Kevin Windham se raconte

19 saisons au niveau professionnel et deux titres en catégorie 125.

Comment oublier Kevin Windham ? Désormais 6 années que le #14 a raccroché les gants malgré un retour éclair pour le Motocross des Nations 2018 aux côtés de Ryan Sipes et Travis Pastrana pour représenter l’équipe Porto-Ricaine.

En 19 saisons chez les professionnels, Kevin Windham a roulé contre les plus gros bonnets du Motocross et du Supercross US et Mondial, à l’image d’un certain Chad Reed, toujours en piste aujourd’hui.

En 19 saisons, Kevin Windham a terminé 10 fois vice champion US sans ne jamais parvenir à décrocher le Saint Graal: Un tire en catégorie 250/450.

Retour sur la carrière de Kevin Windham.


« Ma famille et moi, on ne prenait pas du tout la compétition au sérieux. Dès ma naissance, je suivais ma famille sur les circuits car mon frère – de 12 ans plus âgé que moi – roulais à l’époque. J’avais 3 ans quand j’ai commencé à vouloir faire de la moto alors que je faisais à peine du vélo sans stabilisateurs.

À partir de là, c’était juste du fun pour toute la famille et c’était toujours le cas quand j’ai grandi et que je me suis aligné aux compétitions amateurs. C’était toujours le cas quand je me suis aligné à Loretta Lynn’s. C’était toujours le cas quand Yamaha est venu discuter car ils recherchaient des pilotes, c’était toujours le cas quand j’ai finalement fini par rouler pour eux au niveau professionnel. Je ne m’étais jamais dit que j’avais le potentiel pour faire une carrière la dedans. Pour moi et ma famille, il était juste question de s’éclater en faisant de la moto. […]

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En 1994, j’ai 17 ans et je me retrouve à mener la manche 125 à Mount Morris. Je n’avais aucune idée de ce dont j’étais capable, de mon potentiel, de comment allait se passer ma journée. Je ne savais pas que cette journée allait être l’une des plus mémorables de toute ma carrière professionnelle. Ma première course chez les pros, celle-ci était par contre à oublier, c’était à Gatorback, en Floride. Je ne sais même plus combien je termine mais crois moi, elle était bonne à oublier. En arrivant à Mount Morris, je n’avais pas de pression sur les épaules. J’avais complètement foiré ma course à Gatorback et j’ai ensuite gagné à Mount Morris.

En 1995 avec Yamaha, pour la première année, j’ai commis quelques erreurs. Puis la saison suivante, en 1996, c’est la saison où j’ai percé. J’ai remporté le championnat de Supercross 125 puis en outdoor j’ai bien roulé contre Steve Lamson – qui dominait son sujet à l’époque. C’était le bon temps. C’était presque trop beau pour y croire.

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En 1997, confrontation Est/Ouest à Las Vegas. J’avais toujours entendu parler de Ricky Carmichael, toute ma vie, j’ai entendu ce nom. J’ai passé toute ma carrière amateur en Floride et au Texas et Ricky était l’étoile montante dans la région. Il était évident qu’un jour, on finirait par se rencontrer chez les professionnels. Notre bagarre cette année-là à Las Vegas reste l’une des plus serrées de toute ma carrière. Malgré toute l’adversité que j’ai rencontré lors de ma carrière, cette confrontation à Vegas en 1997 reste la course la plus intense que je n’ai jamais faite. 

C’était une course de dingue, j’ai même vomi à l’arrivée. Je ne sais pas si c’était à cause du manque d’air, de l’humidité, de la poussière, de la terre dans ma bouche, de la pression, de l’anxiété … Je me souviens m’être assis a côté de Ricky après la course, lui en était venu aux larmes et moi j’étais en train de vomir, on était exténué. L’un avait gagné, l’autre non. J’avais gagné et c’est bien la seule fois de ma carrière où j’ai devancé Ricky. J’ai passé toute ma carrière dans sa roue arrière, il était évident que Ricky allait devenir un grand et qu’on allait se battre avec lui pendant de nombreuses saisons. […]

