Justin Hill « Tout le monde veut être ton pote quand tu es au top »

« J’ai envie de prouver à tout le monde que je peux le faire, et pas seulement à mon équipe mais aussi à tous ceux qui ont douté de moi. »

Après avoir remporté le titre en Supercross côte Ouest en 2017, Justin Hill a signé au sein de l’équipe JGRMX pour deux saisons. Une signature qui visait à accompagner Justin lors de sa dernière saison en 250 avant d’attaquer la transition à la 450. Bien transparent en 2018 après son titre 250, Justin s’est totalement effondré lors de la saison 2019 avant de se faire remplacer par Fredrik Noren suite à sa blessure à l’épaule.

Depuis cette dernière, Justin était resté dans l’ombre, se préparant dans son coin. Récemment, l’annonce de sa signature avec l’équipe Motoconcepts pour la saison 2020 a été révélée et le pilote s’est livré à MotocrossActionMag pour expliquer ses galères chez JGRMX, sa signature chez Motoconcepts et ses objectifs pour la saison 2020.

Une interview réalisée par Jim Kimball

Justin, on sait que tu as rejoint Motoconcepts Honda, mais parlais-tu avec d’autres équipes ?

Oui, c’était le cas. J’avais plusieurs options. À ma connaissance, et malgré le fait que j’ai déjà signé mon contrat depuis un petit moment, il reste deux places à prendre chez JGR. Mais je ne voulais pas attendre après ça. Je ne cherchais pas vraiment un meilleur endroit, de meilleures personnes, je cherchais juste une meilleure moto. Je ne veux pas avoir l’air méchant, mais j’avais du mal à me faire avec celle que j’avais, j’étais en recherche de quelque chose pour me motiver de nouveau.

Tu as aussi eu cette blessure à l’épaule qui est survenue, est-ce que c’est rentré dans l’équation pour cette signature ?

Quand j’ai repris la moto après ma blessure à l’épaule, j’ai remonté une ancienne Yamaha qui traînait dans mon garage dans l’Oregon, c’était celle de Josh. J’ai trouvé des cartons remplis de pièces, et j’en ai fait une moto. Je l’ai roulé, j’ai fait des manches pendant une semaine, et j’étais intéressé par l’idée de rouler sur une Yamaha. J’étais en conversation avec Keith McCarthy de Yamaha Racing pour devenir – pourquoi pas – un pilote d’essai, voir un troisième pilote dans l’équipe. C’était assez hypothétique  mais je savais que Keith voulait tenter le coup. Dans le même temps, j’essayais de décrocher le second guidon d’usine chez Honda et j’étais en discussion avec Eric Kehoe, le team manager Honda HRC.

Pour être franc, je ne m’attendais pas à grand-chose après l’année que j’ai connu. Ça aurait été un gros risque pour eux de me signer. Ceci dit, s’ils m’avaient vu rouler sur leur moto de la façon dont je roule aujourd’hui ils se seraient probablement dit « C’est le mec dont on a besoin ». Le problème c’est qu’à l’époque, je n’étais pas vraiment au gout de tout le monde et que personne ne voulait prendre ce risque.

Donc le fait que Justin Brayton décroche le contrat Honda t’a ouvert la porte chez Motoconcepts ?

Avec Justin chez Honda, il y avait un guidon de libre chez Motoconcepts. J’ai appelé Tony Aless, le team manager, car j’aimais vraiment leur moto et je voulais tenter ma chance. Dès le début il m’a dit « Non, on a déjà un bon pilote » puis il m’a rappelé plus tard en me disant « Hey, la place est désormais libre, vient, on va discuter ». Au début, on a juste parlé de leur travail, car leur programme est bien différent de celui des autres.

Qu’est-ce qui t’a fait signer chez Motoconcepts ?

