Shaun Simpson “Je ne roule plus pour l’argent, c’est la passion qui m’anime”

“Tu n’as pas besoin d’un énorme budget, d’un énorme camion, de trucs qui brillent et de nouvelles tenues tous les jours pour réussir. On roule avec ce qu’on a pour obtenir des bons résultats.”

Il a 31 ans, il est papa d’un petit garçon, et alors qu’il recevait encore des propositions de la part de team pour intégrer leurs effectifs pour la saison 2020, Shaun Simpson a décidé de monter sa propre structure pour partir à l’assaut du mondial pour la 10ème année consécutive. Après plus de 15 années de présence en championnat du monde, Shaun Simpson s’est lancé le nouveau challenge de concourir au plus haut niveau par ses propres moyens, en montant son propre programme de toutes pièces, à l’image d’un certain Tyler Bowers Outre-Atlantique.

C’est dans un simple van, et accompagné de son père, qui officie en tant que mécanicien à l’intersaison, que Shaun Simpson se pointe à Lacapelle Marival ce weekend; un périple de plus de 20 heures sur la route.


Vainqueur d’une manche et second de Jeffrey Herlings dans la boue d’Hawkstone park, l’écossais termine 8ème à Lacapelle (7-9) ce weekend mais semble un poil déçu alors que je vais à sa rencontre dans les paddocks en fin de journée.

Shaun Simpson: “Non, en réalité, je suis très content de mon weekend; j’essaye juste de réfléchir à comment m’améliorer. On a beaucoup roulé dans le sable récemment à cause de la météo, j’ai eu énormément de travail ces derniers temps, dans l’atelier, à la maison en Ecosse, et ce n’est pas idéal pour rouler. On était prêt la semaine dernière pour faire face à la boue d’Hawkstone, mais ce weekend ,c’était un peu différent. Les conditions étaient extra ce weekend, un bon test pour la moto, un bon test pour moi aussi. On a beaucoup roulé, c’était top. Je pense qu’il faut qu’on travaille encore un peu, surtout sur les circuits de ce type. Mais vraiment non, je suis content, 3 top 10, c’est top. Evidemment, j’aimerais que les résultats soient meilleurs, comme tout le monde. Quand tu termines 8ème tu veux jouer le top 5, quand tu finis 5ème tu veux jouer le podium. Il y a du positif, j’ai appris certaines choses à propos de la moto, on a changé de réglages à chaque course pour que je puisse essayer différentes choses et comprendre comment réagissait la moto en fonction des réglages. On va retourner au travail cette semaine.”

À l’intersaison, j’ai suivi avec intérêt la transition de Shaun Simpson qui avait, fin 2019, quitté la structure RFX KTM. Fort de son expérience en grands prix, Shaun est peut être le mieux équipé pour relever le défi de pilote privé, mais sa préparation hivernale s’est retrouvée impactée par la gestion de son programme 2020; quel impact, exactement ?

“Le fait d’avoir décidé de monter mon propre programme pour cette saison m’a beaucoup plus impacté que je n’aimerais le dire cette intersaison. C’est très facile de penser que tu fais tout ce que tu peux, à 100%, alors qu’en fait, tu ne fais que 80% de ce que tu pourrais faire. Quand tu essayes de rouler contre des pilotes qui n’ont qu’à se préoccuper de rouler, s’entraîner à la salle, manger et dormir, ça devient difficile. Je pense qu’après quelques courses, une fois que j’aurais retrouvé la vitesse et une condition physique que je peux maintenir pendant toute la saison, je serais dans une bonne position. Je pense qu’il faut que je reste sur cette lancée, il faut continuer d’avancer chaque semaine, la saison devrait devenir de plus en plus simple pour nous désormais car tout est prêt, les motos sont prêtes à partir, les réglages sont plus ou moins trouvés, il faut encore qu’on trouve quelques petits trucs mais si on peut continuer comme ça, ça sera plus simple. Il n’y a plus besoin de préparer le camion, de préparer les motos, de chercher les sponsors, tout ça, ça a été fait à l’intersaison.”