En avril 1997, je remporte l’épreuve de Charlotte en 250 alors que j’étais juste de passage dans la catégorie et que je roulais encore en 125cc. La puissance de la 250 était incomparable à la 125, il fallait fournir bien moins d’efforts au guidon de la 250. Je roulais contre des mecs comme Jeff Emig et Jeremy McGrath. Tous les jours, je roulais avec les meilleurs pilotes et j’étais devenu un petit prétentieux arrogant avec un gros melon. Je suis arrivé à Charlotte hyper confiant et je me suis retrouvé dans une bonne situation en piste. Avec mon bon départ, j’ai été en mesure de gagner la course, c’était quelque chose. Après avoir signé cette victoire, je me suis dit « Je peux le faire » et puis d’un coup, c’était réel: la pression était présente, j’étais capable de le faire, et surtout, il fallait désormais le faire. […]

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Je fais la transition en 250 en 1998 et je pense que la plus grosse faiblesse durant ma carrière a été ma force mentale. Je me créais constamment des scénarios dans ma tête, des situations qu’il fallait que je surpasse. Finalement, ça a fini par me créer une pression supplémentaire dont je me serais bien passé et j’ai dû faire face à ces problèmes toute ma carrière. Le mental, c’était quelque chose, et je sais que mon talent et mon niveau potentiel n’ont jamais réellement été atteint à cause de cette faiblesse mentale qui m’empêchait de me surpasser.

J’ai toujours trop pensé, je n’ai jamais réussi à déconnecter le cerveau, et ça peut être un gros problème. Mais désormais, je suis heureux dans ma vie et j’ai un regard très positif sur ma carrière. Même si je n’ai jamais été le recordman de victoires, que je n’ai pas gagné de championnat de Supercross 250, je suis tout de même satisfait de ma carrière. Je ne suis pas content comme un Ricky Carmichael pourrait l’être, un Chad Reed, un Ryan Villopoto, un James Stewart, un Ryan Dungey, mais je suis content pour d’autres raisons et j’ai été dans des situations différentes des leurs. Je n’ai peut-être pas atteint tous mes objectifs et je n’ai probablement pas répondu aux attentes des centaines de milliers de fans du sport, mais je suis satisfait. Durant ma carrière, j’ai pu accomplir de belles choses. Est-ce que j’aurais pu faire mieux ? Oui, bien sur. Mais je ne peux pas regarder en arrière et dire que je suis déçu.

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Chez moi, j’ai beaucoup de trophées, et je pense que ces trophées je les ai gagnés contre les meilleurs pilotes – sans vouloir discréditer les anciens pilotes. À l’époque, il y avait McGrath, Carmichael, Stewart … J’ai gagné contre les meilleurs pilotes de motocross et je n’aurais jamais pu faire ça sans l’aide de mes sponsors, de mon équipe, de ma famille, de mes amis, de mes fans. C’est vraiment un honneur de rouler devant toutes ces personnes qui se tuent au travail pour t’amener aux courses, qui dépensent leur argent pour toi, c’est un honneur de les entendre t’encourager à plein poumon du bord de la piste et c’est un honneur de pouvoir lier des liens aussi fort avec ces personnes. Pour être franc, les connexions que j’ai pu établir avec mes fans sont plus importantes que ma collection de trophée qui prend la poussière dans ma maison. […]

Bref, nous voilà en 1999 et je gagne le grand prix des USA à Budds Creek, Stefan Everts désigne les Américains qui refusent de rouler des « idiots ». Cette course était très importante pour moi. J’ai été choqué par le discours de Stefan Everts à l’époque. J’ai énormément de respect pour lui, c’est un des meilleurs pilotes du monde et c’est une très bonne personne. Entendre ça, ça a été une source de motivation supplémentaire pour moi pour m’aligner lors de cette épreuve, malgré toutes les courses qu’on avait faite dans la saison, malgré tout le testing qu’on avait à faire. J’ai pris ça de façon très personnelle. Je savais en y allant que si je ne gagnais pas, j’allais passer pour un idiot d’avoir tenté. Heureusement ce jour-là, je suis sorti vainqueur. […]

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Arrive 2002, j’avais du mal à gérer ma vie. Je faisais face à mes propres démons et à cet âge-là, quand tu gagnes autant d’argent, il est facile d’assumer que les problèmes viennent de l’extérieur et de ne pas prendre sa part de responsabilité. Je quitte donc Suzuki après les blessures et je rejoins Honda en pensant que ça allait résoudre tous mes problèmes. Mais finalement, mes problèmes ont fini par me suivre chez Honda car ils n’avaient rien à voir avec Suzuki. J’ai essayé de faire de mon mieux avec eux … Tu sais, j’ai fini par appeler Roger de Coster plus tard pour lui dire « Ton programme était au top, tu es une personne formidable, je suis désolé d’avoir été une petite merde avec vous, de ne jamais vous avoir apporté ce que vous méritiez, de ne jamais avoir été à la hauteur de ce que vous me payiez à l’époque ». C’est un des grands regrets que j’ai eu dans la vie – de faire subir mes problèmes à cette marque – et c’est toujours un regret à ce jour.

