Marvin Musquin « À Pala, je suis atterri sur un pilote »

Inside: Marvin Musquin.

Après avoir passé le plus clair de son temps en Floride à la Bakers Factory pendant la saison de Supercross, Marvin Musquin est de retour en Californie le temps des premières épreuves d’Outdoor. Ce retour en Californie, c’est aussi un synonyme de break pour Marvin qui a profité d’une semaine de relâche entre la fin de saison de Supercross et le début de l’outdoor.

La Californie, c’est en quelque sorte la Mecque du Motocross US – the place to be – et notre pilote Français est un des voisins de Don Maeda, de Swap Moto Live.

Et ça tombe bien, Swap Moto Live fait – entre autres – des podcasts avec différents pilotes et ce, de façon régulière – tellement régulière qu’il en devient difficile de tous les écouter – Qu’à cela ne tienne, je ne pouvais louper celui de Marvin et vous en faire profiter.

Au programme, 40 minutes de podcast, dans lequel Marvin revient sur sa blessure au genou, David Vuillemin, Mathilde, Cooper Webb, Dylan Ferrandis, l’outdoor et bien plus encore.

Marvin Musquin

Je suis en Californie depuis 2 semaines, c’est bon de revenir ici, on passe beaucoup de temps en Floride, c’est vraiment différent d’être ici, mais avec Vegas et la semaine de repos, je suis resté ici pour avoir un peu de changement.

A l’approche de l’outdoor, c’est bon d’être près de l’équipe. On a pu louer quelques circuits juste pour nous, pour les pros. Je reviens de Glen Helen, c’était une journée pour les pros. Je vais passer quelques semaines en Californie pour Hangtown et Pala, ensuite, je retournerai en Floride.

@Simon Cudby – KTM

Floride ou Californie ?

2015, c’était ma dernière année en 250. En 2016 je monte en 450 et évidemment je ne savais pas comment ça allait se passer en Floride avec Aldon. Avec Mathilde on est resté en Floride la première année à louer notre maison et tout s’est bien déroulé, on a continué de bosser avec Aldon, donc on a acheté une maison en Floride.

Du coup on a 2 maisons, une en Californie et une en Floride. Ce n’est pas facile à gérer mais c’est pratique car tu sais que tu peux rentrer chez toi que tu sois en Californie ou en Floride.

On passe beaucoup de temps en Floride mais on reste en Californie en Février; quand ce sera temps de rouler à Washougal, on reviendra en Californie pour 2 semaines, pour la Monster Cup, pareil.

J’ai des voisins sympas en Californie et en Floride, si j’ai besoin qu’un truc soit fait, je peux les appeler .[Don Maeda est un des voisins de Marvin Musquin]

Il y a plus de choses à faire en Californie qu’en Floride.

Là-bas- c’est la Bakers factory, l’entraînement, la semaine passe vite, il y a moins de choses à faire.

Ce n’est pas facile, il faut conduire plus longtemps pour aller à la plage, on ne connait pas grand monde alors qu’en Californie on connait du monde, on a de la « famille », c’est vraiment différent. En Floride, on ne pense qu’à s’entraîner.

Mais ce qui est cool, c’est que j’ai 25 minutes de route de ma maison jusqu’au circuit alors qu’en Californie c’est un peu plus loin pour aller à Glen Helen ou Pala.

@Simon Cudby – KTM

À propos de Mathilde

Mathilde est vraiment à fond, elle se donne à 100% pour moi, pour mes entraînements, pour les courses, on fait tout ensemble, on a fait un sacré bout de chemin ensemble, on est arrivé il y a bientôt 9 ans ici, on l’a fait ensemble. Ça ne va pas durer toute la vie donc on donne 100% pour atteindre notre but principal, celui de remporter un titre 450.

