Weston Peick “Il est temps pour moi d’avancer dans la vie, de faire autre chose”

Weston Peick “Il est temps pour moi d’avancer dans la vie, de faire autre chose”

Grièvement blessé lors du Supercross de Paris fin 2018, Weston Peick a tout donné pour pouvoir reprendre la compétition depuis. Après plus d’un an de lutte pour retrouver une vie normale – et malgré une cécité partielle – l’ex pilote JGR Suzuki a officiellement annoncé son retrait du milieu de la compétition dans une vidéo diffusée par Fly Racing. Dans cette dernière, Weston est revenu sur ses débuts dans le sport, sur ses années en tant que pilote amateur, ses difficultés chez les pros, et sur son accident qui marque finalement sa fin de carrière sportive. Une page se tourne pour Weston.

Weston Peick

“La première fois que j’ai roulé, je devais avoir 4 ans, sur un terrain qu’on avait sur notre propriété, j’avais une petite 50 KTM à l’époque. Quand tu roules dans ton jardin à cet âge, tu t’amuses, tu fais ta vie sans savoir jusqu’où ça t’amènera.

Quand t’es petit, tu es sur-excité, tu te dis que tu as une moto, que tu veux rouler, mais il y a plus que ça dans la vie, il y a l’école, les amis, le fun, la vie, d’autres voies, donc à l’époque, je ne pensais pas à faire une carrière professionnelle.

Quand on a roulé chez les amateurs avec mon père, c’est là qu’on a compris que j’avais le potentiel pour rouler en Supercross, sur l’outdoor au niveau professionel. En 2008, j’ai gagné mon premier championnat à Loretta. Je suis ensuite passé chez les pros, et c’était un moment vraiment délicat pour nous car j’avais le soutien de Yamaha jusque là mais en 2009, les temps étaient durs pour l’industrie et il n’y avait plus d’aide de personne et mon père a décidé d’acheter deux Honda pour rouler en outdoor.

Chez les amateurs, je me battais contre des gars qui avaient des contrats chez Kawasaki Green, des contrats chez Honda, Yamaha, ils étaient aidés depuis les amateurs jusqu’à leur signature dans une équipe 250. Moi, je me concentrais sur ça. Je me disais que si je gagnais un championnat, j’allais avoir un contrat chez les amateurs, ou un contrat chez les pros. Je me suis dit que j’allais finir chez Star Racing, Geico, Pro Circuit, mais ça ne s’est jamais fait. Dès le début chez les pros, c’était la galère.

Privateer Profile: Weston Peick - Racer X Online

Pour ma première épreuve – Glen Helen – une femme m’a demandé qu’elles étaient mes objectifs. J’ai répondu que je voulais rentrer dans les 10, que c’était ma première épreuve mais que je connaissais très bien le circuit, que j’avais grandi et toujours roulé ici. Elle m’a répondue “Si tu finis dans les 10, je te fais rouler chez Motoconcepts la semaine suivante”. Intérieurement, je rigolais, je me disais qu’elle mentait. J’ai terminé 9ème de la journée, et la semaine suivante, je roulais pour Motoconcept.

J’ai terminé l’outdoor avec eux, on ne m’avait rien promis mais j’avais cru comprendre qu’on allait me garder dans l’équipe pour la saison suivante car ils étaient en train de négocier un contrat avec Yamaha mais finalement je n’ai pas été gardé dans l’équipe et c’est resté de travers pendant un temps car ça voulait dire que j’étais de retour en tant que pilote privé et je ne voulais plus fonctionner comme ça.

2010, 2011, 2012, 2013 et début 2014, j’ai roulé en tant que pilote privé et c’était dingue de devoir revenir au point de départ et acheter ses propres motos. J’avais des sponsors qui m’aidaient, j’avais des amis qui m’aidaient, je faisais tout de mon côté pour financer mon propre programme et ce n’était pas simple. C’était très difficile d’avoir la vitesse & le potentiel que j’avais mais devoir rouler chaque weekend sur une moto privée contre les meilleurs pilotes du monde; j’en battais la moitié d’entre eux et je me demandais pourquoi on ne me donnait pas ma chance. “Pourquoi les équipes ne me signent pas ? Qu’est-ce que je fais de travers ?”

J’allais voir les équipes, et à chaque fois, on me disait “On y réfléchira”.

