Ricky Carmichael « J’étais dégoûté de quitter Honda »

« Il y a seulement 4 mois, j’ai appris que si Honda ne m’avait pas donné ce que je voulais, c’était car ces derniers essayaient de signer James Stewart. »

En 2002, Ricky Carmichael quitte Kawasaki et rejoint Honda avant de dominer le championnat  de Supercross. Plus tard dans la saison, the « GOAT » établit un record qui pourra être égalé, mais jamais battu, en remportant toutes les manches de la saison d’outdoor. Un parfait 24/24 qu’il est le premier à inscrire dans l’histoire du Motocross Américain.

En 2003, RC#4 remporte les deux titres en catégorie reine, et, lors de sa dernière saison chez Honda en 2004, il égale son record établi en 2002 en remportant toutes les manches de la saison d’outdoor, au guidon d’une 4 temps cette fois-ci.

En 2005, Ricky Carmichael quitte Honda et rejoint l’équipe Makita Suzuki pour qui il remporte les deux titres nationaux, l’US Open et le Motocross des Nations. La saison 2006 marquera la dernière année complète de Carmichael. Il remporte une fois de plus les deux championnats nationaux et le Motocross des Nations pour l’équipe Américaine.

Ricky Carmichael était invité dans les studios de Troy Lee Designs pour le dernier épisode du Whiskey Throttle Show, une émission de plus de 4 heures lors de laquelle Ricky Carmichael s’est raconté en long, en large, et en travers.

Ricky Carmichael

« En 2001, je roulais encore pour Kawasaki mais j’avais décidé de partir et rejoindre Honda. Pourquoi ? Car j’avais appris que Kawasaki n’allait pas faire de nouvelle machine, et que j’allais rouler avec la même moto l’année suivante. Je savais que McGrath allait faire le nécessaire pour s’améliorer, faire des changements, qu’il allait être bien meilleur l’année suivante, et il fallait que je sois meilleur également.

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J’ai discuté avec Honda, ils m’ont parlé de leurs objectifs, j’ai fini par tester leur moto avant le Supercross de Dallas, avant même de gagner un nouveau titre pour Kawasaki. Je savais qu’il fallait que je change de marque, que j’avance dans ma carrière, je savais qu’il fallait que je sois sur une machine encore plus performante l’année suivante car j’avais peur que Jeremy McGrath trouve des solutions et me batte si je restais chez Kawasaki. Chez Kawasaki, ils ne se sont pas vraiment battus pour me garder de toute façon. Je roulais sur Kawasaki depuis 1998, j’avais monté les échelons, j’avais rencontré du succès et j’adorais travailler avec les gars de l’équipe. J’ai roulé sur Kawasaki toute ma vie, sauf les 5 dernières années. […]

En 2003, Windham passe au 4 temps, à Washougal, il se balade en 3ème alors que je suis à fond partout et il me bat. Ma mère vient me voir « Qu’est-ce que tu fais ? », elle m’engueule. Mon boss chez Honda vient me voir et me dit « Tu t’es fait battre car Kevin a bien plus de puissance que toi, tu ne pouvais pas aller plus vite avec ta moto, crois moi ». Je ne savais pas quoi faire de plus, je l’exploitais à fond. J’ai gagné les deux titres, mais j’ai détesté l’année 2003 quand même. 

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À l’intersaison suivante, je m’explose le genou, je me blesse aux ligaments dans un virage sans tomber, la pointe de mon pied accroche le sol et le genou pivote. On faisait du testing de pré-saison directement après avoir fini la saison d’outdoor car Honda voulait construire un moteur similaire à celui de Yamaha, c’était ce qu’on devait faire. On essayait de prendre de l’avance, j’ai caché ma blessure à Honda.

Malgré les ligaments en vrac, je roule quand même à l’US Open et je me fais battre par Chad. On va au motocross des Nations à Zolder en Belgique. Mon genou se déboîte quelques fois pendant la course. Je me disais que j’allais serrer les dents en Supercross et qu’on verrait ensuite, car le Supercross, c’est moins douloureux au niveau des genoux, on sort moins les pieds des cales pieds. Mi-Novembre, les ingénieurs de Honda viennent nous dire qu’il va être difficile de faire pareil que la Yamaha et que ma meilleure option, c’est de rouler sur la 450 4 temps et de délaisser la 250 2 temps.

Le lendemain, ils amènent la 450 sur le circuit Honda, je roule, et en moyenne, mes chronos étaient 1.5 seconde plus rapide au tour, parfois 2 secondes. « Putain ». J’étais censé retourner chez moi et revenir à l’entraînement une semaine avant Anaheim mais on a décidé de rester et d’aller à Castillo Ranch pour débuter le testing sur la 450, loin de tout le monde, pour que personne ne soit au courant, et qu’on fasse tous nos réglages. Parfait.

