Jeff Emig “Je me suis fait virer de chez Kawasaki”

Jeff Emig “Je me suis fait virer de chez Kawasaki”

Triple champion de Motocross US, champion de Supercross en 1997, vainqueur du Motocross des Nations par équipe avec les USA à 3 reprises, Jeff Emig à tout connu, ou presque; l’alcool, la drogue, l’argent, le succès, les femmes, les galères, les blessures …. La star des années 1990 – plus souvent considéré comme un badboy RockN’Roll qu’un athlète sérieux – a fait un long retour sur sa carrière à l’occasion du podcast Real Talk 447 avec Ricky Carmichael. Remplacé par Ricky Carmichael pour commenter le Supercross US aux côtés de Ralph Sheheen, Jeff s’est depuis concentré sur ses partenariats avec Husqvarna, Odi, Shift, Fox (dont le 74Show avec Georgia Lindsay) ainsi que sur ses apparitions pour commenter le mondial aux côtés de Paul Malin. Retour sur une carrière mouvementée.

Jeff Emig

“En 1986, j’ai remporté la catégorie 80cc Stock à Ponca City. C’était une catégorie convoitée par les constructeurs, car on roulait sur des motos d’origines. Je ne m’attendais pas du tout à gagner. Quand j’ai quitté la piste, j’ai retrouvé mon père en larmes dans les paddocks, il était trop content. Ça a vraiment fait décoller ma carrière.

J’avais décroché un contrat avec team Green en 1984 avec qui je suis resté jusqu’en 1990 où j’ai rejoint l’équipe Factory Kawasaki. J’ai toujours voulu rouler chez Kawasaki Factory pour être coéquipier de Jeff Ward. J’ai commencé à rouler chez les pro en 1990, en 125, Roy Turner était team manager de l’équipe Factory à l’époque. Dans le team, il y avait Jeff Matiasevich, Johnny O’Mara & Jeff Ward.

J’ai remporté 2 finales de Supercross Ouest en 1990 et j’étais dans le bon rythme en Motocross. Bevo Forte, un ami et sponsor via le biais de Scott, m’a ensuite redirigé vers l’équipe Yamaha de Keith McCarty. En même temps, Pro Circuit s’associait avec Peak Honda. J’ai donc signé chez Yamaha pour la saison 1991 mais malheureusement, le programme n’était pas au point. Mon mécanicien – Steve Butler – travaillait sans cesse pour essayer d’améliorer la moto mais le moteur n’était pas assez compétitif. J’ai galéré lors de la saison de Supercross mais j’ai quand même gagné 4 finales, et j’ai terminé second derrière Jeremy McGrath pour 3 points.

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J’ai dû monter en 250 en 1992. Je n’étais pas assez mature physiquement, et certainement pas assez mature mentalement. J’avais besoin de plus de temps. À cause du système de points, j’ai été obliger de changer de catégorie alors que je n’étais pas prêt. Je partais devant, puis je me faisais doubler, ou je tombais… La saison de Supercross en 1992 s’est mal déroulée mais j’ai remporté le titre en Motocross en 125 lors de la dernière manche de la saison. J’ai terminé l’année sur une bonne note en remportant le Motocross des nations avec Mike Larocco et Billy Liles en Australie.

Après 4 ans chez Yamaha à talonner Jeremy McGrath, j’avais besoin de changement. En dehors de la moto, j’avais un style de vie à la cool, on s’éclatait. Keith McCarty et moi, on ne s’entendait pas vraiment bien, il voulait que je fasse le tri dans ma vie, que je m’amuse moins, que je sois plus sérieux; j’ai eu l’impression qu’il n’était pas vraiment satisfait de moi. Yamaha m’a proposé un beau contrat, mais Roy Turner de chez Kawasaki a montré beaucoup d’intérêt pour moi. Quand j’ai finalement signé ce contrat avec Kawasaki, c’était pour le plus gros montant que je ne m’étais jamais fait jusqu’à présent. Roy était tout excité à l’idée de m’avoir dans son team, ça n’avait pas été le cas de Keith chez Yamaha.

Jeff Emig (8 ) Larry Ward (10) 1992 | Supercross, Vintage ...

Arrivé chez Factory Kawasaki, je n’avais pas de mécanicien, je ne savais pas trop quoi faire. Roy m’a conseillé Jeremy Albrecht. On travaillait tout les deux très dur l’un pour l’autre et on a connu le succès chez Kawasaki en remportant trois titres. La relation et l’entente entre un pilote et son mécanicien, c’est très important, surtout à l’époque, car on n’avait pas d’entraîneur, c’était juste nous. Lui, il me laissait être moi-même.

