Thibault Benistant “J’ai franchi un cap, je le sens”

Thibault Benistant “J’ai franchi un cap, je le sens”

La relève tricolore entre de bonnes mains. Après un titre de champion d’Europe 125 en 2018 et une saison d’apprentissage en EMX250 la saison passé, Thibault Benistant s’est révélé comme grand favori de la catégorie cette saison. Quatrième lors de l’ouverture du championnat aux Pays-Bas avant le confinement, Thibault Benistant a dominé la reprise en Lettonie en s’adjugeant les trois épreuves de Kegums. Aussi ravi que surpris, le pilote Français compte désormais 38 points d’avance au championnat. À la poursuite d’un deuxième sacre Européen.

Salut Thibault, ça fait quoi aujourd’hui ?

J’ai un entraînement de vélo de route à 14h, j’ai fait une séance de sport ce matin. Je vais voir mon entraîneur là. Le boss du team a dit que quand on gagnait un général à l’Europe, on avait droit d’avoir sa Porsche une journée, du coup, j’ai sa voiture; j’ai gagné 3 épreuves, alors j’ai le droit à la Porsche 3 fois (rires). Je prends l’avion demain soir pour rentrer en France. Ce soir, je vais retrouver mon agent.

Le team MJC se concentrant sur le 125, tu rejoins Hutten Metaal Yamaha à l’intersaison puisque le team devient le team officiel Yamaha en EMX250 . Comment s’est passée la transition pour toi ?

Au début, ça faisait bizarre de devoir parler Anglais tout le temps, d’être loin de chez moi. J’avais l’habitude d’être loin de chez moi, mais là, c’est différent, c’est pendant un mois complet à chaque fois, donc au début, c’était étrange. Je m’y suis vite habitué; au début, j’étais un peu gêné – un peu timide – et quand on s’habitue à être entouré des personnes, tout se passe bien. Je m’entends très bien avec tout le monde, que ce soit le boss, l’entraîneur physique, l’entraîneur moto, le mécano, l’ambiance est vraiment bonne; je me régale.

Quand j’étais dans l’équipe MJC, j’étais avec mon entraîneur la semaine – Jean Marc Charpin – et je rentrais le vendredi soir. J’allais rarement chez MJC, peut-être quelques jours 2 fois dans l’année. Maintenant je vis aux Pays-Bas et je ne rentre en France qu’une fois par mois. Là, je rentre une semaine en France après la Lettonie.

On est en collocation avec Gianluca Facchetti. On partage l’ancien appartement du team, avec salle de bain, cuisine, tout équipé, il y a même une salle de sport. À l’étage du dessus, il y a 3 chambres double, une table de ping-pong, un billard, la Playstation, et tout est collé. On ouvre une porte, il y a notre salle de sport, on ouvre une autre porte, on arrive dans l’atelier mécanique, c’est incroyable.

L’an dernier, le team n’avait pas la salle de sport, mais l’an dernier, le team n’avait pas le même support de l’usine Yamaha.

Tu travailles avec Herjan Brakke? En tant qu’ancien pilote de GP, c’est un bon coach ? Sur quoi a-t-il mis l’accent pendant l’intersaison ?

Je m’entends très bien avec Herjan. Pendant l’intersaison, il m’a beaucoup fait rouler sur la pointe des pieds sur les cale-pieds, c’est vrai qu’avant, j’avais tendance à rouler avec le plat du pied; on a beaucoup travaillé sur ça et sur le fait de plus sortir le buste, de rouler avec le buste plus en avant, on s’est focalisé sur ça. On a fait une période avec des longues manches et une période avec des chronos. Ça a tout de suite bien fonctionné avec lui.

En vivant aux Pays-Bas, j’imagine que tu fais bien plus de sable que d’habitude.

C’est clair, je ne fais que ça. Pendant l’hiver, j’ai fait du sable. Avant les courses, on a eu une période ou on faisait deux entraînements de sable pour un entraînement dans la terre par semaine. Quand j’étais dans le team MJC, je m’entraînais dans le sud, à Saint-Thibéry, Beauvoisin, Perthuis, les terrains du sud, plus béton.

Ce calendrier de course, l’an dernier, ça t’aurait posé des problèmes ?