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On arrive dimanche, on commence le testing lundi. Au bout de 2 tours, dans un enchaînement je serre la moto avec les jambes et mon genou se déboîte de nouveau, le problème, c’est qu’il est resté déboîté pour de bon. Il bougeait depuis 2 mois et demi et il avait commencé à abîmer l’os du fémur. Je m’arrête, les gars de chez Honda me demandent ce qu’il se passe. Je pleurais, j’étais hyper émotif, et je leur ai dit « J’ai le genou foutu, depuis septembre, je voulais essayer de rouler en Supercross, mais je ne peux pas ». On me renvoie chez moi dans un jet privé, je vais voir mon docteur au kenntucky deux semaines plus tard, début décembre. Après cette blessure, tout ce que je voulais, c’était gagner un championnat de Supercross sur cette 4 temps. La 450CRF reste à ce jour une des meilleures motos avec laquelle j’ai pu rouler.  La moto était exceptionnellement simple à rouler, et plus les conditions étaient difficiles, mieux la moto performait. J’adorais aller à l’entraînement, j’adorais les conditions pourries avec cette moto.

2004, retour en compétition après ma blessure au genou, à Hangtown pour l’ouverture de l’outdoor. On décide de ne pas mettre le transpondeur sur la moto lors des premières séances d’essais, on savait que tout le monde allait avoir un œil sur moi et on ne voulait pas que les gens puissent savoir quels chronos je faisais sur la 450 4 temps ; on a fait semblant d’avoir oublié le transpondeur, j’ai gagné toutes les manches cette année-là, et un nouveau titre outdoor.

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Durant la saison 2003, j’ai essayé d’obtenir une extension de contrat avec Honda. Mon genou était en vrac, je poussais « Allez, on signe une prolongation », et Honda traînait des pieds, ils étaient lents à réagir, c’était bien différent de la première signature.

Mon agent essaye de faire bouger Honda et il me dit qu’il va passer un coup de fil à Suzuki car Kawasaki avait déjà tout bouclé. Je n’étais pas persuadé que l’idée était bonne au départ, mais j’avais quand même fait mes recherches de mon côté pendant la saison 2003 et on pouvait voir que la moto n’était pas si mal que ça. J’étais au Supercross d’Atlanta, j’allais me rendre à une cession d’autographe chez un concessionnaire Honda quand mon agent m’a appelé « Bonne nouvelle, Suzuki accepte notre offre ». Comme quand j’ai quitté Kawasaki pour Honda, j’avais une nouvelle décision à prendre.

La semaine suivante, j’appelle le big boss de Honda. L’offre acceptée par Suzuki était plus importante que l’offre que j’avais chez Honda. Je ne demandais même pas à Honda de s’aligner, je leur demandais quelque chose de l’ordre de 3% en plus. Ils ont refusé en me disant qu’ils comprenaient ce que Suzuki faisait et qu’il fallait que je prenne ma décision. On m’a dit « Tu peux rester ici et être le héros de Honda comme Jeff Stanton où tu peux aller chez Suzuki et devenir l’espoir de la marque, comme McGrath quand il est allé chez KTM ».

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Chez Honda, mon salaire n’a jamais bougé malgré les victoires et les titres. Dans le nouveau contrat prévu, il y avait de nouvelles clauses qui allaient venir s’ajouter à mon extension. Je voulais rester chez Honda, j’étais prêt à laisser de côté le fait que Suzuki me faisait une meilleure offre. Mais désormais, il y avait ces nouvelles clauses. Je leur ai demandé de faire un effort, et ils ont refusé.

J’ai appelé mon agent et je lui ai dit d’appeler Suzuki pour signer le contrat. J’étais très nerveux. Beaucoup de gens disaient à l’époque que signer chez Suzuki, c’était signer la fin de ma carrière.

J’ai signé ce contrat sans même tester la moto car j’étais blessé au genou et il fallait bien signer avant de pouvoir rouler.

Il y a seulement 4 mois, j’ai appris que si Honda ne m’avait pas donné ce que je voulais, c’était car ces derniers essayaient de signer James Stewart. Ça, à l’époque, je ne le savais pas. Fin 2004, j’étais dégoûté de quitter Honda, déçu pour les gars de l’équipe.

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Je passe de la 450 4 à la 250 RM. Le 4 temps n’avait pas encore vraiment fait ses preuves en Supercross. Le premier jour sur la Suzuki, j’ai su que ça allait être du gâteau. Roger De Coster avait fait le boulot, Ian Harrisson était là également. Le contrat chez Suzuki était vraiment, vraiment bon. [Estimé à 4.7 Millions sans bonus].

Je me souviens, j’avais tout mis sur la table, et je me disais « Si je signe chez Suzuki, je sais que je vais toucher tant, mais si je roule pour Honda et que je signe un contrat moins gros, je peux gagner autant d’argent grâce aux bonus de victoires », j’essayais de me convaincre de rester chez Honda. Ce coup de téléphone à Honda m’avait vraiment déçu et m’avait laissé un arrière-goût dans la bouche, j’étais déçu.

2005, je gagne les deux championnats, le motocross des nations et l’US open, c’était une super saison mais je dois dire que malgré les accomplissements, ce qui me rendait le plus fier, c’était de voir la satisfaction chez Suzuki. J’étais plus content pour eux que je ne l’étais pour moi. Je ne veux pas sembler arrogant, mais j’avais déjà rencontré beaucoup de succès dans ma carrière et pour une fois, j’ai pu voir tous les gens autour de moi content, vraiment heureux, on partageait ce succès ensemble. »

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