense pas que ça va en s’améliorant. Les équipes ont du mal à mettre trois pilotes sur la piste. Ce n’est plus comme avant où les équipes avaient parfois plus de trois pilotes en 450. On a un budget serré avec deux pilotes. Avec Aaron, si nous n’avions eu qu’un contrat d’un an, on aurait été en difficulté car honnêtement, on n’a pas vraiment ramené les résultats.

Mais ce n’est ni de ta faute, ni celle d’Aaron.

On pourrait dire « Ce n’est pas de notre faute », mais au final, ça importe peu. C’est le team qui décide. Mais ils voient qu’Aaron et moi, on travaille dur. Je ne pense pas que l’équipe pourrait trouver de meilleurs pilotes que nous pour l’instant et pour moi l’an prochain, le but est d’aller chercher le titre. Malheureusement cette année, j’ai gagné la première épreuve avant de chuter, ce qui m’a fait perdre contact aux points. Le plus important pour moi, c’est de savoir que j’ai un guidon. En 2020, il va falloir que je reste en bonne santé et que j’évite les erreurs stupides.

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Aaron était absent une bonne partie de la saison. Est-ce que ça t’a impacté négativement ?

Je ne dirais pas que ça a eu un impact négatif, mais on se nourrit d’une certaine façon l’un l’autre. On aime s’amuser et on est vraiment hyper compétitif. Aaron est venu en Floride cette année et on s’entraînait ensemble. Puis je me suis blessé et je ne roulais plus, mais lui oui. Quand je suis revenu, il s’est blessé, et moi je roulais. On avait pour but de se pousser l’un l’autre et retrouver notre vitesse, mais on n’a pas vraiment pu le faire cette année. Qu’Aaron soit là, peu importe, que je sois là, peu importe. Mais il est bon d’avoir un coéquipier pour te motiver, quelqu’un que tu veux battre. Je suis content d’avoir un coéquipier comme Aaron, car je ne me suis pas toujours très bien entendu avec mes coéquipiers par le passé – mais ce n’est pas nouveau.

Qu’est-ce que vous avez changé sur la moto après Washougal ?

Malheureusement, un peu de tout. Je n’étais pas satisfait de la puissance délivrée par le moteur. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais on a travaillé sur l’embrayage, la puissance, le moteur … On a vraiment amélioré tout ça après Washougal. Ensuite, on a fait des changements au niveau du châssis, on a cherché toute l’année. Yamaha a fait venir Travis Preston et il a roulé avec mes suspensions à Washougal et il a ressenti les mêmes choses que moi. On a été en mesure de corriger ça et on est allé en Californie. De là, j’ai poussé encore plus loin et j’ai trouvé ces réglages qui me permettent d’être à l’aise, ceux que je cherchais. Ce n’est pas qu’on n’a pas cherché plus tôt, c’est qu’on a mis du temps à trouver. C’était frustrant car Yamaha est une marque mondiale, on voyait les gars en MXGP réussir et on était là « On ne comprend pas comment ils font » [rires]. Malheureusement, on n’a pas eu le temps de faire beaucoup de testings. Les gars du MXGP sont super, mais ils ne roulent pas en Supercross, ils ont beaucoup plus de temps pour tester leurs motos, 24/24, 7/7. Nous, on n’a pas eu le temps de tester pour le motocross cette année, et ça s’est ressenti.

@Yamaha Motors

C’est important de partir sur une bonne base avec la moto d’usine ?

Je pense que la Yamaha d’usine est une super moto. Elles sont durables, ne cassent pas. Le moteur est à l’épreuve des balles mais nous, on essaye de trouver cette puissance supplémentaire tout en la gardant contrôlable. Avec la nouvelle moto, on va devoir prendre notre temps, j’espère qu’on aura un peu de temps avant la Monster Cup. Je pense que la saison 2020 s’annonce bien car je suis en bonne santé, Aaron est de plus en plus à l’aise chaque jour et on démarre sur une nouvelle moto. Elle n’est pas aussi différente que celle de l’an dernier mais il y a des changements que j’ai hâte de découvrir.

À part la Monster Cup, tu vas faire d’autres courses d’inter-saison ?

On va commencer l’intersaison par du testing, puis on ira faire la Monster Cup et j’ai prévu de rouler à Genève et Paris cette année. J’adore ces courses. Je n’ai pas été à Paris depuis quelques années. Ils ont un nouveau stadium là-bas, ça va être cool. J’ai été à Genève ces dernières années et j’adore cet endroit. C’est là que j’ai rencontré ma femme, Amber, donc c’est toujours cool de retourner à Genève. Je connais beaucoup de gars qui n’aiment pas rouler pendant l’intersaison, mais c’est fun. Avec la nouvelle moto, je me dis que de faire quelques courses contre quelques pilotes est une bonne chose. Nos carrières sont courtes, il faut rouler tant qu’on peut le faire [rires].

Par Jim Kimball – Motocross Action Mag

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