Je savais que 2014 allait être l’année décisive; soit j’allais y arriver et intégrer une équipe usine, soit j’arrêtais. Une décision difficile à prendre mais mi-saison de Supercross, je roulais dans les 5 en Supercross, je trouvais ma place, j’ai reçu plus de soutien et j’ai fini par me faire signer par l’équipe RCH Suzuki.

À Unadilla, j’ai fini par signer mon contrat chez JGR et je n’arrivais pas à y croire, est-ce que c’était réel ? J’étais passé du pilote privé qui en chiait pendant 5 / 6 saisons à monter ma propre structure, à signer pour RCH pour l’outdoor avant de signer mon contrat usine chez JGR pour la saison suivante. Finalement, j’y étais arrivé.

Je prenais de bons départs, je roulais devant. On est arrivé à Santa Clara, je me sentais en forme, à l’aise sur la moto, tout se goupillait bien et j’ai signé mon tout premier podium ce weekend là [2015]. J’étais sur le cul. D’où je venais, ce que j’avais été capable de faire pour finalement décrocher ce podium … C’était un truc dont je rêvais depuis que j’étais passé chez les pros en 2009. À l’époque, je ne pensais pas qu’un jour je serais capable de monter sur le podium.

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J’ai eu quelques accrocs avec Vince [Friese], on a commencé à rouler l’un contre l’autre chez les amateurs, puis chez les pros, on a roulé dans la même équipe. Une fois, il m’a sorti aux essais à Washougal et c’est la première fois que je lui en ai mis une. Deux, trois ans plus tard, c’est toujours la même histoire entre nous. En 2016, à Anaheim, j’ai laissé la porte ouverte d’un rien et il m’est rentré dedans et là, j’ai pété les plombs.

C’était dingue, ça a propulsé mon nombre de fans, les gens ont ouverts les yeux et ont compris qu’il pouvait y avoir de la bagarre après confrontation sur la piste alors que la plupart des gars parlent, parlent et parlent mais ne font jamais rien. Puis arrive un gars comme moi, qui s’en fou, si tu me sors, je vais t’en mettre une.

Pour 2019, j’ai changé quelques trucs dans mon programme, j’ai embauché un nouvel entraîneur, je me sentais vraiment bien, en forme. À l’intersaison, j’étais censé aller au Japon pour faire une course qui a été annulée au dernier moment. J’étais sur mon vélo quand j’ai reçu un appel d’Eric Perronard qui m’a proposé de venir en France. “Quand ?”, “Tu dois prendre l’avion demain”. Je n’avais pas le temps de m’organiser, je n’avais pas de moto, on ne pouvait pas en envoyer une, on n’avait pas nos suspensions … J’ai quand même dit oui, on a rapidement organisé ça avec Travis, Justin Hill. On a fait nos affaires, on a pris l’avion très tôt le lendemain matin, je me suis pointé à la dernière minute. J’ai terminé second ou troisième de la première finale, puis en seconde manche …

Tu te réveilles dans un hôpital, tu te demandes ce qu’il s’est passé. Les jours sont troubles, tu n’arrives pas à réfléchir, tu ne peux pas parler. Les souvenirs reviennent et tu te dis que t’es gravement blessé dans un hôpital, les jambes pétées, le visage écrasé, aveugle d’un œil … […] Les docteurs, les infirmières, toutes ces choses que tu ne te verrais jamais devoir gérer à l’étranger, la barrière de la langue, ne pas être en mesure de parler, devoir écrire sur un papier pour pouvoir communiquer avec ta famille, tes infirmières, leur dire comment tu te sens, ce qu’il se passe. C’est dingue de se dire que 3 jours plus tôt, j’étais encore en Californie à m’entraîner pour préparer la saison 2019. Un accident qui a mis un terme à ma carrière.

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Je rentre chez moi, le Supercross reprend, je vais aux courses, j’essaye d’être toujours aussi proche du milieu, je suis toujours là, je suis allé à plus de la moitié des épreuves pour être présent, rester motivé, rester positif, pour laisser savoir aux fans que j’étais là, que je faisais de mon mieux. Je voyais des médecins, je faisais mes recherches, je faisais tout ce que je pouvais pour améliorer ma vue, il y avait beaucoup d’impasses, tu te bats, tu cherches, encore et encore, mais cette année, j’en suis arrivé au point où je me suis dit que ça n’allait plus s’améliorer.

Il est temps pour moi d’avancer dans la vie, de faire autre chose. Je roule toujours, je fais des pubs pour Fly, WPS et d’autres marques, mais je me retire de la compétition à partir de maintenant pour ouvrir un nouveau chapitre de ma vie. “

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