En 1996 jusque fin 1997, j’ai presque tout gagné. J’étais au top de ma carrière, j’ai remporté le titre de Supercross et de Motocross en 1997. J’ai été selectionné pour le Motocross des nations pour la 6ème fois et j’ai remproté le Supercross de Bercy; la meilleure des années …

En 1998, je me suis pointé en me reposant sur mes acquis de la saison 1997. J’ai galéré en Supercross, je n’arrivais pas à me concentrer. Arrivé à l’été 1998, j’ai retrouvé de ma superbe et j’ai gagné 4 épreuves de Motocross. Lors des essais à Millvile, je me suis blessé au pouce droit. J’ai quand même remporté les deux manches ce jour-là.

Une semaine plus tard, mon chirurgien m’a dit que mon pouce était cassé, qu’il fallait m’opérer. Je me suis fait opérer du pouce, j’en ai profité pour me faire opérer des yeux. Pendant ma convalescence, je m’éclatais comme un fou.

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À l’été 1999, j’ai eu des problèmes avec la police au Lac Havasu … La police a retrouvé de l’herbe dans ma poche. J’ai été arrêté. Quand Kawasaki a appris l’histoire, Bruce Stjernstrom m’a appelé et m’a dit “Les Japonais m’ont laissé prendre la décision en ce qui te concerne, et on va devoir se séparer de toi“. Je me suis fait virer de chez Kawasaki. Boom, la réalité en pleine face. Pile à ce moment-là, Ricky Carmichael s’est mis à bosser comme jamais personne ne l’avait fait avant.

Je ne vais pas balancer de noms, mais on buvait tous de la Coors Light car la pub disait “La Coors Light ne te fera pas aller moins vite” … On s’enfilait des litres de Captain Morgan. Certains pilotes fumaient de l’herbe, d’autres prenaient de la cocaïne, d’autres de l’ecstasy, d’autres des champignons … Je n’imagine pas un gars comme Mike LaRocco faire ça, certains gars étaient clean, droits. Si j’étais au bord de la rivière à m’éclater, et que Jérémy Mc Grath était là, même avant une course, ça allait. Par contre s’il était à l’entraînement, je me disais qu’il fallait que je m’entraîne aussi. C’était comme ça à l’époque.

Quand je me suis fait virer de chez Kawasaki, j’ai pris deux semaines pour moi. Je suis allé en soirée à Las Vegas, ça ressemblait grave au film “Hangover”. J’avais déniché une Yamaha pour rouler en tant que pilote privé. Une semaine après mon trip à Las Vegas commençait le “World Supercross Triple Crown”, dont la première épreuve se déroulait à Paris. C’était un petit championnat sur trois épreuves. Le mercredi avant la course, mon mécanicien est venu me voir pour me demander si je comptais m’entraîner, j’étais tellement en vrac après mon weekend que je lui ai répondu “Je ne pense pas être en mesure de rouler“. On est allé à Paris et j’ai terminé 3ème, tous les tops pilotes étaient là. J’ai gardé le trophée de cette course.

Je me souviens m’être dit ce soir-là “Qu’est-ce que je suis en train de faire de ma vie ?”

Je n’ai jamais été capable de faire un trait sur les soirées. Un ami à moi m’a conseillé d’aller faire une désintoxication … J’étais vraiment embarrassé quand j’ai réalisé que j’en étais arrivé à ce point-là. J’avais 28 ans, mais j’étais toujours un gamin de 18 ans. Quand j’ai réalisé ça, beaucoup de choses ont changé. J’ai monté ma propre équipe, j’ai remporté le US Open; pas la course la plus grosse, mais une course importante. Lors de cette intersaison, j’ai roulé comme jamais de toute ma carrière. J’étais prêt pour la saison 2000. J’étais à fond dedans, en pleine forme, et je me disais “Carmichael, McGrath, Vuillemin, peu importe qui, pointez-vous. Je serai là, et je serai là sur une moto d’origine

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A l’automne 1999, j’ai monté ma propre structure avec le soutien de Yamaha. Je me pointais au terrain d’entraînement avec mon pick-up et ma moto, rien d’autre. Je n’avais pas de moto de course, de moto d’entraînement, de moto de testing, juste une moto. J’avais essayé toutes les marques, et j’aimais la Yamaha. Je me suis dit que la moto avec laquelle je me sentais le mieux dans les whoops serait la moto qu’il fallait que je choisisse; j’ai toujours détesté les whoops.

Mon mécanicien de l’époque, Tim Dixon, m’a dit “Si tu veux un jour redevenir champion de Supercross, il faut que tu sois le meilleur pilote dans les whoops”. Je suis allé voir Ross Maeda de Kayaba et je lui ai dit “Je veux que tu règles la moto pour moi. Fait ce qui se fait de mieux et je me démerderais pour rouler. Je ne vais pas te donner d’informations. Je veux juste que tu me fasses la meilleure moto pour les whoops“.

