Eric Sorby, Mitch Evans, Nathan Crawford & Bailey Malkiewicz

Made in Australia.

Il écumait les paddocks MXGP l’an dernier pour faciliter la transition de Mitch Evans en mondial MX2. Désormais, Eric Sorby n’encadre plus un, ni deux, mais trois Australiens en championnat du monde.

Avec la montée de Mitch Evans en catégorie 450, il y avait du guidon à prendre pour la saison 2020 au sein de la structure de Livia Lancelot, Honda 114 Motorsports. Et quoi de mieux que de remplacer un Australien par … deux Australiens ?

Vous ne les connaissez pas encore, mais Nathan Crawford et Bailey Malkiewicz sont sur le point de partir à l’assaut du mondial MX2 et feront leur dernière course de préparation ce weekend du côté de Lacapelle Marival avant d’entrer dans la cours des grands.

Entretien avec Eric Sorby qui encadrera les deux jeunes recrues de Livia cette saison, tout en continuant sa collaboration avec Mitch Evans; on ne change pas une équipe qui gagne.

Du talent, made in Australia.

Les débuts de Nathan Crawford & Bailey Malkiewicz.

Nathan et Bailey sont arrivés en France aux alentours du Supercross du Bercy, fin novembre 2019. On a bossé pendant un mois à faire un gros dégrossissement à l’entraînement. Eux devaient prendre leurs repères, s’acclimater, ce n’est pas évident de changer de pays et de mode de vie de cette façon. Ça peut paraître simple vu de l’extérieur mais pour des jeunes comme eux, c’est une toute nouvelle vie. Au début, on fait beaucoup de baby-sitting, encore un peu maintenant qu’ils ont pris leurs repères. Quand on voyage, c’est comme avoir deux enfants à plein temps. Mais ils sont volontaires, ils écoutent, ils sont sérieux et bosseurs.

Techniquement, Bailey est très très bon, Nathan est un petit peu en retrait mais c’est un travailleur acharné. Au niveau des courses d’intersaison, je vais parler de Nathan car Bailey s’est fait mal au genou en Italie Malheureusement.

Nathan ne roule pas mal du tout, il a montré de bonnes choses, il n’a pas eu trop de réussite à cause de petites chutes qui lui ont fait perdre du temps et des places. À Mantova, Nathan s’est bien battu lors de la superfinale et il termine second pilote 250 (12ème) en signant de très bons chronos en manche, c’est du positif. Il va falloir s’adapter aux courses, bien se préparer, et ça devrait le faire.

Bailey Malkiewicz – @thibaultphotography

Lawrence, Evans, Malkiewicz, Crawford, des Australiens. Oui, mais pourquoi des Australiens ?

Pourquoi signer des Australiens ? La réponse est simple, donne-moi le nom d’un pilote qui mérite d’avoir un guidon ?

C’est sûr que de faire venir un pilote Australien, c’est plus compliqué que de faire venir un pilote Italien, mais chez Honda, ils vont signer qui ? Gianluca Facchetti ? Il fait encore plus de conneries que moi à l’époque.

Il y a quelques pilotes, mais pour les plus prometteurs, les offres sont nombreuses. Il y avait des options sur Haarup, De Moosdijk, Vialle, Boisramé. Vialle est resté chez KTM, Haarup et de Moosdijk sont chez Kawasaki F&H. Boisramé avait aussi la proposition avec F&H, les signatures vont très vites.

Signer un Australien, c’est sur que ça ne se fait pas en 5 minutes, il y a beaucoup de travail à faire en amont. La saison de GP n’a pas encore commencé qu’on travaille déjà sur le futur avec les pilotes.

On rencontre aussi le problème de la présence des parents, notamment aux côtés de certains pilotes Français, et on ne peut pas toujours faire avec les parents, encore les parents, toujours les parents. Regarde aujourd’hui le nombre de pilotes Français qui sont en train de se faire griller leur carrière par leurs parents.

Bailey Malkiewicz

Nathan et Bailey ont fait bonne impression en Australie, quid de leurs premiers entraînements en France ?

Avec les réseaux sociaux, on a été en mesure de suivre un peu le parcours de Nathan et Bailey avant de les voir en France, on voyait comment ils roulaient. Ce n’est pas facile de se faire une idée à travers des vidéos, mais quand tu n’es pas un manchot, tu arrives quand même à voir si un pilote est bon ou non.

Honda Europe s’est rapproché de Honda Australie et on a eu des bons retours à propos de Bailey et Nathan.

Lors du premier entraînement, ils m’ont fait une bonne impression. Il reste du boulot à faire, on a bien travaillé, mais il en reste encore beaucoup à faire.

Ce qui est difficile quand tu signes un pilote étranger comme ça, c’est qu’ils découvrent tout lors de la première saison et tu ne peux pas vraiment espérer les voir exploser tout de suite. C’est énormément de travail, il faut découvrir une autre façon de vivre.

Nathan Crawford – @thibaultphotography

En comparaison à Evans quand il est arrivé l’an dernier, ils se situent où, Bailey et Nathan ?

Ah Mitch Evans … Tu sais, quand j’ai vu Mitch rouler pour la première fois l’hiver dernier avant la saison, au bout de deux tours, j’étais sur le cul. De là, je me suis rapproché de Mitch et de Livia Lancelot pour qu’on travaille ensemble.

