David Guillemot, un espoir Français dans l’ombre

David Guillemot, un espoir Français dans l’ombre.

Si vous ne connaissez toujours pas David Guillemot, on aurait du mal à vous en vouloir. Pourtant, le kid Isérois de 15 ans est un vainqueur d’épreuve sur le championnat de France Espoir, un champion de France Minivert, un espoir qualifié en championnat d’Europe 85 et un jeune sélectionné en équipe de France pour disputer le mondial Junior avec les couleurs tricolores.

Étonnamment, et malgré le niveau affiché, David Guillemot ne dispose que d’une très faible couverture médiatique, contrairement à ses homologues Maxime Grau et Quentin Prugnières, et autant vous dire qu’il était grand temps d’y remédier. Roulez jeunesse !

Contacté par téléphone, Yoann – le papa de David – nous dévoile une histoire familiale touchante, motivée par la passion et par l’amour d’un sport parfois injuste. Chez les Guillemot, on est conscient que David ne joue pas toujours à armes égales malgré son aisance avec la gâchette …  Mais si c’était ça, tout le charme de l’histoire ? Au-delà des victoires, des trophées et du succès, le motocross, c’est aussi … ça.

Yoann Guillemot

“David, mon premier garçon, je l’ai eu à 20 ans. Quand il avait 5 ans, il roulait en PW, puis je lui ai acheté une 50KTM vers les 7 ans, et c’est là que ça a commencé, pour s’amuser. J’ai mis mon gamin dedans avec la passion et David a très rapidement eu des aptitudes.

Depuis qu’il est dedans, on a fait quelques stages de moto, mais c’est moi qui ait géré totalement mon garçon depuis toutes ces années. Au début, c’était pour le loisir, mais avec mon esprit de compétiteur, on est vite passé aux entraînements, sans trop connaître, mais en se disant qu’on allait bosser, travailler pour que David puisse devenir bon. Il roulait bien, c’était un peu innée, le pilotage était là.

Je n’avais jamais mis les pieds sur une course de ligue avant sa première à Chateauneuf les Martigues en 50cc, je ne connaissais absolument personne, je suis arrivé avec mon fils, et on a passé un weekend en famille à faire ce qu’on aimait tous les deux. De souvenir, David termine 4ème, et depuis ce jour-là, on s’est pris au jeu et on s’est mis dedans.”

David fait rapidement ses armes en 50cc avant d’entamer la ligue Auvergne Rhône-Alpes en 65cc, puis vient les premières apparitions en championnat de France Minivert et les premiers coups d’éclats. David suit son ascension et son apprentissage de la compétition, en décrochant un premier titre national 85cc sur le minivert en 2017.

“Au début, David a fait deux courses en 50, bien. Viens la première année en 65 en 2013, il commence à bien rouler et il fait second de la ligue avant de remporter le titre en 65 l’année suivante. Cette même année (2014) Il a signé quelques performances au minivert, on se dépatouillait comme on pouvait. Il était rentré dans les 10 du minivert et même dans les 5.

En 2015, David s’est blessé à l’intersaison et ça a compliqué toute la saison pour nous. On participe à une course de ligue à Issyngeaux pour préparer le minivert; David se fait sauter dessus et il se fait plâtrer. Au final, il n’y avait pas de fracture, il s’est fait plâtrer pour rien et aucun médecin ne voulait le déplâtrer… On loupe donc la première manche du minivert.

En 2016, on est réellement arrivé au minivert, exclusivement, on ne sait pas trop ce que David va faire, il tourne bien en 85, il roule dans les 6/7 et il se bat avec Meteyer, Prugnières. “Wow, truc de dingue”, on vient comme ça, et on se retrouve à avoir David qui se bat devant.

On se débrouillait vraiment seuls, hormis quelques stages avec le père de Jimmy Clochet qui est toujours présent pour nous donner quelques conseils. Thibault Mungnier a essayé de nous aider, de trouver des solutions, mais la distance n’aidait pas. Thibault a eu David 2 hivers quand il était en 65cc. Pouvoir compter sur des gens comme ça, c’est très appréciable.

