Tyler Bowers « Certaines équipes ne sont pas à la hauteur »

« Je suis fier de ce que je suis capable d’accomplir avec si peu de gens autour de moi. »

Tyler Bowers est probablement l’ambassadeur des pilotes privés; il était même devenu porte-parole de ces derniers suite à l‘incident à la chaux à San Diego. Le multiple champion d’Arenacross avait franchi la marche et avait signé pour son équipe de rêve – Pro Circuit Kawasaki – lors de son arrivée sur le plateau du Supercross Américain.

Après quelques blessures et des années difficiles, les contrats proposés à Tyler se sont fait de plus en plus rares et ce dernier est passé – en quelques saisons – d’un statut de pilote usine à celui d’un pilote privé.

Malgré tout, Tyler continue d’être omniprésent dans les top 10 aux USA et s’intercale régulièrement entre vos pilotes usines favoris. Rencontre avec Tyler Bowers à Barcelone.

Tyler, 4-6 à Barcelone, tu loupes de peu le podium, malgré tout tu gardes le sourire, parle-nous de ta soirée.

Je suis content car je suis en bonne santé mais mécontent de ma soirée. Pourtant, j’ai plutôt bien roulé mais j’ai pris de très mauvais départ, impossible de bien partir ce soir. Lors de la première finale, un pilote m’a bousculé juste avant le tombé de grille et j’ai perdu l’équilibre et je suis très mal parti. En seconde finale, j’ai de nouveau pris un mauvais départ et cette fois-ci, je n’ai pas très bien roulé. Je suis assez déçu de ma performance à Barcelone alors que j’aurais pu vraiment faire quelque chose ici.

Je me console en me disant que j’ai fait le spectacle, je suis revenu de loin, j’ai doublé des pilotes, et aussi car j’adore venir ici. Barcelone, c’est vraiment beau, j’ai visité un peu, le public était au top, le circuit était niquel, je suis très satisfait de l’événement qu’ils ont organisé ici. J’espère qu’ils arriveront à continuer lors des prochaines éditions et qu’on arrivera à ramener de plus en plus de gens au Supercross de Barcelone.

Avec ton passé en Arenacross, je me suis dit que j’allais te voir très agressif en piste ici. Pourtant, j’ai eu l’impression que tu étais bien moins agressif qu’à l’habitude ce soir, alors qu’à une époque, tu sortais des pilotes tous les soirs !

(rires) C’est vrai, je me suis un peu calmé. Je suis un peu plus vieux aussi, plus intelligent. Mes années Arenacross remontent, c’était il y a 4 ou 5 ans. Mais au final, j’ai quand même sorti un mec ce soir (rires), je ne dirais pas que je suis un ange, mais je me suis bien calmé. Sur la journée, c’est vrai que je n’avais pas cette agressivité, cette niaque dont j’aurais eu besoin. J’ai roulé à Stuttgart il y a 2 semaines et j’ai chuté lourdement avec Matt Goerke, je me suis blessé à l’épaule et j’ai dû prendre du repos. Je suis venu à Barcelone avec peu de roulage dans les jambes et ça a vraiment impacté mon agressivité. Je pensais vraiment que je roulerais mieux que ça. Je me sentais bien pourtant, mais je n’étais pas assez agressif en piste, c’est dommage, car je suis aussi là pour faire le spectacle !

On devait te voir à Paris, et finalement, on ne t’y a pas vu, dommage.

D’habitude, je roule à Paris pour l’équipe Bud Racing mais cette année, le Supercross de Paris se déroulait le même jour que le Supercross de Stuttgart. Je suis double champion de Supercross en Allemagne donc Stuttgart était très important pour moi. J’ai mon équipe en Allemagne, ils voulaient que je sois présent, donc j’ai dû choisir d’aller à Stuttgart pour rouler sur l’épreuve du championnat Allemand.

Tu es de loin le meilleur pilote privé et certains ont encore du mal à imprégner que tu es un privé à 100%. Qui t’aide dans ton programme ? Comment tu gères ? On n’en sait pas beaucoup, si ce n’est qu’avec tes moyens, tu parviens à finir devant des pilotes usines …

Comme tu peux le voir, il y a mon mécanicien Chase, ma femme, et …. Voilà (rires), c’est ça, mon équipe. Nous trois, on est un petit groupe, et on fait absolument tout nous-mêmes. Je m’occupe de l’organisation, Chase aussi, ma femme aide beaucoup et s’occupe surtout de mes réseaux sociaux. Ensemble, on travaille vraiment bien.

J’adore fonctionner comme ça car j’ai déjà été dans certaines équipes qui n’étaient pas à la hauteur, qui étaient un peu faignantes. Tout faire soi-même, c’est un peu plus compliqué, plus stressant, mais je peux avoir le contrôle. Je sais que quand je choisis une pièce pour monter sur ma moto, c’est qu’elle me convient, je travaille avec des pièces que j’aime, je choisis les gens avec qui je veux travailler, c’est important. J’ai un peu d’aide de la part de Kawasaki aux USA, de Dunlop aussi, j’ai un préparateur moteur. Ce sont mes amis, et ces derniers m’aident à faire en sorte que je puisse avoir mon propre programme.