Je suis allé en Californie pour tester la moto de MCR. J’ai dit à Jeremy Albrecht (de JGR) que j’allais tester la 450 de Motoconcepts, bien que j’étais libre de toute obligation avec JGR. Quand je suis arrivé sur le circuit, je n’avais pas roulé en Supercross depuis Mai, donc ça représentait beaucoup de temps sans rouler en Supercross, et sans rouler tout court. Je suis monté sur la moto et j’ai roulé sur le circuit outdoor de Milestone. Le jour suivant, je roulais en Supercross. Je me suis dit « Hey, c’est plutôt cool, je me sens bien ».

J’ai parlé avec Mike Genova (le propriétaire de l’équipe Motoconcepts) et Tony Alessi pour voir ce qu’on pouvait faire ensemble et ils m’ont fait une offre avec laquelle j’étais relativement content. J’étais aussi satisfait de la moto.  Je cherchais un contrat qui allait me motiver à me pointer et à montrer ce dont j’étais capable. […]

Tony Alessi et Motoconcepts semblent avoir passé un cap. Ils peuvent prétendre aux victoires désormais.

C’est bien vrai. Tout le monde peut dire beaucoup de choses à propos de Tony, mais ce qu’ils ne peuvent pas dire, c’est que c’est un imbécile. Il est très intelligent et il est très investi personnellement, il essaye de faire du mieux qu’il peut avec ce qu’il a. C’est assez différent de ce que j’ai connu avant, il est très investi là-dedans. Je ne suis pas avec l’équipe depuis longtemps, donc on verra comment se déroulera notre collaboration.

Tu peux être excité à l’idée de plein de choses mais j’en suis arrivé au point ou ce qui m’importe c’est « Est-ce qu’on fait de notre mieux avec cette moto ? Est-ce qu’on travaille correctement pour préparer la saison ? » et je vois que la réponse est oui, c’est ce qu’on fait ici. […]

Parle-moi de ta saison avec JGR. Tu n’étais peut-être pas satisfait, eux non plus, mais il ne semblait pas y avoir de problème majeur.

Je n’ai pas de problème avec l’équipe JGR. Ces gars sont cool. Jeremy est un bon gars et je voulais que ça se passe bien, vraiment. Je voulais que tout se goupille bien et je ne suis pas certain de pourquoi tout ne s’est pas déroulé comme prévu. C’était étrange, tu sais je n’attendais pas trop de savoir si j’allais rester avec eux. Je cherchais à être plus à l’aise sur la moto.

J’ai galéré dans les whoops l’an dernier. Je me pointais aux courses et j’avais un énorme manque de confiance en moi en arrivant dans les whoops pour une raison que j’ignore. Je ne sais pas si c’était psychologique ou si ça venait de la moto.

C’est dommage car c’était vraiment une bonne équipe pour qui rouler. C’est le genre de deal ou l’idée te séduit, mais il manque des pièces importantes du puzzle. Et tu ne sais pas du tout comment réunir les dernières pièces manquantes, c’est comme ça que je me suis senti chez JGR.

Résultat de recherche d'images pour "justin hill"

Cette pièce du puzzle, ça ne serait pas la puissance de la machine ?

Parfois, on manquait de puissance. Mais ça ne se voyait vraiment que dans certaines conditions de piste. Dans d’autres, c’était presque un avantage. Je déteste être le genre de mec à blâmer quelqu’un, donc je me blâmais moi-même. J’étais énervé de ne pas être à l’aise sur la moto. J’étais en mesure de ne pas trop laisser cet aspect me perturber émotionnellement mais j’étais vraiment hors du coup. Je savais que j’étais meilleur que ça. Je sais que je peux rouler et en plus, évidemment, les machines usines ne sont pas des poubelles. La moto était assez bonne pour gagner, encore fallait-il que je sois moi-même en mesure de gagner.

Donc Motoconcepts, était le bon choix ?

