Les USA, le motocross des nations et le ras le bol médiatique

Une semaine après le motocross des Nations, je suis agacé.

Et si cet agacement n’est pas nouveau suite au Motocross des Nations, j’ai décidé d’en faire une colonne aujourd’hui pour vous donner mon avis personnel sur la façon biaisée d’analyser le motocross des nations de certains médias US.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre à Justin Cooper, Jason Anderson ou encore Zach Osborne qui ont fait de leur mieux dans les conditions difficiles d’Assen et qui ont préparé les nations de la meilleure façon possible. Si les 3 pilotes Américains repartent déçus d’Assen, ils repartent la tête haute sans se chercher d’excuses pour tenter d’expliquer leur 6ème position.

Et si une 6ème position aux nations, c’était la place des USA cette année, après tout ?

Evidemment, sans ce tampon Cooper / Anderson dès la première manche, les USA auraient pu tirer meilleur profit de leur motocross des nations, mais avec des si ?

Et si Gautier Paulin terminait sa manche ? Et si Maxime Renaux ne connaissait pas de problème mécanique ? Et si la 250 de Jago Geerts ne rendait pas l’âme ? Et si les Australiens allaient au bout des manches ? Et si Nathan Watson ne cramait pas son embrayage ? Et si Vlaanderen roulait l’an dernier ? Et si, et si ?

Visiblement, les résultats des pilotes US n’ont pas été à la hauteur des espérances de certains, pourtant, sur la piste, Zach Osborne a fait ce qu’il pouvait pour ramener un 5-13, même motif pour Jason Anderson avec un 17-8.

Les temps chronos parlent d’eux-mêmes (et j’enlève Justin Cooper – blessé – de l’équation).

Zach et Jason ont terminé aux places qu’étaient les leurs lors de cette dernière manche. Zach (13ème) ne peut pas rouler 11 secondes moins vite que Gajser (second) et Van Horebeek (sixième) en 3ème manche et espérer rentrer dans les 5 premiers.

Même remarque pour Jason Anderson qui termine 8ème de cette manche et qui se fait coller plus de 5 secondes par le Slovène et le Belge sur son meilleur tour.

« La faute a la pluie » visiblement… Jeremy et Tim aussi ont roulé sous la pluie.

Zach Osborne

La France ? Oui, la France voit le podium lui glisser des doigts dans le tout dernier tour de la dernière manche, un énorme coup dur pour nos pilotes tricolores qui remportaient les 5 éditions précédentes.

Pas d’excuses, les Français ne partaient même pas favoris sur le papier même si l’espoir résidait en chacun d’entre-nous. J’aime le sport et j’ai forcément été aux nations pour soutenir l’équipe de France, mais que le meilleur gagne, et les meilleurs cette année, c’était les Néerlandais. Point, à la ligne.

On ne peut pas refaire l’histoire, la 5ème place, c’est la nôtre cette année, dans la douleur, dans les larmes, mais avec la fierté d’avoir vu nos Français faire le job en serrant les dents.

Gautier Paulin

Alors d’où provient mon agacement ? Principalement des médias Américains qui ne voient que leur propre nombril. Il m’aura fallu moins d’une heure de podcast et 3 lectures d’articles sur les plus gros sites US pour être gonflé à bloc et blasé de lire toutes les excuses possibles.

PulpMX Show « Quand il pleut en Europe, les mecs vont quand même rouler, ils n’ont pas le choix car ils n’ont aucune assurance qu’il fasse meilleur temps le lendemain, tandis que chez nous, on va faire du sport et on attend que la pluie passe, on n’est pas habitué à rouler dans ces conditions»

Tu le sens, l’agacement monter ?

On sait qu’en Europe, il pleut 361 jours dans l’année. Le message est passé, on l’a bien compris, depuis longtemps.

Aux USA, les pilotes font des allers-retours en Californie / Floride / Caroline du nord toute l’année pour s’entraîner sous 35 degrés – puis viennent tous se plaindre de la chaleur et de leur épuisement à l’entraînement … – Vous voyez, nous aussi, on peut tout exagérer.

Au final, c’est leur problème ou le nôtre ? Apparemment, ces « 3 dernières années, le motocross des nations a été plombé par la pluie ».

Comment ça, plombé ? On parle de Motocross ou j’ai loupé un chapitre ?

Les pilotes s’entraînent pour les conditions qu’ils vont rencontrer, on s’accorde sur ce point. Valentin Guillod en parlait d’ailleurs très bien en pointant du doigt le fait que le championnat Suisse ne propose pas de courses de sable à son calendrier et que de ce fait, le 3ème pilote Suisse (Cyril), n’avait jamais vraiment roulé dans le sable avant Assen.

Valentin Guillod

En attendant, les Européens s’enfilent de la boue, du sable et du dur à l’entraînement, et pas seulement par pur plaisir.