En 2017, David devient champion de France Minivert 85 et on décide de participer à l’épreuve de qualification de l’Europe 85 à Vesoul, en France. Conditions catastrophiques, dans la boue, un vrai carnage. David n’a pas mal roulé, mais il était un peu impressionné.”

dav

La famille Guillemot n’hésite pas à faire de nombreux sacrifices pour permettre à David d’évoluer dans les meilleures conditions; objectif, viser le niveau Européen pour se faire repérer. Un temps aidés par la Fédération Française, David et sa famille ne comptent désormais plus que sur eux-mêmes, et sur des partenaires de longues dates, pour tenter d’atteindre leurs objectifs. Au delà des trophées, des victoires et des podiums, c’est aussi ça, le monde du Motocross.

“Avec David, on a toujours fait crescendo, on n’a jamais mélangé. On a fait la ligue, puis le minivert, une chose à la fois, et à fond à chaque fois. Je me suis dit que si je voulais aider mon petit à faire quelque chose dans ce sport, c’était au niveau Européen qu’il fallait que je l’emmène, pas au niveau national.

Les coachs de la FFM ( merci Lucas Béchis ) ont toujours été au top avec nous, il y a eu un bon encadrement, les choses étaient bien faites. En 2020, David passe en 125, il sort d’une saison ou il termine 3ème du championnat de France Espoirs. David est, avec Prugnières et Grau, un des jeunes les plus rapides, mais visiblement, on nous a oublié. C’est un peu décevant car on a toujours fait les choses comme il fallait, on se donne toujours à fond avec nos moyens, et on nous oublie après une saison honorable.

Quand tu t’en sors bien, on vient te chercher, si tu es un poil en retrait, que tu ne mets pas le pied dans un team, on te laisse sur le côté. Quand tout va bien, il y a du monde, mais quand ça ne va pas, il n’y a plus personne. Pourtant, en 2018 et 2019, David a été sélectionné pour rouler en équipe de France en 85 lors du mondial Juniors avec le statut du sportif de haut niveau et on était aidé par la fédération, on avait un forfait pour la saison Européenne.”

En 2019, en plus de jouer les victoires de manche sur le championnat de France Junior, David prend part aux épreuves de qualifications pour l’Europe 85 et décroche son ticket pour la finale de Loket. En plus de l’Europe, il est sélectionné en équipe de France pour disputer le Mondial Junior à Pietramurata. Direction l’Italie et la République Tchèque pour porter fièrement le drapeau tricolore. 

“L’an dernier, David participe donc à sa première finale de l’Europe 85 en République Tchèque, à Loket. Beaucoup de stress, pas l’habitude, David n’a pas roulé comme il sait le faire; c’était très important pour lui, il avait envie de bien faire mais la pression a pris le dessus. Pourtant, il rentre dans le top 10 lors du mondial Juniors à Trentino quelques semaines plus tôt. Il aurait même pu rentrer dans les 5, il signait de bons temps en seconde manche mais il a fait une petite chute alors qu’il était dans le bon groupe. Un beau mondial, on s’est fait plaisir, David à bien roulé, dans sa tête, ce n’était pas la même chose. Loket, c’était un grand prix en même temps, c’était toutes ces équipes, c’était impressionnant pour lui et c’était une première expérience de l’Europe à ce niveau-là.

D’un autre côté, tu as aussi besoin de passer par là pour apprendre, puisque comment on fait pour que David apprenne autrement que comme ça ? Niveau entraîneur, en Rhône-Alpes, il n’y a pas grand monde et les prix demandés sont exorbitants, on avait commencé un travail avec un entraîneur mais lui aussi nous a oublié. Il faut savoir que David, il en prend aussi un coup dans ces moments-là. Il essaye de se donner à fond, on galère, on se prend des revers, ça fout les boules … C’est le monde de la moto.”

Toujours coaché par son père, David évolue dans la structure familiale, contrainte de trouver ses propres sponsors et partenaires pour tenter de se faire un nom sur la scène Européenne dans l’espoir de pouvoir intégrer une équipe et développer son plein potentiel.

