Zach Osborne “Rien ne devient plus simple, au contraire”

“Je suis nerveux tout le temps, chaque épreuve, c’est Anaheim 1 pour moi, du coup, Anaheim 1, c’est une course comme les autres”

Seconde saison en 450 pour Zachary Osborne. L’an dernier, “Zacho” faisait ses débuts en tant que “rookie” dans la catégorie reine à l’âge de 29 ans. Double champion de Supercross 250, Zachary s’était fracturé la clavicule avant l’ouverture de la saison de Supercross 2019 et avait connu des débuts difficiles pour son retour en compétition. De nouveau blessé pendant l’outdoor, Zachary n’a pas été en mesure de nous montrer toute l’étendue de son potentiel la saison dernière.

2020, l’année Osborne ?

L’an dernier, on entendait dire que tu roulais fort, mais tu t’es blessé. On a vu ta vitesse au New Jersey, c’était top. Va-t-on voir ce Zach ? Tu penses pouvoir le faire en 2020 ?

Oui, je pense que je peux le faire. Je pense être dans une meilleure position maintenant que l’an dernier avant ma blessure. Certains autres trucs ont joué dans mon début de saison un peu lent quand je suis revenu l’an dernier. En fin de saison, j’ai fait deux très belles courses, mais avec des réglages bien différents de ceux sur lesquels je roulais en début de saison. Je pense qu’on a trouvé pas mal de solution en fin de saison. Je me sens très bien pour le moment au niveau de la moto. Je suis en bonne forme physique, la trentaine, c’est comme la vingtaine.

J’imagine que les changements faits lors des deux dernières courses sont de petites choses qui ont fait une grande différence, c’est comme ça que ça fonctionne à ce niveau.

C’est exactement ça. C’est une question de quelques centimètres. La différence entre la victoire, une 8ème place et une 10ème place, c’est un dixième de seconde au tour. Ça se joue à 1% entre la première et la 10ème place. Moi, je suis toujours à la recherche de ce petit truc. Je trouve un réglage que j’aime, et je roule avec jusqu’à ce que je sois 100% en accord avec ce choix et que je sache exactement comment la moto va réagir, et je fais quelques modifications à partir de là lors des épreuves. Pour l’heure, j’ai des réglages qui sont vraiment bons, je peux rouler confiant, à 100%.


C’est cool de voir que tu te fies à ce qui marche pour toi, mais parfois, est-ce que tu te dis “Et-si les autres avaient mis la barre plus haut ?”

Il y a 5 ans, ça m’aurait trotté dans la tête. Mais l’an dernier, ces deux dernières années même, j’ai fini par réaliser qu’il y avait un niveau de confort que tu pouvais atteindre à l’intersaison, et que ce ressenti n’allait pas s’améliorer drastiquement pendant la saison. Tu peux perdre beaucoup de temps quand tu commences à trop réfléchir et à faire trop de changements de dernière minute.

Tu n’as pas signé beaucoup de podiums en 450. Pour beaucoup, ce serait un énorme déficit mental, mais pour toi, je ne pense pas que tu te dises “Mon dieu, je vais devoir me battre contre ces mecs”.  Est-ce que tu as été en mesure de sauter certaines étapes pour t’habituer à la catégorie 450 ?

Honnêtement, j’ai déjà roulé contre tous ces mecs à un moment ou un autre de ma carrière, en dehors de Chad Reed. En gros, je suis présent depuis au moins aussi longtemps que les autres, si ce n’est plus. Je n’ai pas de temps à perdre. Il faut avoir le rythme dès le début de la saison. J’ai choppé le rythme en fin de saison de Supercross puis j’ai eu ce petit contretemps et j’ai manqué Redbud. Ensuite, j’ai signé de bons résultats.  Je pense avoir été capable d’éviter beaucoup de pièges pour mon début de carrière en 450.

Pourtant, il va y avoir beaucoup de nervosité derrière les grilles d’Anaheim 1, pas vrai ?

C’est clair. Je suis probablement le gars le plus nerveux derrière la grille à chaque fois.

Ah ? Pourtant, tu es un vétéran.

Ouai, mais tu as dû entendre les histoires de Zach qui vomit au départ, et d’autres trucs comme ça, par le passé. Cette nervosité m’a gêné à un moment, mais désormais, je pense que ça m’aide. Je suis nerveux tout le temps, chaque épreuve, c’est Anaheim 1 pour moi, du coup, Anaheim 1, c’est une course comme les autres. Être nerveux, c’est rester sur ses gardes, parfois, je suis nerveux à l’entraînement la semaine. Je me bats contre le champion de Supercross de l’an dernier à chaque entraînement. Parfois, ça me rend nerveux. Il est très bon, on fait de grosses manches la semaine, donc c’est stressant tout le temps. Désormais, j’arrive à utiliser cette nervosité en énergie positive.

Ça me choque toujours d’entendre à quel point vous êtes capables de cacher ça. J’ai l’impression, quand je vous vois aux courses, que vous vous comportez comme des gens normaux alors que vous êtes sur les nerfs. Est-ce que vous essayez d’avoir cet air détendu, relax, le jour des courses ?

Oui et non. La compétition, c’est naturel pour moi, surtout après 15 saisons. Cette pression ne me dérange plus. Ce n’est pas une façade, j’ai juste appris à faire avec. C’est moi, c’est comme ça que je suis, c’est comme ça que je fais, je ne joue aucun rôle, c’est un jour de course, et je suis nerveux.

Tu roules avec de très bons pilotes. Est-ce que ça se passe bien ? Vous vous sortez à l’entraînement ? Vous pouvez vous parler les yeux dans les yeux ? Vous avez des problèmes ?