Par la suite, ma vitesse dans les whoops s’est largement améliorée. Sur le terrain d’entraînement Yamaha, j’arrivais à rouler dans les mêmes chronos que ceux de McGrath. J’étais vraiment chaud pour la saison 2000. Mais une semaine avant la première épreuve, alors que j’étais sur le terrain privé de Stéphane Roncada, j’ai chuté. Je me suis mis court sur un double et je me suis fracturé les deux poignets. Je n’arrivais pas à y croire.

À l’hôpital, j’étais déprimé. Je me suis dit “c’est terminé”, mais j’avais l’équipe avec Bryan McGavran en 125 et Phil Lawrence devait me remplacer en 250. Je suis allé à la première épreuve de la saison et au fond de moi, je savais que ce n’était pas comme ça que ça allait se terminer. Quand je suis remonté sur la moto, je me suis concentré sur le championnat de Motocross US, à l’été 2000.

Yamaha m’appelle avant l’outdoor car Jimmy Button s’était gravement blessé en Supercross au guidon de la 426YZ. Yamaha me proposait son guidon sur le 4-temps. Je me disais que mon style allait bien correspondre à la machine mais on n’a pas été en mesure de trouver un terrain d’entente et j’ai décidé de continuer à rouler sur ma 250YZ d’origine.

Moins d’une semaine plus tard, je suis allé à Glen Helen pour l’entraînement du Jeudi. Tout le monde était là pour préparer l’ouverture de l’outdoor à Glen Helen deux semaines plus tard. Dans le troisième tour, j’arrive sur le saut d’arrivée à fond de 3, et alors que j’essaye de couper les gaz avant l’appel, la poignée reste bloquée. Je m’envole en l’air comme superman, je m’éjecte de la moto. En touchant le sol, j’ai senti que tout mon abdomen se contractait, mon dos également. Je regardais mes pieds, je ne pouvais plus bouger les jambes. Je me souviens m’être dit “Je suis paralysé
Tout le monde s’est réuni autour de moi et je criais “Ne me touchez pas, je viens de me casser le dos. Ne me déplacez pas; je suis paralysé”. Puis j’ai commencé à avoir mal dans la jambe droite et je me suis dit “ressentir la douleur, c’est un bon signe“. J’ai bougé un peu mes doigts de pieds, alors j’ai compris que ça irait, mais je me suis dit “Plus jamais, c’est terminé“.

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J’ai eu une broche dans la jambe droite, une cage et des broches dans le dos pour fusionner trois vertèbres ensemble.

Mon équipe a terminé l’année. Moins d’un an après m’avoir viré de chez Kawasaki, Bruce Stjernstrom m’a signé moi et mes gars pour monter une équipe satellite Kawasaki. Je pense qu’il était fier de moi, j’avais pris mes responsabilités pour ce qu’il s’était passé au lac Havasu. Je n’en ai jamais voulu à Kawasaki. J’avais signé un contrat qui disait que je devais les représenter d’une certaine façon et j’avais fait une faute. Kawasaki avait tous les droits de me virer. Un an plus tard, le gars qui m’avait viré m’a dit “Hey, on vous veut chez nous, sur des Kawasaki”.

Avec cette équipe, on avait un contrat énorme avec EdgeSports, ils étaient en avance sur leur temps. Puis il y a eu le crash de Silicon Valley. Quand on a fermé l’équipe, Edge Sports nous devait 850.000$. On avait signé avec eux pour 750.000$ par an, et on n’en dépensait que 400.000$ … Je me souviens m’être dit “Trop simple, l’argent pousse sur les arbres ici, aucun problème“. Mais d’un coup, je me suis rendu compte que l’argent ne poussait pas sur les arbres. On a monté un deal avec l’armée Américaine en 1992. On a eu de nombreux rendez-vous avec leurs responsables Marketing et ils ont décidé d’embarquer dans l’aventure.

On avait prévu un contrat de 3 ans, pour 3 millions de dollars par an … À l’époque, ça aurait été le plus gros budget de tout le sport, et on n’était qu’une équipe satellite … On venait de perdre notre sponsor qui devait nous payer 750.000$ par an et on était sur le point de signer un contrat avec l’armée pour 3 millions par an … On aurait eu assez d’argent pour signer n’importe quel pilote. Puis un a reçu un appel pour nous dire que finalement, ils se retiraient du deal, c’est à ce moment là que je me suis dit “J’arrête, je ferme l’équipe, j’ai besoin de profiter, il est temps de prendre ma retraite“…

Source: Real Talk 447

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