Je me casse le fémur à Atlanta en 2002 sur la Suzuki et au final, c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Avant ça, j’étais dans une spirale infernale, en dépression, que ce soit en voiture, à l’hôtel, sur un circuit de Supercross, ça n’allait jamais. Ça m’a donné le temps nécessaire pour ouvrir les yeux, réaliser mes erreurs et finalement, ça m’a permis d’arriver où je voulais arriver. […]

J’ai commencé la moto à 3 ans. À l’âge de 16 ans je suis passé pro et j’ai commencé à me faire énormément d’argent et les choses se passaient vraiment bien pour moi. À cet âge, tu deviens plus téméraire, tu te sépares de tes parents et tu perds le contrôle de la réalité. Je pense qu’à travers tout cela, je m’étais transformé en cœur de pierre, sans âme. Tout ça est directement lié au motocross. 

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À mon retour de blessure en 2003, je me sentais tellement mieux qu’avant. C’était vraiment comme une renaissance et une deuxième chance dans ma carrière, dans ma vie. J’étais déterminé à ne plus laisser les choses m’affecter comme avant. Ne pas rouler avait laissé un vide énorme en moi. Je devais revenir en piste car c’était ce que j’étais, ce que je faisais, c’était tout pour moi.

Je suis revenu en compétition et Ricky Carmichael était là et je me suis dit « Je peux le battre, je l’ai battu auparavant ». Et je l’ai battu, c’était incroyable. Il dominait, il était sur sa lancée. Ça m’a vraiment motivé, ça m’a conforté dans mes idées, j’étais capable ! Mais finalement, ça n’a pas duré car j’ai vite été coupé de court par l’enfoiré le plus déterminé de toute la planète – Ricky lui même – puisqu’il est revenu la saison d’après et il a tout gagné. J’avais motivé Ricky Carmichael en revenant et en le battant, et c’est lui qui a fini par avoir le dernier mot. […]

Je termine second du championnat de SX US en 2004 derrière Chad Reed, l’histoire de toute ma vie: J’ai statistiquement été un des plus grands pilotes à ne jamais avoir gagné de championnat. C’était moi, c’était comme ça. J’ai toujours été le deuxième meilleur. Pour gagner un championnat, il faut tout donner, tu ne peux rien laisser au hasard pour décrocher un titre en Supercross. J’avais presque tout ce qu’il fallait pour gagner un championnat, mais il me manquait ce petit truc. Je dois me contenter du fait que j’ai battu les plus grands champions du sport à mon époque, mais je ne les ais jamais assez battu pour devenir champion. […]

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La course la plus difficile ? Daytona 2008, et de loin. Tu t’attends à ce que Daytona soit une course compliquée. C’est un environnement, des conditions, un circuit unique. Mais en 2008 mère nature est venue ajouter son grain de sel. Sur la grille de départ, on voyait des bulles dans les flaques d’eau, le terrain ne pouvait plus rien absorber. J’ai regardé mon mécanicien pour lui demander ce qu’il fallait que je fasse et il m’a juste répondu « bonne chance ». C’était une course en mode survie mais mine de rien, il fallait la jouer stratégiquement. […]

Je pense que tenter de miser sur une carrière en Motocross est risqué. C’est probablement l’un des sports sur lequel il est le plus risqué de parier. 99.9% des gens doivent se rendre compte qu’ils roulent pour la passion du sport et que seul 0.1% parviendront à en faire une carrière rentable, un métier. Je suis extrêmement reconnaissant d’avoir eu la carrière que j’ai eu mais les leçons de vie que j’ai reçu avant ma carrière de pilote sont au moins aussi importantes que celles que j’ai reçu pendant celle-ci. »

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