Pourtant combien de fois ont-ils roulé dans la boue cette saison ? 1 fois en Italie ? Je m’accorde une marge d’erreur, disons 2 fois.

Vu le niveau en MXGP – et malgré les blessures – tu ne peux plus espérer finir devant en fin d’année si tu n’excelles pas dans toutes les conditions, et on peut remercier Antonio Cairoli d’avoir bouffé du sable avant tout le monde pour montrer l’exemple, avant que le reste des pilotes ne lui emboîtent le pas. (Pour parler de ma génération, je suis trop jeune pour parler d’Everts & co)

Glenn Coldenhoff a tout gagné – ou presque – en fin de saison, peu importe les conditions, la preuve aux nations, pourquoi ? Parce que Coldenhoff est un pilote complet qui fait 3 dans le sable de Lommel, qui gagne sur le dur en Italie et en Suède et qui met la fessée à tout le monde dans la bouillasse d’Assen un an après avoir calmé tout le monde à Redbud.

«  C’est grâce à sa confiance acquise en fin de saison » ….  Soit, mais Glenn rentrait dans les 5 dans la boue Italienne quand même, malgré un début de saison compliqué et une confiance au plus bas.

Glenn Coldenhoff

On peut faire un détour par notre Valentin Teillet national qui termine 9ème derrière Chad Reed et devant Blake Baggett à IronMan en 2018.

J’adore Valentin, et loin de moi l’idée de discréditer sa performance; mais je suis persuadé que Valentin vous le dira de lui-même, les conditions ont joué en sa faveur.

Il pleuvait à IronMan ce weekend-là et le Français est rentré dans le top 10 avec une 350 d’emprunt totalement rincée. Valentin, à l’image de Coldenhoff, est un pilote complet qui roule dans toutes les conditions, sur tous types de circuit, toute l’année. Ce jour-là, le meilleur tour de Valentin était seulement 1.5 secondes moins rapide que le meilleur tour d’Eli Tomac…

On entend toujours parler de la technique d’un Roczen ou Musquin Outre-Atlantique, il doit y avoir une raison à cela, un point commun par exemple … Cherchez bien.

Si les Américains refusent de s’entraîner dans des conditions pouraves, c’est leur problème, pas celui des Européens qui se gèlent le cul à l’intersaison pour pouvoir prétendre au titre de meilleur pilote du monde.

On se replace dans le contexte : Le championnat Américain n’est qu’un championnat national. On parle bien évidemment du championnat national le plus relevé du globe, mais de notre côté de l’Atlantique, on parle aussi d’un championnat du monde MXGP …

Ne vous méprenez pas, j’ai beaucoup de respect pour les pilotes Américains, et tous les pilotes en général. C’est le nombrilisme, l’arrogance et le chauvinisme de certains médias US qui m’exaspère à force de trouver 10.000 excuses pour expliquer les résultats de leurs pilotes alors que ces derniers ne s’en cherchent même pas eux-mêmes.

Steve Matthes « l’équipe des USA doit attendre 5 ou 6 semaines après la fin de leur saison pour participer au motocross des Nations. C’est du temps de repos précieux, du temps de testing important pour les équipes » 

On parle de la météo, on parle du calendrier … Mais c’est comment, ailleurs ?

Le championnat National Australien s’est terminé 20 jours avant le championnat National US, le 4 août.

Kyle Webster, Regan Duffy et Dean Ferris ont dû rester en forme pendant 8 semaines pour préparer les nations après la fin de leur championnat.

Okay, je vous accorde le changement de sélection avec l’absence de Mitch Evans que je vais combler par le manque d’expérience des deux premiers cités et la saison internationale de Ferris qui aura traversé le globe 2 fois pour rouler en Europe, aux USA et en Australie.

Eux aussi ont un championnat de Supercross qui débute après les nations, et bien avant celui des Américains puisque la première épreuve se déroule ce weekend à Brisbane. J’imagine que le championnat de Supercross Australien est bien moins important que le championnat de Supercross Américain ? Du point de vue d’un Américain, c’est encré, mais du point de vue d’un Australien ?

Kyle Webster

Tant qu’on parle de l’Australie, autant faire un détour par la météo. Si je n’ai pas passé beaucoup de temps aux USA, j’ai eu un pied-à-terre assez longtemps en Australie pour vous dire que pour rouler dans la boue, encore faut-il trouver là où il pleut… Dans le sud, à la rigueur …

J’attends encore les excuses de l’Australie pour leur 15ème position aux nations après une très belle 4ème place aux qualifications du samedi … Je peux toujours l’attendre car ils ne s’en trouveront pas, ni eux, ni les rédacteurs de MotoOnline …

Il est chargé le calendrier US ? 17 épreuves de Supercross avant d’enquiller sur 12 épreuves d’outdoor; c’est chargé, on s’accorde tous là-dessus.