“On s’est toujours démerdé, Denis Clochet nous file des coups de main, Thibault essaye de nous aider mais il est un peu loin, personne ne nous aide à part nos partenaires, et heureusement qu’ils sont-là et qu’ils nous soutiennent à 100%. On a eu des contrats en direct avec les marques, on ne passait jamais par une équipe, on est notre propre structure. On a géré la communication, on a démarché les gens, ils ont été contents de David, et quand il a décroché son titre, ça a motivé tout le monde. On peut compter sur des partenaires, et heureusement qu’ils sont là, s’ils n’étaient pas là, on ne roulerait même pas …

On est des passionnés, on vit ça à fond et avec nos tripes. J’ai un autre garçon, plus jeune, qui a 11 ans. Il roule en ligue et quand j’étais sur les courses de l’Europe avec David en 2019, ma femme était sur des courses de ligue avec notre second garçon.

Cette année, on était parti pour faire l’Europe 125, le France Juniors. Le problème, c’est qu’aller à Matterley, okay, mais où ? Comment ? On ne sait pas trop comment faire et c’est un certain coût. On a fait les courses de qualification à l’Europe 85, mais c’était assez facile d’accès pour nous par la route. 1000 kilomètres jusqu’à la Slovénie, 1300 kilomètres pour le Portugal, 350 kilomètres pour la France et pareil pour l’Italie. Faire de l’Europe, pour moi, c’était un peu comme si on faisait un France. Aller à Matterley, c’est beaucoup plus compliqué pour nous.”

Les frères Guillemot

“David a 15 ans désormais, et il n’a que deux années d’Europe dans les jambes, il n’est pas professionnalisé comme certains de son âge, mais c’est ce à quoi on aspire réellement. Tu sais, j’ai appelé quelques équipes pour 2020, on m’a demandé si j’étais prêt à le laisser partir, à m’écarter de tout son programme, bien sûr, carrément que je suis prêt pour que mon fils puisse avoir sa chance. Si je gère tout, c’est pour l’aider. On est prêt à effectuer cette transition si elle se présente.

David est encore scolarisé, il est au collège, on ne manque pas l’école à part un vendredi pour partir sur l’Europe et il rattrape ensuite. On a expliqué la situation à son école et on s’est organisé de ce côté-là. David s’en sort très bien à l’école.”

Du haut de ses 15 ans, David se doit de rivaliser avec des jeunes de plus en plus professionnalisé, disposants de structures, et de moyens plus importants.

“La réalité, c’est que les jeunes qui roulent contre David aujourd’hui, ils roulent 3 fois plus que lui chaque semaine. Imagine; le niveau de David aujourd’hui, il l’a obtenu en étant géré par son père qui n’y connait pas grand-chose, alors s’il intégrait une structure et qu’il se professionnalisait …. Lors d’une semaine type, on essayer de rouler un peu le lundi après l’école quand il finit tôt. On essaye d’aller rouler le mercredi après-midi, et une fois le weekend.

David n’a pas de programme physique, il se gère tout seul car il est volontaire et sportif, il va courir, il fait du vélo, de la musculation, il se gère. David est capable de jouer des coudes avec des pilotes de classe mondiale dans sa catégorie alors qu’il n’a aucune aide extérieure, qu’il a encore un programme amateur et qu’il s’entraîne avec son père qui se fait doubler par son gamin de 11 ans. Je pense qu’on est arrivé au bout de ce qu’on pouvait faire tous les deux.

Pour l’heure, David exploite seulement 70% de son potentiel. On en fait peu par rapport à certains et pourtant, il arrive à rouler devant. Si on arrête l’école et qu’on roule 5 fois par semaine, ce sera différent.”

