Mathilde Denis “On y met le même cœur que les hommes”

Mathilde Denis “On y met le même cœur que les hommes”

Honneur aux femmes.

Moins médiatisé que le mondial MXGP des hommes, le championnat du monde Féminin n’en vaut pas moins le détour. Cette saison, elles sont 5 tricolores à s’être alignées derrière les grilles de départ des deux premières épreuves du WMX à Matterley Basin et Valkenswaard; et derrière le numéro 290 se cachait la jeune tricolore Mathilde Denis. Arrivée sur le tard dans le sport – à 12 ans – Mathilde compte déjà deux titres de championne de France 125 à son palmarès et devenait vice-championne de France féminine la saison passée.

Cette année, la pilote du team New Bike Yamaha attaquait la saison avec les yeux rivés sur le top 10 mondial. Malgré des débuts compliqués en Angleterre et aux Pays-Bas – auxquels il faut ajouter l’arrêt des compétitions sportive pour faire face à la crise sanitaire – l’ambition de Mathilde est restée intacte. Micro.

Mathilde, C’est sur le tard que tu es tombée dans le monde du Motocross, à 12 ans. Peux-tu nous expliquer comment ton parcours sportif t’a amené du simple loisir jusqu’à la compétition ? 

Lorsque j’ai commencé la moto, j’avais vraiment hâte de pouvoir commencer les compétitions car dans tous les sports que j’ai touchés avant la moto, c’est la compétition qui m’attirais le plus. J’ai commencé les compétitions en ligue et j’ai vite évolué vers le championnat de France Féminin puis le mondial Féminin.

Temps mort en 2020 avec le break Covid-19, as-tu réalisé une seconde préparation pour préparer la reprise des épreuves après autant de temps sans rouler ? Quels sont les points sur lesquels tu travailles avant Mantova ?

Après la course de Valkenswaard, on nous a annoncé que les courses allaient être annulées… Ça a été dur d’organiser la préparation étant donné que nous n’avions pas de date de retour. J’ai donc continué ma préparation physique sans moto dans le but de progresser. Récemment j’ai repris des courses de ligue pour me mettre dans le rythme avant la reprise des épreuves plus importantes. En toute logique je ne roulerais pas à Mantova étant donné que le même jour nous avons l’ouverture du championnat de France féminin à Fublaines. Je préfère me concentrer sur un résultat national puisque j’ai rencontré quelques soucis lors des deux premières épreuve du mondial. Par contre je ferais sans doute la finale du Mondial en Italie le 1er novembre.

Qu’est-ce qu’il ta manqué en ce “début” de saison pour rentrer dans les 10 ? Après Valkenswaard, tu expliquais devoir “rapidement trouver des solutions.”, les as-tu trouvées selon-toi, et quelles étaient-elles ?

Effectivement mon début de saison ne s’est pas déroulé comme je l’aurais souhaité. Je ne peux pas dire que je n’étais pas prête car je me suis bien entraîné cet hiver et j’étais très déçue après les deux premières épreuves. En réalité je n’ai pas tirée de conclusion hâtive car nous avons eu des conditions vraiment compliquées (grosse boue) et je suis partie à la faute trop souvent. J’avais fait des temps chronos corrects (13ème  et 14ème temps) donc la vitesse était quand même là. Pendant cette longue pause, j’en ai profité pour travailler différentes choses et ajuster quelques réglages sur ma moto afin de me sentir mieux dessus, chose faite !

Si tu avais le pouvoir de changer quelque chose au niveau du Motocross féminin, qu’est-ce que tu changerais ?

En tant que fille j’aimerais évidemment que l’on soit reconnue à la même échelle que chez les hommes car on y met le même cœur et on donne la même énergie pour pouvoir atteindre nos objectifs. Mais comme dans tout les sports il y a une différence hommes/femmes. C’est déjà très compliqué chez les hommes de pouvoir vivre de la moto au-delà du top 10 mondial alors chez les filles n’en parlons pas [rires]. 

L’an dernier, j’étais surpris d’apprendre que Larissa Papenmeirer – top 3 mondiale 2019 – retrouvait son job de comptable la semaine après les épreuves. C’est impensable chez les hommes. À quoi ça ressemble, une semaine de Mathilde ?

