Adrien Lopes “Des grands champions qui passent à côté par manque de travail, il y en a beaucoup”

Adrien Lopes “Des grands champions qui passent à côté par manque de travail, il y en a beaucoup”

On pourrait écrire un livre sur les aventures d’Adrien Lopes. Après avoir voyagé – et roulé – aux 4 coins du globe pendant des années, Adrien a pris une retraite bien méritée pour se consacrer à sa petite famille. C’est désormais Tim – le fils d’Adrien – qui s’apprête à prendre la relève chez les Lopes.

Difficile de choisir une histoire où une anecdote d’Adrien pour la rubrique “Une course, une histoire” après notre coup de téléphone. Du coup, on en profite pour partager l’entretient au complet lors duquel Adrien a discuté du bout de gras tout en revenant – bien évidemment – sur ses années de pilotes en France, mais également à l’étranger.

En 2021, Adrien Lopes reprend d’ailleurs les rênes de la structure LR Motorsports et se concentrera désormais sur les jeunes espoirs du 65cc et du 85cc. Objectif, encadrer les jeunes afin de leur donner les meilleures chances de réussite.

Adrien Lopes

“Quand j’étais gamin, j’étais fainéant, il faut dire les choses comme elles sont. Je n’ai jamais réellement travaillé comme j’aurais dû le faire. Plus jeune, j’étais – entre guillemets – la future superstar Française autant qu’a pu l’être Pourcel, Musquin ou un Quentin Prugnières aujourd’hui. La presse Française me voyait et me présentait comme ça. Jacky Vimond était mon entraîneur, il venait d’être champion du monde avec Sebastien Tortelli, mais moi, je n’allais pas courir, je ne faisais pas de vélo, je me reposais sur mes lauriers, j’avais le talent et pour moi, ça suffisait.

Depuis tout petit, le seul rêve que j’avais réellement, c’était de rouler à Bercy, prendre les coursives du POPB. C’était un truc qui me faisait rêver. Le problème, c’est que ce rêve, je l’ai réalisé à 15 ans (rires). Si j’avais été plus ambitieux, et plus travailleur – comme beaucoup – ça aurait peut-être été différent. Des grands champions qui passent à côté par manque de travail, il y en a beaucoup; des gars qui ne se donnent pas les moyens d’y arriver.

Du coup, je n’étais pas le meilleur, mais j’ai fini par partir tout seul sur des Supercross à l’étranger avec mon sac à dos et j’avisais quand j’arrivais sur place. Pour gagner de l’argent, j’ai fait des trucs assez insolite. J’ai vraiment dû aller rouler à droite à gauche pour gagner de l’argent, peut-être même plus que certains, mais pour moi, c’était l’aventure totale.

Du moment que j’avais mes billets d’avion et une personne pour venir me récupérer à l’aéroport, j’étais prêt à partir à l’autre bout du monde même si c’était organisé trois jours avant une course.

On me disait qu’on allait me payer, je n’étais jamais sûr de voir la couleur de l’argent car je ne signais pas de contrats, c’était seulement de l’écrit sur Facebook, c’était la vadrouille. Il m’est arrivé d’avoir quelques mauvaises surprises.

Une fois, on est parti avec Thomas Ramette, Mika Musquin et Fabien Izoird pour faire un Supercross en Afrique du Sud en 2013 ou 2014. Les gars nous avaient payés les billets d’avion, on avait seulement à se pointer à l’aéroport, on avait tous négocié nos contrats. Mais au final, jamais personne n’a été payé. Ils nous ont dit qu’ils allaient nous faire le virement, et à force, les années ont défilées et jamais personne n’a été payé. Bon, d’un autre côté on était allé voyager une semaine en Afrique du sud …. (rires).

Quand tu vas dans des pays comme ça, tu peux avoir des mauvaises surprises, mais à 95% du temps, ça s’est bien passé pour moi.

Mes meilleures saisons, celles où j’ai voyagé, celles où j’ai pris du bon temps, c’était de 2012 à 2015. Bizarrement, c’est à partir du moment où mon fils est né que je me suis dit que c’était bientôt fini et qu’il fallait en profiter. Sur la fin, c’est l’accident de Mika Musquin qui m’a décidé à m’arrêter, mais aussi le fait que mon fils Tim grandissait alors que je me retrouvais loin de lui tous les weekends à partir du jeudi jusqu’au dimanche voire jusqu’au lundi.