J’ai rencontré Mathilde quand j’avais 14 ans au Supercross de Paris. Pour être honnête quand je l’ai rencontré pour la première fois, je suis tombé amoureux direct. Mais bon, quand t’es un gamin, c’est facile de tomber amoureux quand tu vois une jolie fille. J’ai essayé de la contacter directement après le Supercross de Bercy mais à l’époque il n’y avait pas les réseaux sociaux, ce n’était pas évident.

Antoine, son frère roulait en 85CC comme moi à l’époque.

Avec Mathilde, on est ensemble depuis qu’on a 15 ans.  C’était ma première copine et je ne pensais à rien d’autre, c’était elle. Après ça, elle a commencé à me suivre aux courses vers les 17/18 ans, on ne vivait pas encore ensemble, puis en 2008 on a emménagé ensemble et on allait à tous les GP.

En Floride, l’équipe c’est Aldon, moi, Mathilde et mon mécanicien. Mathilde me voit tous les jours rouler, elle me connait très bien, elle arrive à voir certaines choses, elle peut traduire mes émotions, elle peut parler à Francky [Le mécanicien de Marvin].

J’ai vu beaucoup de pilotes voyager seuls, se rendre aux courses seuls, louer des voitures seuls, ils y sont habitués, moi je suis habitué à être avec Mathilde et je n’aime pas être seul, j’y suis habitué depuis que je suis ado.

Je suis arrivé ici avec elle, elle m’a beaucoup aidé, je n’ai pas à penser aux petites choses, elle s’en occupe.

Elle est venue à absolument toutes les courses aux US, parfois à l’entraînement, Mathilde n’est pas là et j’y pense car c’est différent. Je suis un grand garçon et je peux m’occuper de moi-même tout de même [rires]

À propos de sa blessure au genou

Je me suis fait une rupture du ligament croisé postérieur il y a 2 ans en motocross alors que j’étais leader du championnat.

Aujourd’hui ça va mais depuis cet accident, j’ai du jeu dans le genou.

L’an dernier, quand j’ai commencé l’entraînement au bootcamp mon genou s’est déplacé et j’ai senti quelque chose bouger. Au final j’avais un bout de ménisque qui se baladait à l’intérieur du genou et ça me bloquait le genou, je ne pouvais pas l’étendre ou le plier totalement, je ne pouvais pas trop marcher.

Mon chirurgien a proposé de prendre du repos pendant 3 semaines pour récupérer, ce que j’ai fait, ça a marché le premier jour, le second, et le 3ème, c’est revenu. J’ai dû me faire opérer du genou le 10 décembre, on manquait de temps, il fallait enlever ce morceau qui bloquait mon genou et refaire le ménisque totalement n’était pas une option.

On a tendance à ne pas dévoiler nos blessures pour ne pas donner d’avantage psychologique, on ne sait pas si ça change quoi que ce soit, mais on ne veut pas trop en dire. Quand on revient à 100% et que la saison est finie, on en parle, les gens aiment savoir ce qu’il se passe.

Tout le monde a quelques problèmes, des petites blessures ici et là, ce n’est pas évident. J’ai eu de la chance que ça arrive à l’entraînement avant la saison, mais je n’ai pas eu le choix, j’ai fait ce qu’il fallait faire pour mon genou et heureusement j’ai pu rouler à Anaheim 1.

Juste avant Anaheim 2 il a beaucoup plu, les gars sont reparti en Floride et moi je suis resté en Californie, je n’ai pas roulé de la semaine. L’épreuve précédente, j’avais mal au genou, sur les sauts, les réceptions, avec la pression, mon genou me faisait souffrir. Le fait de ne pas rouler m’a finalement été plus bénéfique que celui de rouler.

J’avais un kiné Français qui restait avec moi et qui m’aidait avec les exercices, la rééducation, c’était compliqué. On a décidé de ne pas rouler avec Aldon et c’était une bonne chose. Je remonte sur la moto à Anaheim 2 le samedi matin et je me sentais vraiment bien car je n’avais plus mal au genou, c’était énorme de rouler sans douleur, ça a vraiment changé. Le souci, c’est que c’était une épreuve triple crown, 3 finales, donc c’était dur pour moi sans avoir roulé de la semaine.