C’est très respectable pour Larissa car je pense que c’est l’une des seules qui roule devant le weekend et travaille la semaine car il est très compliqué de travailler du lundi au vendredi et de se rendre sur les courses le weekend sachant que nous devons partir le jeudi pour se rendre sur un GP et ne rentrer que le lundi… Pour les entraînements, ça ne doit pas être facile non plus.

Pour ma part j’ai la chance de pouvoir me consacrer uniquement à la moto pour l’instant mais avant de faire ça, j’ai assuré mes arrières avec mes études car ce n’est pas la moto en tant que pilote qui va me permettre de gagner un salaire. Je commence également à m’organiser à côté pour faire quelque chose qui me permet de rester concentrée sur la moto et le sport tout en ayant une activité à côté. 

Livia Lancelot a marqué le sport avec ses 2 titres mondiaux. C’est difficile, d’essayer de marcher dans ses traces ?

Le but n’est pas d’essayer de marcher dans ses traces mais plutôt de se créer son propre chemin. Je respecte beaucoup Livia, de par son parcours sportif et son implication dans le développement du motocross féminin à l’époque avec notamment la création du championnat de France féminin. C’est une grande pilote et bien évidement, un exemple.

L’an dernier, Courtney Duncan a remporté 9 des 10 manches du championnat WMX. Selon toi, comment on explique une telle domination ?

Courtney est sans doute la pilote la plus rapide du mondial féminin actuellement mais elle avait tendance à toujours partir à la faute. Visiblement l’an dernier elle a su trouver des solutions pour rester sur ses roues et forcément ça a payé. Après de là à dire qu’elle domine je ne pense pas car la concurrence est rude, comme on a pu le voir sur les deux premières épreuves du mondial en 2020.

Tu n’es pas la seule Française engagée en mondial, faire figure de meilleure pilote Française sur le mondial, c’est aussi un objectif ?

C’est sûr que l’on connaît plus nos adversaires françaises qu’étrangères mais une fois en piste, nous sommes toutes mélangées et le seul but c’est de faire le mieux possible sur la scène mondiale sans se préoccuper des autres. 

Ton meilleur souvenir en compétition ?

On va dire que j’en ai plusieurs, dont 3 courses. La première à la finale du championnat de France féminin à Condé sur Escaut en 2014 après avoir décroché mon premier titre 125cc national. Aussi la finale du même championnat en 2015 avec un second titre et une 3ème place au général avec la 125cc et en 2019 après une saison avec plusieurs blessures où je me suis battue jusqu’au bout pour terminer vice-championne de France.

Si tu n’avais pas fait de moto, selon-toi, tu ferais quoi ?

Si je n’étais pas dans la moto, je serais forcément dans un autre sport car le sport fait partie de ce que je suis depuis toute petite. 

Tu te vois où dans 5 ans ?

C’est la bonne question, honnêtement je ne sais pas. Pour l’instant je souhaite réaliser mes objectifs en moto car ça me tient à cœur. Je voudrais commencer par rentrer régulièrement dans le top 10 en mondial et à terme réussir à faire des top 5. Le niveau en GP augmente d’année en année et tout le monde se professionnalise, le niveau est très homogène et relevé. 

Cinq épreuves pour un championnat du monde, c’est léger non ? 

C’est vrai que ça peut paraître léger mais quand on remet les choses dans le contexte, c’est déjà un très gros investissement pour s’y rendre et puisque chez les filles c’est plus compliqué, je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose que l’on ait moins de courses.

@Canelee

Le Motocross n’est pas toujours bien vu du grand public. Comment pourrait-on inverser ça, selon toi ?

Oui, c’est vrai que des fois il peut y avoir certains a priori. Pour inverser cette tendance je pense qu’il faudrait commencer par parler un peu du motocross sur les chaînes de télévision de façon plus fréquente, comme ils le font un peu pour la Formule 1 et le MotoGP.

Des remerciements à faire passer ?

Je tiens à remercier le team New Bike (Philippe Miniketi) que j’ai intégré cette saison 2020 car il me donne un gros coup de main. Également Yamaha France et Yamalube. La FFM, Datexis, Freeman T porter, Kenny, Bridgestone, Afam, twin air, Moto Diffusion, Dragon tek, Motoclub arleux, Morelmxévolution, Ligue des hauts de France, Axp Racing, 100% mécanic sport, Kutvek.

Suivez la saison 2020 de Mathilde Denis sur son compte Instagram.

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