En 2015, sur l’année, j’ai fait – de souvenir – 41 soirées de Supercross entre l’Angleterre, l’Allemagne, la France, les Supercross inter, le Quebec, la Thaïlande.

Même si je n’étais pas celui avec le plus gros niveau, je pense qu’en termes d’expérience, de voyages, de trucs insolites dans des pays un peu fous, ils sont rares à en avoir fait autant. Je pense que même à l’époque de Bethys, Porte, les années 1990, personne n’a fait ce que j’ai fait alors que j’étais loin de tout gagner en France et d’avoir le nom d’un Cedric Soubeyras ou d’un Fabien Izoird.

J’ai toujours fait des podiums, j’étais un outsider sur le championnat de France de Supercross, mais la monotonie, ce n’était pas pour moi. J’aime quand ça change, quand il y a du nouveau, c’est pourquoi j’ai souvent fait la balance entre 250 / 450 et que j’ai souvent changé de marque de moto.
Ce que je faisais, c’est que je tapais le mot “Supercross” sur Facebook, et j’envoyais des messages à tous les organisateurs d’épreuves de Supercross que je trouvais car aujourd’hui, tout le monde fait de la publicité pour son épreuve via le biais d’une page sur les réseaux sociaux, même à l’étranger.

Grâce aux réseaux sociaux, j’ai trouvé des Supercross, je suis parti à l’aventure, et j’ai gagné de l’argent. Pour beaucoup de ces épreuves, c’était au culot sur Facebook, je me présentais, je disais ce que j’avais fait, combien je prenais pour rouler, et je leur demandais si ça les intéressait. Depuis tout petit, je suis assez débrouillard. J’ai eu le culot…


L’année où je suis parti en Indonésie, j’étais second du SX Tour ex-aequo aux points avec Berthomé et j’étais à moins de 10 points de Sallefranque. Lors du Supercross de Paris, je termine second d’une finale derrière Valentin Teillet, troisième le samedi; je fais un bon SX de Paris avec deux podiums.

Gerard Valat demande à Josse Sallefranque s’il veut aller rouler en Indonésie. Josse, étant en tête du championnat, refuse. Berthomé hésite, et moi, je saute sur l’occasion. Je n’ai pas fini le championnat alors que je jouais le podium final sur le SX Tour. Je suis reparti trois semaines en Indonésie, à Bali, dans un hôtel 4 étoiles tous frais payés, je n’aurais pas voulu voir la note à la fin (rires). La semaine, on faisait la fête et le weekend, on prenait l’avion pour aller à Java disputer les épreuves et on rentrait le dimanche soir. Ça reste d’excellents moments.

Aujourd’hui, je n’ai pas le palmarès que les autres ont pu avoir à l’époque, mais par contre, niveau expérience et anecdotes …

Tous ces Supercross que j’ai fait existent toujours, il faut bien chercher. Une saison, je suis allé au Canada, faire le championnat de Supercross du Quebec, ce dernier existe toujours et je viens de voir que les courses ont repris il n’y a pas longtemps de ça malgré le Covid. Je suis resté 7 semaines au Canada, ça ne payait pas trop mal et de souvenir, j’ai fini champion 250 4 temps et vice-champion Open. Je privilégiais les Supercross Français et il y avait des concurrences de date avec des épreuves en Grêce, en Inde, ça aurait pu me faire des pays en plus à ajouter à ma liste.

Aller rouler sur le championnat d’Australie, c’était quelque chose qui me bottait et que j’aurais voulu faire. Beaucoup d’Américains le font, quelques Anglais aussi, mais jamais aucun Français ne va disputer le championnat d’Australie de Supercross. Le problème, c’est que leur championnat tombe en Octobre / Novembre, quand nous on est du côté du Supercross de Paris, qui est une course importante pour nos partenaires, une course que tu ne peux pas te permettre de rater. C’est quelque chose que je regrette de ne pas avoir fait.

Adrien Lopes : « J'étais tendu » | LeBigUSA – Actualité du Motocross & Supercross US

Le niveau en France n’est pas plus ou moins relevé qu’ailleurs. Quand j’étais invité à l’étranger, je me retrouvais à rouler sur une moto qui n’avait pas mes suspensions, une moto que je ne connaissais pas réellement, du coup je faisais attention car le risque de blessure arrive vite. C’est un peu comme quand MCadoo vient faire le SX2 à Paris et qu’on le voit avoir du mal à rentrer dans les 5 premiers alors que trois mois plus tard aux USA il signe le podium. C’est le même scénario.

