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Une course, une histoire – Valentin Teillet


Une course, une histoire”; c’est une rubrique sans prétention qui a pour objectif de vous permettre replonger dans les moments les plus marquants des carrières de vos pilotes tricolores favoris. Amateur d’anecdotes ou d’histoires insolites, on fouille dans des souvenirs, parfois lointains …

Pour ce cinquième épisode, Valentin Teillet remonte lui aussi dans le temps.  En 2008, le pilote Français évolue au sein de la structure de Jacky Martens en championnat d’Europe 250. Alors que Valentin domine le début de saison, un événement vient chambouler tous les pronostics lors de l’épreuve Slovaque. Le jour où tout aurait bien pu basculer …

Valentin Teillet: “En 2008, je roulais pour le team de Jacky Martens en championnat d’Europe 250.

Cette année-là, j’étais un peu livré à moi-même et je suivais beaucoup les mécaniciens. Je rentrais rarement chez moi – en Belgique – entre les épreuves; j’avais à peine 18 ans.

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La 9ème épreuve du championnat se déroule en Slovénie – je signe le doublé – et par la suite, je reste toute la semaine avec les mécaniciens jusqu’à l’épreuve en Slovaquie.

Arrivé en Slovaquie, place aux séances d’essais libres. À l’époque, les essais et les chronos se déroulaient le samedi, et les manches, le dimanche. La première session du samedi se passe plutôt bien, mais lors de la séance chrono, je perds l’avant dans une grande courbe et mon levier d’embrayage vient m’écraser la main dans la chute; grosse douleur.

Je m’arrête au stand, je n’arrivais plus à bouger la main. Grosse inquiétude; à cette époque-là, j’étais en tête du championnat d’Europe avec quelques points d’avance sur le second. Mon mécanicien me dit de tenter de faire un dernier tour rapide pour tenter d’assurer une bonne place sur la grille pour les manches du lendemain. Je fais un tour tant bien que mal avant de rentrer au camion.

De là, la main commence à doubler de volume. On ne passe pas de radios mais en voyant ma main, je savais que c’était cassé et j’étais au fond du sceau; je ne savais pas si j’allais être en mesure de rouler le lendemain.

On met de la glace sur la main toute la soirée et on décide de faire le point le lendemain matin; il fallait que je roule pour marquer des points pour le championnat puisqu’il restait 4 épreuves après la Slovaquie.

Cette nuit-là, je ne dors qu’une ou deux heures max. Pas forcément à cause de la douleur, mais plus à cause de l’incertitude.

GRAND PRIX EMX-2 EN SLOVAQUIE : UNE BONNE JOURNÉE POUR VALENTIN ...

“Est-ce que je vais pouvoir rouler ?”.

C’était la première fois que je me retrouvais en tête d’un gros championnat. J’étais seul en Slovaquie, sans mes parents, sans proches autour de moi, juste les mécaniciens.

Le lendemain, au petit-déjeuner, on fait le point avec le manager et on se rend compte que ça s’annonce compliqué. La main est gonflée, l’intérieur de la main est noir. On fait un strap, et on décide de faire un tour au warm-up pour voir comment je me sens. J’essaye. Impossible de rouler; je rentre au camion dépité.

Jacky Martens vient me voir et me dit “Il y a une solution… On peut endormir l’articulation avec une infiltration et tu essayes de rouler tant bien que mal pour limiter les dégâts”.

Je ne me suis pas posé de questions, Jacky l’avait déjà fait, je lui ai fait confiance et on a décidé de faire des infiltrations. Une infiltration, ça faisait effet le temps d’une manche, à peine. On se lance.

Un docteur vient pour faire les infiltrations. On avait tout calculé; quand les pilotes partaient faire le tour de chauffe, qui se déroule 8 minutes avant le départ de la manche, on commençait l’infiltration. Pour la petite histoire, je roule avec des gants en taille S, et j’ai dû emprunter un gant gauche à mon coéquipier qui roulait en MX3 – Sven Breugelmans – qui roule lui avec des gants en taille L. Même le L était serré…

Je retrouve mon mécanicien en pré-parc pour la première manche; tout le monde savait que je m’étais blessé et personne ne pensait que j’allais prendre le départ.

Une fois sur la grille, le produit commence à faire effet et je me suis rendu compte que je ne sentais plus mes doigts, ni l’embrayage… J’embraye au panneau 15 secondes ….

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“Comment je vais m’en sortir ?”

Normalement, je pars avec deux doigts sur l’embrayage, là, j’avais pris l’embrayage avec toute la main. J’ai eu la chance d’avoir une moto très performante qui me permettait de faire de bons départs, et au bout de la ligne droite, je pointe en seconde position.