Pas forcément. Dans le sable, j’ai toujours bien roulé. En 125, j’ai gagné la première manche à Lommel, j’ai foiré l’an dernier à Lommel mais sinon, j’ai toujours plutôt bien roulé dans le sable. J’ai gagné ma première manche en EMX125 dans le sable de Kegums, c’était mon premier podium. L’an dernier, de souvenir, je termine 6ème en Lettonie. Dans le sable, j’ai toujours plutôt bien roulé; mais cette année, c’est sûr que tout ça, ça m’a vraiment bien aidé.

Tu termines 5ème de l’EMX l’an dernier, tout le top 10 de l’EMX 250 l’an dernier est désormais monté en MX2. Pourtant, la catégorie semble encore très relevée et homogène. Tu as franchi un cap, le niveau te semble-t-il aussi relevé cette saison que l’an dernier ?

Honnêtement, je ne sais pas. C’est sûr que moi j’ai franchi un cap, je le sens. Je pense que le niveau est toujours aussi homogène. Quand je pars loin, ce n’est pas simple de revenir. Si je pense à un Rubini l’an dernier, quand il partait 10ème, il arrivait à revenir dans le top 3 aussi; je pense que le niveau est à peu près similaire.

Tu passes “d’un des favoris” en début de saison à grand favori qui domine en l’espace de 3 épreuves en Lettonie puisque tu les remportes toutes, dis-moi, tu as fait quoi pendant le confinement pour plier tout le monde comme ça ?

J’ai continué de faire ce que je faisais. Je n’ai pas fait d’écart niveau nourriture, j’ai vraiment bien mangé pendant tout le confinement, j’ai dû me faire une pizza dans le mois. Je faisais vraiment attention. J’ai continué à faire pas mal de sport. Je me prenais un jour de repos dans la semaine sans sport. Forcément, je forçais moins sur le sport que quand j’étais en Hollande pendant la saison mais je ne me suis jamais vraiment arrêté. Du VTT un jour, un footing le lendemain, je n’ai pas relâché.

Arnhem – podium de manche au milieu des meilleurs pilotes MX2, ça t’a mis en confiance ?

C’est vrai que ça fait toujours du bien de faire un podium de manche avec le top 10 du mondial. Ça m’a mis en confiance, mais je savais déjà que j’avais la vitesse pour me battre avec des mecs comme ça car je me suis entraîné très dur pour ça et physiquement, je pense être vraiment bien. La vitesse, je l’ai, à part peut-être sur un tour chrono car j’ai du mal à débrancher, mais sur une manche, j’ai la vitesse et le physique et je savais qu’avec un bon départ je pouvais me battre devant.

Les piges en MX2 cette saison, c’est toujours d’actualité ?

J’en ai un peu parlé avec mon agent qui vient ce soir, on va en rediscuter. Il aimerait que j’en fasse, j’ai aussi envie d’en faire pour montrer que je suis capable de rouler en GP, pour pouvoir avoir un guidon d’usine la saison prochaine. J’espère pouvoir faire quelques grands prix, mais avec le Coronavirus c’est difficile. Normalement, on va avoir de nouvelles épreuves au calendrier. J’ai entendu qu’ils aimeraient en rajouter 9 en Italie. J’aimerais pouvoir trouver un peu de temps pour disputer deux ou trois grands prix.

Si je t’avais appelé pendant le confinement pour te dire que tu allais remporter les trois épreuves à Kegums, tu m’aurais cru ?

Gagner des manches et remporter le général oui, de là à gagner les trois, non. L’EMX250, c’est vraiment homogène et si tu ne pars pas devant, c’est compliqué. Je suis arrivé à faire de belles choses même en partant 10ème, en revenant en tête; je m’attendais à être devant pour jouer la victoire, mais je ne m’attendais pas à gagner en partant 10ème. Revenir dans le top trois oui, mais de là à gagner.

D’un point de vue extérieur, quand on te voit rouler, on n’a pas l’impression que tu forces plus que ça pour revenir.

Le terrain était un peu piégeur donc j’ai pris une marge de sécurité. Je prends souvent une marge quand je roule, je n’aime pas rouler à la limite tout le temps, c’est pour ça qu’aux chronos, j’ai plus de mal. Que ce soit en Europe ou avec les pilotes de GP, il faut savoir se lâcher aux chronos et j’ai un peu de mal. J’ai quand même réussi à faire une pôle aux chronos, mais quand on va aux courses de préparation pendant l’hiver ou à Arnhem, j’ai plus de mal à être devant aux chronos. Je sais que ce n’est pas mon point fort donc tant que je suis dans le rythme avec les bons pilotes, je ne me fais pas de soucis; je sais qu’en manche, je ne serais pas aussi loin.