Shaun Simpson, c’est plus de 200 grands prix disputés, 10 podiums, 4 victoires en MXGP et encore 4 top 10 la saison dernière. Assurément, le pilote Écossais aurait trouvé un guidon pour la saison 2020, alors pourquoi avoir fait le choix de monter ton propre programme, Shaun ?

“Tu sais, les équipes qui me proposaient des offres n’étaient pas les équipes qui auraient pu me proposer le meilleur deal pour moi. Il y a beaucoup de belles vitrines dans les paddocks, des équipes qui présentent bien, avec de bons pilotes, mais le budget par pilote est finalement vraiment limité. Je voulais un budget pour moi, pour investir dans ma moto et aller rouler. Je vois les choses d’un œil différent, et mes idées ne sont pas toujours celles des équipes donc en septembre l’an dernier, j’ai décidé de monter mon programme et de tout investir dedans. Je ne prends pas d’argent pour moi, je mets tout dans mon programme, dans mes motos, et on verra là où ça nous amènera. Je ne roule plus pour l’argent, c’est la passion qui m’anime, je ne le ferais pas simplement pour l’argent. Je veux me prouver que je peux avoir de bons résultats, je ne vais pas être champion du monde cette année, je le sais et je l’ai accepté. Je veux signer de bons résultats parmi les pilotes usines : aujourd’hui, quand je regarde les résultats, il y a un pilote usine, deux pilotes usines, trois pilotes usines, etc … puis Shaun Simpson. C’est bien. Le but, c’est de m’intercaler entre ces pilotes usines. Tu n’as pas besoin d’un énorme budget, d’un énorme camion, de trucs qui brillent et de nouvelles tenues tous les jours pour réussir. On roule avec ce qu’on a pour obtenir des bons résultats.”

À la question “que ferais-tu si tu pouvais revenir 5 ans en arrière et te donner un conseil pour ta carrière ?” Shaun répond qu’il ne changerait rien; on apprend beaucoup plus de ses échecs que de ses succès.

“Je ne changerais rien honnêtement. J’aime me dire que je vis l’instant présent et je suis plutôt satisfait des décisions que j’ai prises dans ma carrière. J’aurais probablement eu mon petit garçon plus tôt si tu me demandes, car c’est vraiment le bonheur, il a un an désormais et j’aurais bien voulu l’avoir un peu plus tôt. Il vient chaque semaine sur les courses mais pour venir jusqu’ici, on a dû conduire 22 heures donc il est resté à la maison. Mon fils sera présent en Angleterre avec moi pour l’ouverture des grands prix. Je pourrais aussi te dire que j’aurais bien voulu rouler dans ma propre structure plus tôt, mais tu sais, je suis content de ce que j’ai fait. Je suis satisfait des équipes pour qui j’ai roulé, j’ai beaucoup appris et c’est impossible de savoir tout ce que tu sais en fin de carrière à tes débuts. Si tu pouvais voyager dans le temps et te donner des conseils, alors tout le monde serait champion du monde.”

Il ne reste plus que 10 jours avant l’ouverture du mondial MXGP en Angleterre mais Shaun ne se met pas la pression pour autant. La saison est longue et les résultats viendront; l’important pour l’heure, ne pas brûler les étapes, rester régulier, et surtout, se faire plaisir.

“Je ne me préoccupe pas trop du résultat de Matterley, si je roule bien, alors je serais content. Si je suis 12ème ou 13ème, ça m’ira, je retournerais au travail. Il y a 20 épreuves, je ne cours pas après des résultats de dingues sur une ou deux épreuves si c’est pour m’exploser la semaine d’après et me blesser. Je veux commencer tranquillement, de la bonne façon, et me rapprocher de mon niveau au fur et à mesure de la saison. Mes sponsors sont derrière moi pour le long terme, ils ne veulent pas me voir 5ème sur un grand prix et par terre le grand prix suivant, faire un séjour à l’hôpital et louper des épreuves. Si le top 10 se présente à Matterley, alors je serais vraiment super content.”

Médias