À Anaheim 2 j’étais déjà en forme, à Oakland, j’étais vraiment bien.

@Simon Cudby – KTM

Et Cooper Webb ?

Cooper est un sérieux concurrent, on a eu de sacrées batailles en 250, un peu aussi en 450 en Supercross et en Outdoor. Le fait qu’il joigne l’équipe ne me dérange pas, il mérite cette place, il essaye de faire son trou et il en avait besoin, le programme avec Aldon l’a vraiment aidé et ça se voit.

Quand tu rejoins Aldon, le groupe, Jason, Zach, moi-même, tu ne fais pas ce que tu veux, il faut que tu respectes tout le monde et que tu suives le programme mais Cooper le savait – Aldon n’a pas eu à lui dire.

Cooper et moi, il fallait qu’on parle avant de bosser ensemble. En fin de compte, on est ici pour faire notre boulot, on est payé pour représenter une marque, donner tout ce qu’on a.

Quand tu es premier et second du championnat, coéquipier ou non, il y a de la tension, mais être dans le même camion, sous le même auvent, ce n’est pas facile.

Tu fais tes trucs, tu as ton propre mécano, tu parles avec le team-manager, on ne parle pas avec Cooper évidemment, on veut se battre l’un l’autre.

Je ne m’attendais pas à la réaction de Cooper à Houston car c’est exactement comme ça qu’il avait réagi l’an dernier en outdoor – Tu le passes et il pète un plomb même s’il est moins rapide – Quand je l’ai doublé à Houston il a flippé, il s’est senti en danger, il m’est rentré dedans 2 fois puis il m’a sorti mais bon, je ne vais pas me plaindre ou pleurer sur mon sort, j’aurais dû faire différemment, mieux me protéger, rouler plus vite, ce n’est pas toujours le mec le plus rapide qui gagne la course.

Cooper et moi, on se dit bonjour, on se respecte, mais sur le circuit tu donnes le meilleur et tu essayes de gagner.

On ne sort pas boire un coup ensemble. Si Cooper était en 250 ou 5ème du championnat 450, ce serait forcément bien différent.

@Simon Cudby – KTM

À propos de David Vuillemin

Il y a beaucoup de choses à dire à propos de DV, je le connais depuis que j’ai 10 ans, j’étais un fan quand j’étais un gosse, on a échangé nos maillots quand j’avais 10 ans à Bercy.

DV c’est quelqu’un de spécial et unique mais il a changé depuis son époque de pilote, depuis 2 ou 3 ans il bosse avec Dylan.

J’ai parlé avec Dylan et DV, j’ai vu ce qu’ils faisaient sur le circuit, comment ils bossaient la technique et je me suis dit que j’avais aussi besoin d’un peu d’aide sur ce point. Je voulais avoir un regard extérieur sur ma technique et pour DV ce qui compte, c’est la technique et rien d’autre.

Il me regarde rouler, on travaille sur les virages, les whoops. Les whoops, c’était vraiment le point principal.

DV te dira, les whoops, ça n’a rien à voir avec la taille du pilote mais il ne m’a jamais montré comment prendre des whoops en chaussures de tennis comme il l’avait dit !

David est venu en Floride 2 fois, j’aurais aimé qu’il puisse venir plus de fois et plus souvent pour travailler sur la technique et ajuster mon programme. DV aime aussi faire des trucs différents sur le circuit, comme s’il y avait un circuit sur le circuit, comme prendre les whoops à l’envers, c’est cool. La première fois qu’il est venu en Floride je me suis blessé au genou, c’est dommage, mais on a encore l’an prochain !