Bon, en Europe, on a eu Jeremy Van Horebeek qui s’est enquillé une saison de championnat de France des sables avec une finale au Touquet avant d’enchaîner avec 18 grands prix en championnat du monde et désormais, il se prépare à attaquer la nouvelle saison de championnat de France des sables avant de repartir de nouveau vers une saison MXGP en 2020. Quand tu en veux comme Jeremy, pas étonnant de faire un podium aux nations, d’hurler sous ton casque à l’arrivée et de te placer dans les 10 en Mondial avec de petits moyens.

Les pilotes MXGP, ils vont prendre 3 à 4 semaines de repos après les Nations et ils vont entamer leur préparation pour 2020 … Vous n’avez qu’à faire le tour du paddock et leur demander vous-même …

Oui, la critique, c’est facile, mais néanmoins je comprends certains des points mis en avant, comme le coût que représente une préparation aux nations pour l’équipe des USA qui veut performer, le fait que le Supercross représente le plus gros de la concentration / préparation aux USA.

Je comprends aussi que les risques pris par les pilotes avant la saison de Supercross soient grands en participant aux nations, je comprends les obligations des sponsors et surtout, je comprends le manque d’intérêt des pilotes pour cet événement quand il se déroule à Assen puisqu’il ne fait pas non plus rêver les Européens . Dylan et Marvin, on aimerait quand même bien vous revoir aux Nations prochainement …

Qu’on nous prenne pour des oignons en blâmant la météo, le sable et le calendrier chargé aux USA, ça me gave. Même Justin Cooper l’avouait le vendredi soir, le sable Européen n’est pas bien différent du sable US, et il l’a démontré le samedi en atomisant tout le monde aux essais et lors de la manche qualificative sur des réglages quasi identiques à ceux sur lesquels il roule aux US …

On entendait beaucoup moins d’excuses quand les Américains gagnaient de 2005 à 2011, ils étaient tout simplement plus forts et les autres nations se la fermaient. Les médias US remettaient aussi beaucoup moins en question la participation de leur équipe à la plus grosse course de l’année pendant cette même période …

Et j’enfonce le clou en pointant du doigt le nombre d’absents lors de cette 73ème édition du MXDN qui auraient pu venir s’intercaler dans le classement. L’Estonie termine 4ème et cette performance n’a rien à voir avec la chance, ils ont fait le boulot, les gars, et je leur tire mon chapeau.

Sinon, aux dernières nouvelles, Darian Sanayei et Mitchell Harrison sont présents en mondial, ils vivent désormais en Europe, ils ont l’habitude de rouler dans ces conditions, ils sont américains … Je pose ça là.

On est loin de l’époque Villopoto, Stewart, Dungey, Carmichael… Il va peut-être falloir s’y faire ?

Davey Coombs « J’espère que les Nations vont revenir aux USA bientôt et qu’on pourra être plus investi dans l’organisation car l’événement nécessite quelques modifications, surtout sur la date, pour améliorer les chances de succès. Deux ou trois semaines plus tôt, ça ne changerait pas grand-chose … »

Plus de chances de succès pour qui ? On en parle des nations de RedBud en 2018 ou ça passe à l’as ?

« Le circuit était différent de d’habitude à Redbud»

Sérieusement … ?

Kevin Strijbos

Si « ça ne change pas grand-chose », pourquoi changer la date de 2 ou 3 semaines quand cette dernière convient aux 33 autres nations présentes ? Pourquoi ne pas accommoder l’Australie qui doit traverser le globe entier pour faire venir ses pilotes ? Pourquoi ne pas aller rouler en Pologne pour donner une chance de top 10 aux Polonais sur un circuit avec lequel ils sont plus familiers ?

Bien sûr que les Américains sont une grosse attraction au motocross des nations. C’est la seule fois de l’année que les Européens peuvent les voir en dehors du petit écran.

Qu’ils gagnent ou perdent, peu importe du moment qu’ils sont là, et c’est quelque chose de pouvoir enfin les voir en piste, qu’ils soient 1er à l’aise ou 18ème le couteau entre les dents.

Prenez le Supercross de Paris qui se prépare avec un magnifique plateau de pilotes américains.

Honnêtement, on s’y attend, nos valeureux Français risquent de se faire doucher à Paris. Pourtant, je n’arrive pas à m’enlever de la tête l’idée que tout le monde quittera l’Arena avec un grand sourire et des souvenirs de dingue car pour nous, le Supercross de Paris représente la seule occasion de l’année de toucher du doigt le Supercross US.

Atomisez-nous donc à Paris, on s’y attend, et on n’ira pas se trouver d’excuses, on sait que vous êtes meilleurs que nous dans cette discipline même si nos Européens se défendent.

Désormais 8 éditions que les Américains ne gagnent plus aux nations, rendez-vous à l’évidence. On n’est plus seulement face à un problème de calendrier, de météo ou de malchance…

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