Les premiers tours passent, et finalement, la douleur est supportable. J’essaye de prendre un rythme de croisière, je roulais pour éviter de perdre des points et j’arrivais à tenir ma seconde place en manche, c’était inespéré. Plus la manche passe, plus la douleur refait surface, et je vois le panneau “15M+2T” et là, je comprends qu’il va falloir serrer les dents pour avoir ce titre en fin de saison.

Je ne sautais plus sur les sauts à plat, mais je parviens quand même à terminer second derrière Loic Rombaut; c’était comme une victoire. J’en avais les larmes aux yeux à la fin de la manche, des larmes de douleur.

Arrivé au camion, je retrouve mon équipe, tout le monde est vraiment content mais je suis mitigé; il reste une seconde manche à disputer.

“Comment je vais faire ?”

Rouler en deuxième manche ? Je ne savais même pas comment j’avais fait pour terminer la première. On en discute avec l’équipe. Mon manager me dit “Valentin, tu as fait le boulot pour le championnat, si tu abandonnes en seconde manche tu seras toujours leader du championnat, tu n’es pas obligé de faire la course”.

Le flou. Je décide de passer un coup de téléphone à mon père, qui était à 4.000km de là. Je lui explique la situation, et il me dit “Si tu as été capable de faire une manche, tu seras capable d’en faire deux”. C’est reparti. Nouvelle infiltration, nouveau gant en L, on arrive sur la grille après le tour de chauffe et là, je pars en tête.

Au bout de 15 minutes, j’avais 10 secondes d’avance. Plus ça allait, plus je creusais l’écart. Cette seconde manche – malgré la douleur – a été plus facile que la première. Pourquoi ? Je ne sais pas. Lors des derniers tours, j’enroulais les sauts à cause de la douleur. Je gagne la manche et le weekend alors que je n’aurais même pas dû rouler; c’était plus qu’inespéré.

Ce jour-là, j’ai compris que le corps n’avait pas de limites. Quand on a l’envie et que le mental suit, on peut faire des trucs de dingue.
Après la manche, c’était l’enfer. J’étais plié en deux à cause de la douleur mais je monte tant bien que mal sur le podium.

Le soir, je repars avec Christophe Martin et Thomas Allier – qui roulaient en mondial MX3 à ce moment-là. Ils devaient me ramener à l’hôtel puis à l’aéroport le lendemain matin pour prendre l’avion. L’avion partait à 6h du matin; on se lève donc à 4h pour partir et on se rend compte qu’on est bloqué dans l’hôtel. Pas de clefs, les portes fermées, personne dans l’hôtel, grosse galère. Plus le temps passe, plus on comprend qu’il va être difficile d’attraper notre vol. On est resté bloqué 40 minutes dans le hall de l’hôtel avant d’arriver à se faire ouvrir par quelqu’un; on a été en mesure de prendre notre avion.

Une fois arrivé en France, les douleurs ne s’étaient pas calmées et je décide de passer des radios. Verdict, j’avais une fracture du métacarpe dont je garde encore des séquelles aujourd’hui, et une belle bosse sur la main. Je me fait plâtrer et je dois observer 6 semaines de repos sans moto. Dans mon malheur, j’ai de la chance, puisque le championnat d’Europe faisait une pause de 6 semaines.

Je me souviens que Jacky Martens me demandait de boire du lait de chèvre, je devais en boire un litre par jour car il disait que c’était bon pour la calcification. Je suis arrivé en Finlande sans avoir roulé pendant plus d’un mois et je gagne la Finlande; un truc de dingue.

Pour finir, je pouvais être titré avant la fin du championnat, au Danemark, trois épreuves avant la fin du championnat. Pour décrocher le titre, il fallait que mon adversaire principal – Loic Rombaut – termine en dehors du top 5 en manches. En première manche, il se loupe complètement alors que je gagne la manche.

Après cette première manche, je comprends que si je termine devant lui en seconde manche, je peux être titré. Coup de stress, mon premier gros titre. Arrive le tour de chauffe avant la deuxième manche et là, la moto ne marche pas; des trous dans tous les sens à l’accélération. Je m’arrête voir mon mécano, je pête un cable, je panique. Mon mécanicien était tout l’inverse de moi, un Finlandais hyper calme, un très bon mécano. Il s’occupe de la moto et au moment d’aller sur la grille, la moto fonctionne parfaitement.

“Niquel”

La pression redescend, je pars devant, je termine second de la manche et je remporte le championnat d’Europe 250 par la même occasion.
À l’arrivée, tout le monde m’attendais avec du champagne. À l’époque, je n’avais jamais bu une goutte d’alcool mais je décide quand même de prendre la bouteille pour me l’enfiler, pour faire comme les pilotes du mondial chaque weekend. Je bois une bonne dizaine de gorgées pour faire le bonhomme, je retourne au camion, je me change et je sens que ça commence à monter … Je suis monté sur le podium de l’épreuve complètement rond, ma tête tournait dans tous les sens, mais apparemment, personne n’a rien vu [rires]. “

Une course, une histoire – Valentin Teillet
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