Mitch, c’est différent. Des Evans, tu n’en croises pas tous les jours, des Jett Lawrence non plus, par contre, tu vas croiser des Hunter Lawrence un peu plus souvent. Nathan Crawford est un excellent pilote, mais ce n’est pas – encore – un Mitch Evans.

Pour Nathan et Bailey, cette saison, l’objectif est de rentrer dans les 10 en début de saison et de se rapprocher du top 5 et des podiums au fur et à mesure des épreuves.

Eric Sorby, Bailey Malkiewicz, Axel Louis & Nathan Crawford

La collaboration avec Mitch Evans continue malgré la montée de l’Australien en 450 chez Honda HRC. C’est quoi le programme ?

Je bosse toujours avec Mitch Evans cette saison, et aussi principalement avec Nathan et Bailey à temps plein.

Mitch est venu en France cet hiver pour rouler avec nous et quand on va en Italie, il vient rouler avec nous également.

Sur les épreuves, je vais bosser avec Mitch, Nathan et Bailey, je vais vadrouiller entre Honda HRC et Honda 114. Giacomo Gariboldi m’a demandé de continuer à bosser avec Mitch, et Mitch voulait également continuer à bosser avec moi.

Mitch, il a plus besoin de moi sur les courses que pendant la semaine à l’entraînement. La relation avec Mitch, c’est un peu la même qu’avec James Stewart à l’époque.

Le but, c’est d’avoir quelqu’un de confiance à ses côtés, quelqu’un qui va savoir comment lui parler, et quoi lui dire, au bon moment, qui va être capable de voir quand ça va, ou quand ça ne va pas pendant le weekend, un travail mental, en dehors du travail fait sur la piste avec les trajectoires et la technique.

Un peu à l’image de Joel Smets avec Tom Vialle, même si ce dernier a un programme plus approfondi que le mien puisqu’il gère le programme physique et le programme d’entraînement moto de Tom. Moi, je suis plus porté sur l’aspect technique sur la moto et sur l’accompagnement mental le jour des courses.

Mitch Evans – @davidemessora

Dit, Eric, un mot sur les kids Français ?

Du 65, au 85, au 125… moi, j’attends de voir les pilotes passer en Europe 250 avant de donner mon avis; avant ça, c’est de la pignole.

Des jeunes qui roulent bien, il y en a eu des centaines, regarde David Herbreteau, très prometteur, il cassait tout en 85cc, mais après, sa carrière a été moins bonne.

Nos petits Français sont bons, mais le Minivert, ce n’est pas grand-chose, on a vu ce qu’il s’est passé sur la finale de l’Europe [Loket] l’an dernier en 65cc et 85cc, dis-moi, ils ont faits quels résultats les Français ?!

Lors des épreuves de poules de l’Europe, les meilleurs n’étaient pas présents à l’ouest. [les qualifications de l’Europe 65/85 sont séparées en 4 zones pour décrocher le ticket pour la grande finale de Loket].

Les tops qui roulent en zone Est bouffent du sable toute l’année dans des conditions très dures et se retrouvent face à des Français qui roulent sur des beaux terrains hersés et griffés.

Les meilleurs pilotes en Europe 65, Europe 85, Europe 125 et 250, MX2 et MXGP, ils bouffent à 85% du sable et des conditions pourries, et pendant les 15% du temps restants, ils vont au soleil pour faire de la terre, et le Français, il retient seulement quand ces mecs-là vont rouler sur le dur dans le sud. La vérité, c’est qu’ils font 11 mois de conditions de merde pour 1 mois de terre.

Il faut en vouloir, c’est compliqué aujourd’hui, avec les pilotes, c’est 10 entraînements, 12 coachs différents. À l’époque, on se disait « Le petit Brian Moreau, il est bon techniquement ». On se rappelait de la technique des pilotes.

Aujourd’hui on se rappelle des pilotes par la taille du camping-car dans les paddocks, sans déconner. Il reste quand même des bons petits, Cayenne Danion, Maxime Grau, Quentin Prugnières, les frères Miot, etc … À voir d’ici quelques années, je leur souhaite à tous de réussir.

Eric Sorby & Cayenne Danion

Mitch Evans risque-t-il de faire grosse impression sur la 450 ?

Mitch ne m’a pas fait de grosse impression sur la 450 cette intersaison, tout simplement car il fait exactement ce que j’attends de lui. Je ne suis pas surpris, mais il va surprendre du monde quand il va gagner un GP cette année, c’est un excellent pilote. Il roulera devant.

Mitch Evans est venu en Europe pour montrer son talent et rouler au guidon de la 450, les deux années avant d’arriver en mondial, il roulait en 450; c’est un grand gabarit.

L’an dernier, s’il avait fait le même poids qu’un Prado sur sa 250, il aurait probablement gagné des manches. Il ne faut pas dire que la Honda ne marche pas, la Honda marche très bien. Je mentirais si je disais que c’est la meilleure moto, mais pas loin, a contrario, c’est loin d’être la moins bonne moto.

Mais bon, avec 20KG de plus que tes concurrents sur une moto, qu’est-ce que tu veux faire ? On ne va pas le faire rouler avec une 300cc.

Au Supercross de Paris @thibaultphotography

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