C’est juste moi et Cooper Webb en Floride, Jason Anderson fait ses trucs en Californie. Malheureusement, Marvin s’est blessé pendant l’intersaison. Ces dernières années, on est devenu bons potes avec Cooper. On a développé une belle relation, une relation professionnelle et même une relation amicale, c’est plutôt cool. Bien sur, il y a déjà eu du drama quand la pression est au rendez-vous, que les dès sont jetés.

Parfois, il faut être agressif, c’est plus tendu, mais cette intersaison, on s’est éclaté bien plus que lors de n’importe quelle autre intersaison. On est dans une très bonne position à l’approche de la saison. Le fitness, le pilotage, tout est là. C’est bon d’être en forme. D’un côté, c’est plus facile de souffrir à l’entraînement la journée quand quelqu’un souffre avec toi. C’est motivant d’avoir quelqu’un avec toi.

Je sais que tu es un gars qui travaille dur. Je pense que tu aimes le travail. T’entendre dire que tu souffres, ça montre le niveau. Le niveau est-il si relevé que peu importe la souffrance à l’entraînement, ce sera toujours dur le jour des épreuves ?

Quand j’étais plus jeune, je pensais que ce serait de plus en plus facile. Je pensais que les types qui gagnaient trouvaient ça plus simple. Parfois, quand je gagnais les finales en 250, que mes soirées se déroulaient bien, que je réalisais un bon départ, que je creusais l’écart, que tout se passait bien, je me disais que c’était facile. Mais on ne travaille pas aussi dur pour ces soirées-là. On travaille dur pour pouvoir gérer le jour ou on part 5ème. Le problème, c’est que rien ne devient jamais plus simple, au contraire. Les limites se repoussent, tu vas de plus en plus vite.

Ce n’est pas comme si j’étais capable de faire 20 tours à 150 battements par minute facilement. Plus tu deviens fort, plus tu peux envoyer pendant 20 tours, mais tu sais que les derniers tours seront difficiles. Il faut repousser les limites, être en meilleure forme, être à l’aise à cette vitesse-là.

Est-ce que tu ajustes ta charge de travail aussi ? Si tu es en meilleure forme qu’il y a trois ans, est-ce que tu en fais plus et du coup, c’est aussi dur qu’à l’époque ?

Je ne dirais pas que l’entraînement physique est plus dur. Quand tu roules, que tu progresses, tu peux attaquer de plus en plus fort, repousser plus en plus loin les limites, et du coup, ça devient plus dur. Plus tu progresses, plus tu vas vite.

Donc quand tu roules, tu roules plus fort qu’avant ?

En gros. Mais en fait, être dans une très belle forme physique ne veut pas dire que les choses seront plus simples. Un type vient de battre le record de marathon cette année en passant sous les deux heures. Peu importe son entraînement, la tâche n’était pas simple, et maintenant, il se demande peut-être s’il peut le faire en 1h58 ? Il l’a fait en 1:59. C’est le sport, c’est la progression, c’est ce qu’on cherche, le nouveau challenge. C’est ce qui fait que c’est toujours fun pour moi, je cherche les limites, je veux voir à quel point je peux performer, quelle forme que je peux afficher, je veux voir jusqu’où je peux aller dans ma carrière de pilote.

À votre niveau, c’est très sérieux. Certains pilotes doivent constamment se rappeler “J’ai la vie de rêve, je dois en profiter, ne pas l’oublier”. Est-ce que c’est quelque chose que tu dois te rappeler ?

Il y a eu des jours où je me suis dit “C’est difficile. Je dois faire cette interview, j’ai ces obligations …”. Parfois, tu oublies la chance que tu as. J’ai dû prendre du recul pour m’en rappeler. Le succès rencontré ces deux dernières années, ma famille, la vie qu’on est en mesure de vivre grâce au sport, ça me motive encore énormément. J’aime rouler, j’aime me pointer tous les jours à l’entraînement, j’aime chercher à repousser mes limites en tant que pilote, que personne, qu’athlète …

Je me dis toujours que 26, 27ans , c’est l’âge magique où tout le monde commence à avoir de nouvelles perspectives. Tu recommences à apprécier les choses. Vous devriez distribuer des cartes de visite aux plus jeunes qui font des burnouts pour leur expliquer à quoi ça ressemblera pour eux plus tard.

Je suis passé par là, surtout en 2015 et 2016 où j’étais vraiment, vraiment proche de gagner des courses et de franchir le cap que j’ai finalement franchi en 2017. Ce sont les moments les plus frustrants parce que vous êtes si proches de la victoire. Tu es un prétendant aux podiums.

Au début, tu vises juste le podium. Tu montes sur le podium une ou deux fois et tu veux ensuite prétendre aux victoires. Je suis passé par la pendant deux années, je n’étais vraiment pas loin des victoires. On en parlait avec Cooper justement. En 2016, je ne suis pas passé loin de certaines victoires. Je suis tombé à 3 tours de la fin à San Diego. À Santa Clara je termine juste derrière Cooper, j’avais mené la moitié de la course cette année-là et il m’a doublé à 3 tours de la fin. Je menais les manches, j’étais près du but, et je terminais second.

Avant, j’aurais été tellement content de finir second. J’étais tellement frustré. Il faut prendre du recul. Avant, j’aurais tué pour une seconde place, même un podium. Mais après, tu ne veux que gagner et tu finis frustré sur le podium alors qu’avant, tu aurais laissé éclater ta joie. Il faut trouver un équilibre, voir les choses différemment.

Interview: Jason Weigandt / RacerX
Photos: Husqvarna

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