Mitch Payton « le talent naturel n’est pas suffisant chez les pros »

Mitch Payton prend la parole.

Difficile pour Mitch Payton de voir Adam Cianciarulo – son petit protégé – quitter l’équipe Pro Circuit la saison prochaine. Les deux hommes – étroitement liés – ont finalement décroché leur premier titre ensemble cette saison, le coup de la dernière chance pour Adam.

Mitch est une véritable icône dans l’industrie du motocross tant par son histoire unique que par ce qu’il a apporté au sport ces dernières décennies. Dans cette interview réalisée par MotocrossActionMag, Mitch revient sur l’évolution d’Adam Cianciarulo, le niveau chez les amateurs et sur les secrets – selon lui – de la réussite chez les professionnels.

Et puisque j’ai eu la chance de faire un crochet par le shop Pro Circuit il y a quelques années de ça, j’en profite pour agrémenter de quelques photos…

C’était comment de voir Cianciarulo évoluer en tant que pilote ?

Oh, ça fait …. Longtemps ! Quand je pense à lui, je le revois rouler en 85, puis le voilà déjà en Supermini, puis après c’est le moment de monter sur la 250, puis il veut passer chez les pros. Je pense qu’il est passé pro un peu trop tôt si tu me demandes mon avis.

Il a eu quelques problèmes, il est tombé malade. Il gagne le tout premier supercross auquel il s’aligne, le suivant il termine second je crois, puis il gagne le troisième. On se disait que ça ne prendrait pas bien longtemps avant qu’il ne déroule et qu’il devienne très bon. Il était très bon en Supercros très jeune, il adorait ça.

Il a eu la blessure à l’épaule, il a dû prendre le temps nécessaire pour soigner ça. Il était au top du top, avec la plaque rouge, et d’un coup, il était hors du coup. Il est revenu de ça, puis il s’est blessé, puis blessé, il n’arrivait pas à dérouler.

Il n’y a pas de bons moments pour se blesser, donc quand tu te fais une épaule ou un genou, le temps de guérison empiète sur la saison suivante donc tu démarres tout le temps avec un train de retard sur les autres la saison d’après. Rien ne semble ne jamais vouloir fonctionner. Après l’an dernier, le plan était de ne pas rouler en outdoor, je ne sais plus si c’est l’an dernier …. Il devait se faire opérer du genou et prendre du repos.

Cette intersaison, il a vraiment fait une bonne préparation. Il semblait en forme au début de saison, il était en forme physiquement, il avait gagné en technique, il a beaucoup travaillé avec Nick Wey ; Nick a fait un super boulot avec lui sur la moto, en dehors de la moto : ils ont bien bossé ensemble. On a bien commencé l’année, peut-être pas la première épreuve mais il était dans le coup en Supercross, puis arrive Las Vegas.

Je n’étais pas trop stressé à propos de Las Vegas, je pensais qu’il avait assez d’avance pour faire le job, il était dans la position pour remporter le titre et il a commis cette erreur. C’était terrifiant à regarder. On en a parlé ce soir-là, et j’ai dit que je ne voulais plus jamais en reparler.

J’enregistre toutes les courses, celle-ci, je ne l’ai pas regardée, je ne voulais pas la voir car je l’avais vue en temps réel. Je ne voulais pas analyser cette course. « C’est une erreur, tu ne pourras jamais éviter de faire des erreurs, c’est comme ça, c’est fini, on se concentre sur l’outdoor. Tu peux être triste, énervé, mais tu as deux semaines pour te remettre dedans avant le motocross ». C’est ce qu’il a fait.

Adam a été génial dès la première épreuve, il a gardé le contrôle toute l’année, il a terminé sur le podium à chaque fois contre de bons pilotes, Ferrandis était très bon à la fin. Il a fait un travail formidable, on l’adore, je ne pouvais espérer mieux de lui. J’adore ce garçon, il est avec nous depuis qu’il est gamin, il connaît mes propres enfants, c’est bon d’avoir quelqu’un comme lui, c’est une super personne.

Il va rouler en 450 désormais, je m’attends à ce qu’il cartonne, il va aller chez Kawasaki, c’est comme ça que ça se passe. Tu commences par le team green, puis tu passes chez Pro Circuit, et éventuellement tu finis chez Monster Energy Kawasaki. C’est le processus

Qu’est-ce qui différencie un bon pilote d’un très bon pilote ?

Honnêtement, avant, c’était plus simple. Les Carmichael, Stewart, Pastrana, Alessi, Villopoto & Co, quand ils étaient gamins, tu étais obligé de les repérer, ils étaient au-dessus du lot.

De nos jours, il y a tellement de gamins qui ne vont plus à l’école, qui participent à des camps d’entraînement … Avant, il y avait les meilleurs, les pilotes A, et le reste, les pilotes B, et la différence était assez grande. C’était dingue de voir la différence de niveau entre les gamins de l’époque – qui sont devenus des légendes du sport ensuite – face au reste des kids.

Maintenant, il y a beaucoup de bons pilotes, ceux que j’appelle les B+, ils ont tous le même niveau en 85, Supermini, 250B, 250A, ils sont très similaires. C’est difficile du coup de trouver un pilote qui va sortir du lot.

Ces 5 dernières années, c’est ce que les équipes font, elles essayent de les sélectionner de plus en plus tôt et je questionne ce raisonnement car je n’ai pas vu beaucoup de ces pilotes réussir.

À l’époque, on se disait qu’il fallait rouler en Supercross à 16 ou 17 ans et je vois des parents qui pensent toujours comme ça aujourd’hui et je trouve ça dingue, les temps sont différents.

Je pense que c’est beaucoup demander à un adolescent de 16 ans de rouler en Supercross contre des pilotes qui font ça depuis 2 ans, 5 ans ou 10 ans, contre des gars très expérimentés. Je peux te garantir que n’importe quel pilote amateur en 250A ou en 250B pense qu’il est prêt. « Je suis prêt, je sais que je peux le faire, je vais les battre ».

Tu peux regarder les jeunes qui viennent d’arriver cette année dans la catégorie, ils ont beaucoup de talent, mais leur condition physique mérite d’être revue et je pense que la marche est plus grosse qu’ils ne l’imaginent.

Après un an ils se rendent comptent qu’ils doivent en faire plus et la charge de travail devient plus importante.

Que doit faire un jeune pilote pour espérer arriver au niveau supérieur ?

C’est bizarre car je pense que pour être un de ces tops pilotes, il faut être capable de passer par la case amateur sans se blesser.

Si on reprend l’exemple d’Adam, chaque blessure te fait perdre du temps. Si tu peux rester en forme, tu peux te construire des bases solides et je pense qu’il est important d’avoir de la chance ou de ne pas trop repousser les limites sinon tu te blesses et tu te retrouves sur le canapé.

Il faut que le pilote ait de bonnes bases sinon le choc lors du passage au niveau supérieur sera énorme.

Il y a des pilotes qui ont des facilités, un talent naturellement, et qui roulent très bien, mais le talent naturel n’est pas suffisant une fois chez les pros.

Il faut être au point au niveau du pilotage mais aussi au niveau de la condition physique et c’est un plus gros changement qu’ils n’imaginent.

Ce n’est pas toujours fun, ce n’est pas toujours cool, et ils ne pensent pas à ça, ne sont pas prêts à ça. S’ils doivent mettre quelque chose de côté, ils ne zapperont pas la moto mais le reste du travail ; ce travail qu’il faut faire pour arriver à ce niveau supérieur.

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