Ce que je voulais c’est que DV me regarde rouler et me rappelle certaines choses, qu’il me montre des lignes que je n’avais peut-être pas vu, qu’il me dise si un pilote faisait les choses différemment, en mieux ou en moins bien, c’est pour ça que je voulais bosser avec DV, il a un bon œil, j’aime sa façon d’expliquer la technique.

En plus il est super drôle, il amène une bonne atmosphère, c’est différent avec DV.

Dylan à Las Vegas

À Las Vegas, pendant la finale 250, j’étais encore dans le camion, Mathilde suivait la course sur son téléphone et me dit que Dylan est en tête, j’étais là « sérieux ? »

Dylan ne prend jamais de bons départs, je me dis wow, faire le holeshot pour la dernière de l’année, c’est super.

Je me rends sur la piste pour me préparer et je vois Cianciarulo 4ème, puis Adam chute, et c’était fait pour Dylan, il allait gagner le championnat, Adam avait le guidon tordu il ne pouvait pas continuer, c’était terminé pour lui, on se demandait comment c’était possible, c’était incroyable.

Dylan a fait une belle saison, Adam a fait une saison fantastique, Dylan a souvent été second.

Adam partait toujours devant. En terme de vitesse, ils étaient très proches et plus rapide que les autres donc c’était dur pour eux de gagner beaucoup de points l’un sur l’autre car ils finissaient tout le temps premier et second. C’est un petit championnat en plus.

J’étais super content pour Dylan, je l’ai félicité juste après, mais il fallait rouler ensuite, tu passes du spectateur au pilote, c’est vraiment unique à Vegas chaque année.

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Les entraînements pour l’outdoor.

On a pris une semaine de repos sans moto, j’ai fait du cardio de la muscu, mais là on vient de reprendre aujourd’hui (Lundi) et on retournera à Glen Helen demain (Mardi).

On a loué un terrain une fois juste pour KTM et il n’y avait que 4 ou 5 pilotes mais aujourd’hui c’était cool car il y avait aussi les gars de chez Yamaha et Honda, il y a avait un bon nombre de pilotes, Husqvarna était là aussi. Ça permet au circuit de se développer assez comme lors d’une course et en même temps il n’y a pas de risques de percuter un autre pilote.

C’est moins risqué pour nous, malheureusement on a vu beaucoup de chutes – comme Dean et Jason.

Moi-même à Pala sur le gros triple je suis atterri sur un pilote. C’était le premier jour d’entraînement en Outdoor de l’année et on ne voulait pas vraiment aller sur un terrain public mais on savait qu’on allait devoir, Pala est un bon circuit mais il y a toujours beaucoup de monde.

J’ai commencé à rouler aux alentours de 13h pour qu’il y ait moins de monde mais il y avait encore beaucoup de pilotes.

Je commence à faire ma manche, et j’essaye de garder le regard loin pour garder un œil sur les pilotes devant moi et je vois un pilote sur un 125 sur le gros triple, j’étais encore assez loin, mais le temps que je saute – je ne sais pas s’il a fait un neutre ou quoi – il était encore là … Heureusement je ne me suis pas blessé, lui non plus. Dylan était là aussi juste derrière moi et j’avais peur qu’il nous percute aussi ou atterrisse sur les motos. J’ai percuté la moto du mec tellement fort que j’ai explosé mon radiateur, ma moto ne démarrait plus, on a dû tout changer.

On répare la moto, on retourne sur la piste, je démarre une nouvelle manche et il y avait un pilote Anglais en vacances qui roulait, il est passé par-dessus le guidon sur une table et s’est fracturé le fémur.

Il était allongé au sol et je suis passé in-extremis entre sa moto et lui, j’ai vraiment eu de la chance.

C’était une journée de dingue. C’est cool d’aller à Pala, mais quand il y a autant de monde et d’amateurs, c’est compliqué. C’est un circuit pour les pros mais les amateurs viennent ici pour vivre le rêve américain et rouler sur un circuit pour les pros, du coup, ce genre d’accidents arrive.

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