Ce n’est pas le niveau Français qui est relevé, je te l’assure, s’il était si relevé que ça, les mecs seraient capables de monter sur les podiums quand ils font des piges aux USA. Le plus difficile, c’est le fait que tu arrives dans un environnement que tu ne connais pas, avec le décalage horaire, ce petit cocon qui fait qu’il n’est pas simple d’arriver à faire du résultat de suite en arrivant. Même si le niveau est moins relevé dans le pays où tu vas rouler, ce n’est pas simple.

Tu prends des Français qui vont en Espagne, ils vont se faire talonner par des Espagnols. Un gars comme Izoird va aller gagner en Angleterre mais il va se faire titiller par les pilotes Anglais, alors que si tu prends ces mêmes pilotes à la Tremblade, sur des Supercross Français, ils ne parviendront même pas à se qualifier en finale.

Il y a plein de truc qui peuvent te déstabiliser, jusqu’à la nourriture, l’eau. Quand je suis allé en Indonésie, j’ai souffert de la chaleur par exemple. Nous, on ne connaît pas ça. Il y a plein de facteurs qui vont faire que tu seras moins bon et que tu ne rouleras pas comme si tu étais chez toi alors que si tu prends les pilotes Indonésiens à la Tremblade, tu vas bien rigoler.

En mondial, les mecs arrivent une plombe avant l’épreuve, ils amènent leurs motos, leur nourriture, ils ramènent leur maison en quelque sorte même s’ils sont à l’étranger, rien n’est vraiment nouveau pour eux. C’est le même entourage, le même mécanicien, la même structure. À 90%, tout reste pareil toute l’année.

C’est là où, pour les jeunes, il faut être entouré d’anciens pilotes. Il faut le dire et ce n’est pas pour rien si les Américains s’entourent d’anciens pilotes pour ne pas faire les mauvais choix. Des gars qui ont fait les erreurs avant toi et qui vont pouvoir te dire quoi faire et quoi ne pas faire. Je sais que c’est ce que j’essaye de faire même si je n’ai jamais été un top Français. Je pense que je suis capable de te dire quelles décisions prendre pour les jeunes au moins pour arriver jusqu’aux portes du mondial.

Après, Il y en a beaucoup – sans citer de noms (rires) – qui ne savent pas ce que c’est que de travailler pour y arriver.

Je reste persuadé qu’un pilote comme Tom Vialle est très loin d’être le plus doué sur le papier; par contre, faire du vélo quand il fait -10 degrés et aller rouler quand il pleut des cordes, il prend. S’il faut aller s’entraîner à Lommel, vivre en Belgique, il ne se pose pas la question 2 fois. Je ne pense pas que Frederic Vialle t’aurais cru si tu lui avais dit que son fils allait devenir champion du monde il y a 4 ans. S’il y a bien une grosse surprise dans l’histoire du Motocross Français, c’est Tom.

Après la 85, Tom n’a pas fait de 125 et il n’avait pas l’âge pour faire de courses en 250 4 temps. J’imagine qu’il a dû s’entraîner tout seul caché dans son coin pendant un an et je ne suis même pas sûr qu’il avait une licence. Quand tu sais d’où il vient et que tu vois que cette année il est en mesure d’être champion du monde – et j’espère qu’il le sera – ça fait rêver.

Je pense que l’histoire de Tom va inspirer beaucoup de parents qui ne vont pas lâcher le morceau pour leur gamin. Je pense qu’il faut toujours y croire, ne rien lâcher.

S’il n’avait pas signé chez Redbull KTM, je suis persuadé qu’il n’aurait jamais été en mesure de pouvoir prétendre au titre de champion du monde. Comme quoi, ça ne tient à rien. Ça tient au fait que Brian Moreau n’ai pas signé chez KTM. Sans ça, Brian Moreau serait surement encore en grands-prix. KTM ne pouvant avoir Moreau, il n’y avait pas vraiment d’autres pilotes à signer et ils ont choisi Tom Vialle. Tom a rejoint KTM pour 0€, et dans l’histoire de KTM, quel pilote a signé avec eux pour 0€ ? Je pense qu’il est facilement à 6 chiffres cette année (rires).

Une carrière, ça ne tient à rien.”

Images: Adrien Lopes – Instagram

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