Lors de la dernière épreuve à Kegums, tu n’as pas signé d’aussi bons départs, qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Lors des deux premiers départs à Kegums, je suis mal sorti de grille mais vu que j’étais à l’intérieur, je me suis plutôt bien faufilé dans les premiers virages. Je sors dans les 5 à chaque fois, mais en sortie de premier virage, je dois être 15ème.

Pour la seconde épreuve, on a rajouté une dent à la couronne et on a modifié l’embrayage car sinon, c’était trop agressif. Pour la dernière course, je ne sais pas exactement ce que j’ai fait, mais je n’ai pas vraiment réalisé de bonnes sorties de grille. Ma moto avait un peu de mal à démarrer, du coup, je la démarrais assez tôt car j’avais peur de ne pas pouvoir la démarrer avant le départ, peut être que la moto a chauffé et était moins agressive en sortie de grille ? Difficile à dire, on en a parlé avec les entraîneurs et on va faire des tests pour voir ça.

Finalement, après le déclassement de Fredriksen en seconde manche ce weekend, tu remportes le général, mais le podium et les interviews continuent comme si de rien n’était, quand est-ce que tu as su que tu remportais l’overall ?

En fait, en descendant du podium, juste avant les interviews, les personnes de chez Yamaha m’ont dit que j’avais gagné le général car le troisième avait été disqualifié. Je l’ai su tout de suite mais chez InFront, on nous a demandé de continuer les interviews comme ça. En conférence de presse par contre, j’ai été présenté comme vainqueur.

Comment tu trouves le format de l’Europe sur une journée ?

C’est pas mal, mais le problème, c’est que tu roules toujours sur un terrain lisse car il n’y a qu’une catégorie qui roule avant ta première manche. C’est très lisse et c’est plus compliqué de faire la différence.

Physiquement, je me disais que c’était plus difficile de faire 2 courses dans la même journée pour vous, mais finalement, peut-être pas si le terrain est plus roulant ?

C’est quand même plus compliqué car on n’a qu’une heure et quart de récupération entre les deux manches mais moi, je récupère vachement vite donc c’était un avantage. Le problème, c’est que sur le dernier terrain, ils ont rajouté des petits virages là où il y avait des grandes courbes qui se défonçaient beaucoup. Là, c’étai devenu monotrajectoire, il n’y avait pas de trous. C’était plus difficile de faire la différence physiquement et en vitesse pure et je pense que c’est aussi pour ça que j’ai un peu moins réussi à revenir le dernier jour quand je suis parti loin.

Visiblement, on s’apprête à rouler en Italie, tu vas préparer la reprise comment ?

Là, je vais en France, et quand je vais retourner en Hollande, on ira rouler dans le nord de la France, ce n’est qu’à 4 heures de chez nous. On ira rouler quelques jours dans le nord, on rentrera pour faire un peu de physique en hollande, et on retournera rouler dans le nord.

38 points d’avance, c’est une belle marge d’erreur, cette marge t’enlève-t-elle un peu de pression ?

Quand j’étais en 125, je pensais ne pas être sous pression mais finalement, il y en avait; par exemple, sur la dernière épreuve (20-8). Maintenant, je ne regarde même pas les points, je sais que j’en ai pas mal d’avance mais je ne sais pas exactement combien et je ne me mets pas la pression par rapport à ça; je m’entraîne fort, et je sais que tout ira bien si je fais ce qu’il faut.

On fête ça comment, trois victoires de général et une plaque rouge ?

Je suis vraiment content, j’ai les trois plaques chez moi, j’ai pris la plaque avant de ma moto. C’est difficile à croire, je n’ai jamais gagné un général en Europe et là, en trois courses, j’en gagne trois; c’est dingue. Le samedi soir à Kegums, le patron a invité tout le team à manger au restaurant, c’est comme ça qu’on a fêté ça.

Mondial MX2 l’an prochain ?

C’est ce qui est prévu, après dans quel team, je ne sais pas du tout. C’est comme le championnat, je ne m’en préoccupe pas, je m’entraîne. Mon but, c’est de mettre du gaz.Ça, c’est le travail de mon agent.

Honnêtement, je ne sais pas du tout si j’ai eu des propositions, je n’ai pas demandé et je ne veux pas savoir; je roule. Je suis sous contrat Yamaha encore pour l’année prochaine, alors comme ça, c’est réglé.

Images: Yamaha

Médias