Comme tu l’as dit, je suis un privé à 100% mais j’ai vraiment de la chance de recevoir le soutien que je reçois. À nous 3, on fait tout le travail.

À l’intersaison, on apprend les transferts des pilotes, et à chaque fois je m’attends à te voir signer quelque part … Mais non … Avec ce que tu viens de me dire, j’imagine que tu reçois des offres, mais que si ces dernières ne correspondent pas à tes attentes, tu préfères faire les choses à ta façon, quitte à être seul ?

C’est exactement ça. Certaines équipes ne sont pas assez performantes, compétitives … Le but ultime, c’est bien évidemment de signer pour une équipe usine car là, les moyens sont bien plus gros. Mais parfois, même quand tu signes pour une bonne équipe, tu n’as pas forcément un très bon salaire, et tu stresses car tu dois tout faire pour garder ta place, et si tu stresses, alors tu ne roules pas bien, c’est un cercle vicieux, il y a beaucoup de pression. Être capable de faire ça tout seul, ça me passionne. J’ai la chance de pouvoir venir sur des épreuves comme celles-ci, et ces dernières m’aident à financer mon programme aux USA.

Je voyage, je roule sur le championnat Allemand, je m’éclate, je suis un compétiteur. Je roule le plus possible. Cette année, j’ai fait tout le Supercross, tout l’outdoor, et mes courses d’intersaison en Europe, quelques courses d’intersaison aux USA, je roule tous les jours quand je suis chez moi, c’est ma vie.

Multiple champion d’Arenacross, tu as rejoint l’équipe Pro Circuit 2013 avant de finir par te battre pour les victoires en 2015 contre Cooper Webb … Désormais, en 450, tu roules encore contre Cooper Webb, et il vient de devenir champion SX US.

Cooper est incroyable, j’ai beaucoup de respect pour lui. En 2015, on s’est vraiment bien battu et ce mec est vraiment compétitif. Cette année-là, on s’entraînait ensemble et on a eu une discussion avant la première épreuve. Je lui ai dit « Hey, apparemment, on va se battre pour les victoires toi et moi la saison prochaine et on risque de se détester, mais j’aimerais que – quoi qu’il arrive – on puisse rester ami après la saison ». On a bien évidemment fini par se détester (rires), on a arrêté de parler pendant un temps. Quand il a finalement décroché le titre cette année-là, j’ai été le féliciter, je lui ai dit que j’étais content pour lui, et que je n’aurais pas voulu perdre le titre face à un autre pilote que lui. […]

 […] Lui aussi a connu des bonnes et des moins bonnes années, dont une année compliquée sur la Yamaha en 450. Cette année, il a eu une opportunité incroyable, il a travaillé très dur et il a fait en sorte que ça marche pour lui. Je suis très heureux pour Cooper, nos chemins sont tous très différents.

Moi, j’ai roulé contre Cooper, je me suis blessé au dos et j’ai dû m’arrêter pendant presque un an. Je suis revenu les années suivantes mais je n’étais pas au top, donc je n’ai plus trouvé de guidon. J’ai fini par rouler pour une petite équipe Yamaha qui n’était pas terrible, on était loin de Pro Circuit, et ça a vraiment fait mal à ma carrière. C’est à partir de ce moment-là que j’ai décidé de faire mon propre programme et tout gérer moi-même.  Je suis fier de ce que je suis capable d’accomplir avec si peu de gens autour de moi.

Ils ont remplacé l’Arenacross par un programme « Supercross Futures ». J’ai cette impression qu’en Arenacross, les pilotes arrivaient à faire de belles carrières, à banquer pas mal d’argent alors que désormais, avec SX Futures, il n’y a plus rien à gagner …

Beaucoup de gens pensent qu’en Arenacross, il y avait énormément d’argent à prendre. J’ai eu de la chance, j’ai eu beaucoup de succès en Arenacross et j’ai probablement été le pilote qui a gagné le plus d’argent dans cette discipline. Mais pour te donner un ordre d’idée, mon salaire de base lors de ma première année en Arenacross était de l’ordre de 30.000$, ce n’était pas grand-chose … Lors de mon année la plus lucrative, j’ai remporté le titre en Arenacross, puis j’ai remporté des épreuves internationales, j’ai fait une intersaison en Europe, et j’ai réussi à faire environ 200.000$. Ça, c’était la bonne époque, mais en Arenacross, il n’y avait pas énormément d’argent à faire, même en décrochant le titre, en comparaison avec le Supercross.

Pour finir, on est dans une ville magnifique, vous allez rester un peu ou plier bagage ?

Avec ma femme, on est arrivé jeudi matin et on a visité un peu Barcelone, c’est une ville magnifique et la météo était au top ce weekend. On a notre fille qui est restée à la maison, elle n’est pas venue cette fois-ci. C’est sa grand-mère qui la garde et on va devoir rentrer pour qu’elle puisse retourner au travail.


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