Pour David, comme pour les autres pilotes, la situation sanitaire a chamboulé tous les projets pour la saison 2020. Si cette année devait marquer son passage en catégorie 125, la transition à la 250 pourrait bien se faire plus rapidement que prévu …

“Pour 2020, on était donc parti sur le junior 125 et quelques épreuves Européennes pour essayer de faire quelques bons résultats. David s’est également entraîné en 250 en début d’année. Il fait déjà 1m80 alors en 2021, je pense qu’on sera en 250. On a hésité à le faire monter dans cette cylindrée dès cette année, mais on ne voulait pas brûler les étapes. Est-ce qu’il vaut mieux faire une bonne perf’ en EMX125 pour se faire remarquer ou tout miser sur l’EMX250 pour essayer de faire quelque chose de bien ? C’est la question pour nous.

Comment le faire évoluer ? Qu’est-ce qu’on tente ? Qu’est-ce qu’il faut mieux faire ?

Regarde Tom Vialle, il a abandonné le 85cc à 15 ans, il a fait 3 mois en 125cc et il est monté sur le 250, ça a marché, tant mieux pour lui. Ils ont fait les choses dans le bon sens, ils ont eu des entraînements cadrés, ça a fonctionné, mais ça ne fonctionne pas pour beaucoup de monde. C’est un indicateur de ce qui est faisable; on sait que c’est possible, mais on ne peut pas simplement se fier à ça.

Je me fie aussi à l’offre et à la demande. Pour la saison 2020, il y avait beaucoup de place en EMX250, si tu étais un top pilote EMX250, il y avait des possibilités. Mine de rien, il y avait des équipes en recherche de pilotes. Bien évidemment, l’épidémie du Covid-19 est venu mettre son grain de sel, et ça, pour des familles comme nous, c’est la catastrophe.

Une saison dans le vent, une future saison qui va être compliquée, les places au sein des teams vont se faire rare car il y aura moins de moyen, ça complique la chose.”

Alors que le déconfinement a déjà débuté sur le territoire national, David n’a pas encore eu l’opportunité de reprendre l’entraînement; le calendrier 2020 du jeune pilote Isérois reste encore à définir. Il ne suffirait que d’un coup d’éclat de David sur le Junior ou l’Europe 125 pour changer toute la dynamique de la future saison 2021.

“David n’a pas roulé depuis le 14 mars; et on n’a pas encore repris l’entraînement car notre terrain ici est encore fermé. On a profité de ce confinement pour faire un break, comme beaucoup, ça fait du bien, on a retrouvé une vie de famille, on s’éclate différemment, mais on attend de remonter sur la moto quand même. On verra le calendrier qu’ils vont sortir même s’il change tous les 15 jours; au bout d’un moment, reporter les épreuves ne sera plus possible.

Un des meilleurs souvenirs avec David, c’est quand il a remporté l’épreuve de Minivert à domicile en 2017, l’année de son titre. Le doublé à Bitche en 2019 était beau, mais mon plus beau souvenir, c’est cette victoire à Bouvesse car il double Maxime Grau 3 virages avant l’arrivée pour s’imposer.
Tu sais, si j’avais un conseil à donner à des parents dans la même situation que moi, je leur dirais de commencer par s’amuser avec leur gamin, qu’ils profitent de ces moments.

Nous, ça nous fait plaisir si on peut aider, filer un petit coup de main, c’est de bon cœur, heureusement que j’ai pu compter sur de l’aide quand j’en avais besoin pour David, alors c’est notre façon de rendre la pareille.

Aujourd’hui, Quentin Prugnières est chez Bud Racing, Maxime Grau chez Tech32, c’est génial pour eux, vraiment. Mais derrière, il y a David Guillemot et son père. Difficile de rivaliser, mais c’est la vie et ça, c’est l’histoire de la famille Guillemot.

Un énorme merci aux partenaires qui nous font confiance et qui nous soutiennent fidèlement. Merci au Concessionnaire KTM Grand Lyon, à SERS Racing, à l’association Moto Verte de Bouvesse, à Doma, à Crea Sport pour le support communication, à PoupsMXDeco pour les kits déco, à Afam, First Racing, à Comptour Bike, Goby Racing, Bihr, Beringer, Berner & SEMC Distribution et tous nos partenaires privés”.

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