Je te mentirais si je te disais que je n’aurais pas aimé avoir plus de choix, mais au final, je cherchais juste une bonne moto. Je suis désormais sur la moto que je cherchais. Quand tu as trop de choix, parfois, tu te perds. Tony et Mike m’ont dit « On pense que tu vas bien te sentir ici » et je leur ai dit « Honnêtement, vous pourriez être deux gros enfoirés, mais si cette moto me convient et me permet de faire mon job comme je sais que je peux le faire, on va tous se marrer, et c’est ce qui compte. »

Résultat de recherche d'images pour "justin hill"

Avant, on te courait après pour les contrats.

Tout le monde veut être ton pote quand tu es au top, c’est comme ça. Plus je vieillis, plus je me rends compte que c’est une industrie coupe gorge. Du coup, je veux faire du mieux que je peux, faire le job du mieux possible, sans me soucier du reste. Je me sens bien dans ma position actuelle. J’ai ce qu’il faut. L’éthique de travail a toujours été là, les gens qui disent que j’attends et que je ne travaille pas assez, que je suis en mauvaise forme physique, sont de vrais idiots. Ils n’ont aucune idée du travail que j’accomplis mais ce n’est pas le seul point important. Il est question de confort et de confiance. Ceux qui font de la compétition comprennent ça.

Tout dépend de combien tu crois en toi. Bon, si tu n’es pas au top physiquement, ça compte forcément moins car tu vas juste faire ce que tu peux faire. Au dixième tour, tu cracheras tes poumons et ça sera terminé. De nos jours, tous les pilotes sont en forme. Aucun des mecs visant un top 10 n’est en mauvaise forme physique.

Est-ce que ta confiance en a pris un coup en 2019 ?

Beaucoup de gens me demandent ce qu’il s’est passé, de pourquoi je suis passé du mec qui dominait un championnat à un mec qui était très loin de son niveau. C’est dur. Beaucoup de choses changent sans que tu ne t’en rendes compte. J’étais en forme les deux saisons chez JGR.

Je m’attends à faire une belle année en 2020. Je sais que j’ai du talent, je ne pense pas que les gens peuvent me contredire à ce sujet. Je ne veux pas être arrogant mais rien ne devrait pouvoir être en mesure de me stopper d’être un des meilleurs pilotes du monde. Pourquoi est-ce que je laisserais ces gens-là m’en empêcher ?

J’ai envie de prouver à tout le monde que je peux le faire, et pas seulement à mon équipe mais aussi à tous ceux qui ont douté de moi. Je n’aime pas perdre, je n’aime pas le fait de ne pas savoir ce que je vais faire dans le futur même si je suis le type de gars qui sera en mesure d’être heureux en faisant autre chose que de la moto. Je ne suis pas là à me dire « Oh mon dieu, je ne peux plus rouler à moto, qu’est-ce que je vais faire ? ». Je m’adapte.

Résultat de recherche d'images pour "justin hill"

Dernière question, qu’est-ce qui te rendrait content à Anaheim 1 ?

Je serais le plus heureux du monde avec un podium ou une victoire. Rien d’autre ne me rend plus heureux que ça. Mais je ne serais pas mécontent avec un top 5 ou de finir proche du top 5 pour la première épreuve. En général, je ne suis pas le plus éclatant lors de la première épreuve, je ne sais pas pourquoi.

Je pense vraiment que personne ne va me reconnaître la saison prochaine, c’est ce que je pense. Chaque fois, j’avais la vitesse pour un podium, même quand je n’étais pas à l’aise. Si je suis à l’aise, que tout s’aligne, que je débarque à Anaheim sans blessure alors un podium sera ce que j’irais chercher. Je ne suis pas un fan de blabla, informer les gens sur ma condition actuelle, ça me va, mais je ne suis pas le genre de mec à dire « Hey les gars, soutenez-moi ». Ouvrez l’œil, c’est tout.

Résultat de recherche d'images pour "justin hill"

RXR Protect

Médias